Sortie de Au Cœur de Paris, un documentaire sur l’héritage vivant de saint Vincent de Paul

par .famvin | Oct 2, 2026 | Actualités | 0 commentaire

À l’occasion du 400e anniversaire de sa fondation, la Congrégation présente une production tournée à la Maison Mère de Paris, qui retrace l’histoire, le charisme et la mission vincentiens depuis le lieu où, quatre siècles plus tard, l’esprit de saint Vincent demeure vivant.

La Congrégation de la Mission présente Au Cœur de Paris: The Legacy of Saint Vincent de Paul from the Maison Mère of the Congregation of the Mission, un documentaire écrit et réalisé par Manuel de Teffé qui invite à entrer au cœur historique et spirituel du charisme vincentien.

Tourné à la Maison Mère de la Congrégation, située au 95 rue de Sèvres à Paris, le documentaire retrace le parcours humain et spirituel de saint Vincent de Paul, la fondation de la Congrégation de la Mission et l’histoire d’une communauté qui poursuit aujourd’hui sa vocation de charité, d’hospitalité et de service auprès des personnes les plus vulnérables.

Une histoire née à Paris qui continue de rayonner dans le monde

Il y a quatre siècles, saint Vincent de Paul comprit que la charité devait devenir une réponse organisée et engagée aux besoins de ceux qui souffraient le plus. Sa rencontre avec les personnes pauvres et sa profonde expérience de foi l’amenèrent à reconnaître en elles le visage du Christ et à consacrer sa vie au service des autres.

De cette inspiration est née une mission qui a commencé à Paris et qui, au fil du temps, s’est étendue à plus d’une centaine de pays, portant le message de l’Évangile à travers l’accueil, la proximité et le service.

Un parcours au cœur de la Congrégation

Au Cœur de Paris propose un voyage à travers les espaces les plus significatifs de la Maison Mère, en dévoilant des lieux qui conservent la mémoire et la spiritualité de la Congrégation de la Mission : la chapelle où reposent les reliques de saint Vincent de Paul, le Centre international de formation, les archives historiques et le musée.

À travers ses images, le documentaire présente non seulement l’histoire d’un lieu, mais aussi la force d’une mission qui continue de répondre aux défis du monde actuel.

Un héritage toujours vivant

Créé à l’occasion du 400e anniversaire de la fondation de la Congrégation de la Mission, Au Cœur de Paris est une invitation à redécouvrir le cœur du charisme de saint Vincent de Paul et l’actualité d’une mission fondée sur la charité, l’hospitalité et le service des pauvres.

La production est écrite et réalisée par Manuel de Teffé, avec le P. Mark Pranaitis, CM, comme producteur exécutif, une musique originale composée et produite par Gabriele Croci, le conseil historique du P. Roberto Gomez, CM, et de Sœur Magdalena Harbu, Fille de la Charité, et un montage de Thomas Kervinio.

Le documentaire est désormais disponible sur la chaîne YouTube officielle de la Congrégation de la Mission.

Regardez le documentaire (en anglais ; la traduction en français du texte se trouve après la vidéo) :

Traduction :

Si l’amour est un feu, le zèle en est la flamme.

Cet enseignement de saint Vincent de Paul, chaque fois que je l’entends, renouvelle mon cœur vincentien. Je suis le père Mark Pranaitis, fils de saint Vincent, actuellement en mission à Chicago. Mes visites à notre Maison Mère de Paris me donnent l’occasion de ressentir l’esprit fondateur qui a porté le ministère de tant de prêtres et de frères vincentiens pendant les plus de deux cents ans où nous avons appelé ce lieu notre maison commune. Vous en rencontrerez certains au cours de ce film. Chacun de nous s’engage à reconnaître et à servir la présence de Jésus-Christ dans les personnes qui subissent le plus durement les coups et les blessures de la pauvreté. Puissions-nous servir avec zèle le Christ souffrant présent en elles.

Dans le 6e arrondissement de Paris, sur la rive gauche de la Seine, la rue de Sèvres s’étire entre certains des lieux les plus familiers de la ville. Aujourd’hui, c’est une artère animée, bordée de boutiques, de cafés et traversée par le mouvement incessant de la vie quotidienne. Peu de ceux qui l’empruntent imaginent tout ce que ses façades ordinaires recèlent d’histoire. La rue doit son nom à son origine. Elle fut autrefois la grande route qui quittait Paris en direction du village de Sèvres, célèbre foyer de la porcelaine royale, où l’argile se transformait en or pour les rois, à une époque où cette partie de la ville se trouvait encore aux portes de la campagne. Avec le temps, le quartier accueillit des couvents, des hôpitaux et des communautés religieuses, attirés par un lieu proche du cœur de la ville tout en étant à l’écart de son tumulte.

D’un côté se dresse le Bon Marché, cathédrale du commerce moderne et premier grand magasin d’Europe. Non loin de là, l’Hôtel Lutetia, icône de l’Art nouveau, marque l’angle de la rue comme un témoin silencieux du poids de l’histoire. À quelques pas seulement, le long de la célèbre rue du Bac, la chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse accueille chaque année des millions de pèlerins. Ils viennent de tous les continents, attirés non par les monuments ou la mode, mais par la foi, le silence et l’espérance.

Dans cette partie de la ville, des mondes opposés se frôlent. Luxe et mémoire, commerce et prière. La rue de Sèvres devient un miroir de Paris lui-même, où la quête de l’éphémère rencontre la permanence de l’éternel.

C’est ici, au 95 rue de Sèvres, qu’au XIXe siècle la Congrégation de la Mission trouva une nouvelle demeure, après que les bouleversements de la Révolution française eurent dispersé ses membres et leur eurent arraché leur première maison parisienne. C’est le foyer spirituel d’une communauté de prêtres et de frères fondée au XVIIe siècle par saint Vincent de Paul.

Dans une ville qui ne cesse de changer, cette maison garde vivante la mémoire d’un feu allumé bien avant que ces rues ne prennent leur forme actuelle. Nous, Vincentiens, ou Lazaristes comme on nous appelle encore, sommes les héritiers — peut-être infidèles et indignes — d’une intuition extraordinaire. Une sainte folie. La révolution d’un prêtre gascon qui ne s’est pas contenté de voir les pauvres, mais qui a reconnu dans leurs visages fatigués la présence vivante du Christ. Ce n’était ni une idée ni une théorie abstraite. C’était un amour si concret, si radical, qu’il transforma la France du XVIIe siècle et continue encore aujourd’hui à guérir des blessures partout dans le monde.

Cette maison conserve la mémoire de ce commencement, non comme un chapitre achevé, mais comme un feu qui brûle encore. Entrer ici, c’est pénétrer dans une histoire vivante de grâce, où évangéliser et servir les oubliés demeure notre prière la plus sacrée. Pour comprendre ce lieu, il faut comprendre l’homme qui en fut l’architecte invisible : Vincent de Paul, un prêtre qui connut l’emprisonnement à Tunis et l’esclavage, mais qui découvrit sa véritable vocation dans la campagne de Folleville, parmi des paysans oubliés, lorsqu’il comprit que la charité ne pouvait rester un acte isolé. Elle devait devenir un système, une organisation, un réseau de compassion. Le parcours de Vincent est une histoire si profonde, si humaine et si transformatrice qu’elle a poussé le monde à la raconter encore et encore.

Depuis sa mort, près de 3 000 biographies ont été écrites aux quatre coins du monde, immense témoignage littéraire rendu à une vie qui demeure une source inépuisable d’émerveillement. Pour comprendre pourquoi son histoire continue de résonner à travers les siècles, il faut revenir au monde qui l’a vu naître et qui l’a façonné. À l’aube du XVIIe siècle, la France était un pays marqué par la guerre, les divisions et la pauvreté. Les longues guerres de Religion entre catholiques et protestants avaient ravagé les campagnes, laissant des populations entières abandonnées à la misère. La pauvreté n’était pas simplement une condition de vie. Elle était la blessure visible d’une société fracturée.

C’est dans ce monde que Vincent de Paul naquit le 24 avril, dans le petit village de Pouy, en Gascogne, au sein d’une modeste famille paysanne. Dès son enfance, il connut la dureté de la vie rurale. Son père, cependant, pensait que l’instruction et le sacerdoce pourraient lui offrir un autre avenir. Intelligent et doué pour les études, Vincent fut envoyé à l’école au prix de grands sacrifices familiaux. Pour le jeune Vincent, le sacerdoce fut d’abord moins un appel qu’un chemin vers la stabilité et l’ascension sociale. Ordonné en 1600, à seulement dix-neuf ans, il espérait dépasser les limites de ses humbles origines.

Mais la vie allait le transformer radicalement. En 1605, au cours d’un voyage en mer, Vincent fut capturé par des pirates barbaresques et vendu comme esclave à Tunis. Après deux années de captivité, il s’échappa et revint en France profondément changé. Cette expérience marqua le début d’une longue maturation spirituelle.

En 1617, Vincent était entré dans l’entourage de l’une des familles les plus influentes de France, les de Gondi. Il était précepteur de leurs enfants et fréquentait les plus hauts cercles de la société parisienne. Son avenir semblait destiné au prestige tranquille de la vie aristocratique. Mais au cours d’un voyage à travers les terres des de Gondi en Picardie, tout changea.

Dans le village de Gannes, Vincent fut appelé au chevet d’un paysan mourant que tous considéraient comme un homme d’une grande piété et d’une grande vertu. Pourtant, sous la conduite de Vincent, l’homme confessa qu’il avait dissimulé pendant des années de graves péchés, trop honteux pour parler ouvertement. Après avoir reçu l’absolution, son soulagement fut si profond que le récit de son témoignage se répandit dans tout le village. Profondément bouleversée, Madame de Gondi comprit que si un homme tenu de tous pour dévot avait vécu dans un tel danger spirituel, beaucoup d’autres devaient être tout aussi abandonnés. Son inquiétude devint le point de départ d’une mission qui durerait des siècles. Trois jours plus tard, le 25 janvier 1617, Vincent prêcha dans l’église de Folleville sur l’importance de la confession générale.

La réponse fut immense. Les foules affluèrent en quête de réconciliation, si nombreuses qu’il fallut faire venir d’autres prêtres pour entendre les confessions. Peu après, désireux de mener une vie pastorale plus directe, Vincent quitta la maison de Gondi et s’installa à Châtillon-les-Dombes, près de Lyon, où une autre rencontre lui révéla une seconde forme de pauvreté. Un matin, avant la messe, Vincent apprit qu’une famille entière vivant aux abords de la ville était malade et sans secours. Pendant son sermon, il exhorta les paroissiens à lui venir en aide.

Le soir venu, une remarquable procession s’était formée : des gens apportaient du pain, des vêtements, de la soupe et des médicaments. Cette générosité le toucha profondément, mais Vincent y vit aussi un problème. Sans organisation, même la compassion pouvait échouer. La nourriture se gâterait. L’aide arriverait d’un seul coup, puis disparaîtrait.

La compassion sans organisation n’était qu’une flamme fugitive. De cette prise de conscience naquit quelque chose de révolutionnaire. Le 23 août 1617, Vincent fonda la première Confrérie de la Charité : des groupes de laïcs, surtout des femmes, engagés à servir les pauvres de manière organisée et durable. Ils soignaient les malades, distribuaient de la nourriture et veillaient à ce que l’aide se poursuive bien après l’émotion du premier moment.

Ce qui avait commencé dans un petit village se répandit bientôt dans toute la France. En 1625, avec le soutien de Philippe-Emmanuel et de Marguerite-Françoise de Gondi, Vincent fonda la Congrégation de la Mission, communauté de prêtres et de frères consacrés à l’évangélisation des pauvres des campagnes, à la formation du clergé et au service des abandonnés. Vincent parcourait sans relâche les domaines des de Gondi avec un petit groupe de missionnaires partageant sa vision. Ils prêchaient, entendaient les confessions, visitaient les villages et fondaient des confréries locales partout où ils passaient, afin que la mission se poursuive après leur départ. Grâce à l’influence de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères royales, Vincent eut également accès aux prisons, aux hôpitaux et aux galères de France. Il y rencontra la souffrance sous sa forme la plus brutale : des hommes enchaînés dans la saleté, dépouillés de leur dignité et brisés par le désespoir.

La misère dont il fut témoin faillit l’accabler. De son propre aveu, Vincent était naturellement porté vers un tempérament sombre, mais une rencontre providentielle le transforma profondément. Dans son amitié avec saint François de Sales, évêque de Genève, Vincent apprit une vérité qui allait changer sa vie : Dieu est amour. Agenouillé devant la souffrance des pauvres, Vincent comprit qu’il ne se contentait pas d’aider des nécessiteux.

Dans leurs visages blessés, il reconnut le visage vivant du Christ. Sa mission n’était plus un devoir. Elle devint une réponse qu’il ne pouvait plus refuser.

Pendant ce temps, la mission de Vincent continuait de s’étendre. Les confréries se multiplièrent rapidement, surtout à Paris, où même l’aristocratie se passionna pour sa vision d’une charité organisée. Bientôt, de nombreuses paroisses eurent leur propre confrérie, mais à mesure que le mouvement grandissait, un problème apparut. Les femmes de la noblesse, contraintes par l’étiquette de la vie de cour, commencèrent souvent à envoyer leurs domestiques à leur place visiter les pauvres. Vincent comprit immédiatement le danger. La charité ne pouvait devenir distante ni déléguée.

Sans humilité, sans rencontre et sans présence personnelle, elle risquait de perdre son âme. À ce même moment, la Providence plaça sur son chemin deux collaboratrices décisives. La première était Marguerite Naseau, une simple vachère qui avait appris seule à lire et qui désirait ardemment consacrer sa vie aux pauvres.

En elle, Vincent entrevit une possibilité nouvelle : les pauvres au service des pauvres. La seconde était Louise de Marillac, femme d’une profonde intelligence et d’une grande profondeur spirituelle, qui aidait déjà à coordonner les œuvres de charité en plein essor autour de Paris.

Ensemble, en 1633, ils fondèrent les Filles de la Charité. Ce fut une rupture radicale avec les structures de l’époque. Les femmes consacrées à Dieu étaient censées rester cloîtrées derrière les murs des couvents, mais Vincent estimait que la souffrance du monde exigeait une autre forme de vocation. Les Filles n’auraient d’autre cloître que les rues de la ville, d’autre monastère que les maisons des malades, d’autre clôture que la vertu de leur propre cœur. Pour protéger cette fragile liberté, Vincent établit que leurs vœux seraient renouvelés chaque année, leur permettant de demeurer pleinement présentes parmi les pauvres plutôt que séparées du monde. Ce qui était longtemps resté caché derrière les murs des couvents était désormais envoyé directement au cœur de la misère humaine, apportant compassion, dignité et espérance là où elles étaient le plus nécessaires.

Saint Vincent ne fut pas seulement un homme d’action. Il transforma en profondeur la nature même de la charité. À un certain moment de sa vie, tout bascula. Il abandonna ses ambitions mondaines et choisit de se tenir résolument aux côtés de ceux que la société avait rendus invisibles : les pauvres, les malades et les abandonnés.

Ce qui avait commencé comme une réponse simple et spontanée grandit peu à peu pour devenir quelque chose de bien plus vaste. Des communautés se formèrent, des personnes se rassemblèrent et une mission prit corps. Pourtant, la véritable source de cette transformation ne résidait pas seulement dans l’organisation. Elle venait d’une manière profonde de regarder. Vincent n’observait pas les pauvres à distance. Il reconnaissait dans leur souffrance le visage même du Christ.

De cette reconnaissance, tout est né. C’est ce que l’on pourrait appeler une mystique de la charité. Un mouvement, une famille, un feu qui ne s’est pas éteint avec lui, mais qui continue de passer d’une vie à l’autre et brûle encore avec éclat aujourd’hui.

La vie de Vincent fut un chemin consacré à faire tomber les barrières sociales. Il transforma la pratique de la charité, d’un geste occasionnel ou d’une émotion passagère, en un système vivant et dynamique. Depuis quatre siècles, nous poursuivons cette mission. Aujourd’hui, la Congrégation de la Mission est un corps mondial vivant, présent dans 95 pays. Près de 3 000 missionnaires, organisés en provinces et en régions, sont unis par un même ADN : suivre le Christ, évangélisateur des pauvres, et former ceux qui, à leur tour, continueront de servir les plus marginalisés.

Pourtant, nous n’avons pas toujours résidé ici, rue de Sèvres. Pour comprendre pourquoi nous sommes encore appelés Lazaristes, nous, Lazaristes, devons revenir au lieu où nous avons d’abord pris appui et appris à marcher. Et appris à marcher.

Avant le calme de la rue de Sèvres, il y eut l’immensité de Saint-Lazare. En 1632, la Congrégation se développait si rapidement qu’elle avait besoin d’un cœur assez vaste pour irriguer sa mission en pleine croissance. Elle le trouva dans un ancien prieuré de lépreux aux portes de Paris. Saint-Lazare était bien plus qu’un bâtiment. C’était une ville dans la ville, une vaste enceinte où la prière, l’étude rigoureuse et le soin concret des pauvres vivaient sous un même toit. Il devint le premier véritable cœur du feu vincentien, le lieu où les Lazaristes reçurent leur nom et où la vision moderne d’une charité organisée fut méthodiquement forgée.

Ici, les prêtres et les frères de la Congrégation de la Mission se consacraient au service des plus pauvres parmi les pauvres, matériellement comme spirituellement. C’était un lieu où la prédication, la formation du clergé et l’accueil des plus nécessiteux se fondaient en une seule œuvre. Pendant plus d’un siècle et demi, Saint-Lazare fut le cœur de la mission. Depuis cette maison, Vincent et ses compagnons coordonnaient des missions dans tout le royaume, avec l’aide des Filles de la Charité et des confréries laïques qui s’étaient développées autour de son œuvre. Ce n’était pas seulement une résidence : c’était le moteur d’une révolution de la charité. Pendant les horreurs de la guerre de Lorraine, Vincent transforma le prieuré en premier centre européen de logistique humanitaire, organisant l’envoi systématique de céréales, de vêtements et de médicaments vers les zones de conflit.

Son efficacité fut telle que le cardinal Richelieu décrivit Saint-Lazare comme un grand instrument, une éponge capable d’absorber les plus grandes catastrophes de l’État. Mais la Révolution française de 1789 arriva comme une tempête implacable. Les révolutionnaires considéraient l’Église et les Lazaristes, en raison de leur engagement envers les pauvres et de leurs liens avec l’aristocratie, comme particulièrement vulnérables. Entre les 12 et 13 juillet 1789, quelques heures seulement avant la prise de la Bastille, une foule affamée attaqua le prieuré de Saint-Lazare, à la suite de rumeurs selon lesquelles les religieux cachaient d’importantes réserves de grain. Le pillage fut dévastateur. La bibliothèque et la plupart des archives furent détruites, bien que le corps de saint Vincent ait miraculeusement été épargné.

Cet événement marqua la fin de la présence historique des Lazaristes sur le site, bientôt transformé en l’une des prisons les plus dures de la Révolution. Les ordres religieux furent supprimés, les Lazaristes expulsés avec violence, leurs biens saisis et les membres de la Congrégation dispersés, contraints à l’exil ou à la clandestinité. L’avenir de la vision de Vincent semblait avoir disparu sous les décombres. Pendant vingt-cinq ans, la Congrégation resta sans demeure, mais le charisme vincentien survécut, gardé vivant dans le cœur de ceux qui ne cessèrent jamais de servir dans l’ombre. Après la chute de Napoléon et la restauration de la monarchie sous Louis XVIII en 1815, la situation des ordres religieux s’améliora. Grâce au soutien du roi et au courage des Filles de la Charité, les Lazaristes purent se réorganiser.

L’État accorda à la Congrégation l’ancien Hôtel de Lorge, au 95 rue de Sèvres. Ici, à quelques pas de la rue du Bac, cœur de la mission des Filles de la Charité, naquit la nouvelle Maison Mère et s’ouvrit un nouveau chapitre. Un chapitre défini non par ce qui avait été perdu, mais par ce qui avait perduré : l’engagement inébranlable à servir le Christ à travers les pauvres. Depuis ces murs, les Lazaristes ravivèrent leur apostolat, réorganisant la formation du clergé et relançant les missions populaires en France et au-delà. Tout au long du XIXe siècle, la rue de Sèvres s’imposa comme le nouvel ancrage du monde vincentien, lieu de formation, de prière et de départ vers les extrémités de la terre.

Pourtant, pendant près de deux siècles, la Congrégation ne demeura ici qu’en tant qu’hôte de l’État, qui conservait la propriété juridique des bâtiments. En 2006, l’État français accomplit un geste historique : la donation officielle et définitive de l’ensemble de la propriété de la rue de Sèvres à la Congrégation. Après plus de deux cents ans d’attente depuis les confiscations révolutionnaires, cette maison est enfin, légalement et pour toujours, notre demeure. Nous ne sommes plus les hôtes de l’histoire, mais les gardiens de son avenir. Toutefois, la propriété à elle seule ne donne pas vie à une maison. Ce qui donne vie au 95 rue de Sèvres, c’est la communauté des confrères qui l’habite.

Aujourd’hui, derrière ces murs, la maison n’est pas un monument consacré au passé, mais un laboratoire vivant où la mission se réinvente chaque jour. Derrière ces façades se déploie une géographie de la charité, un écosystème multiculturel organisé où la pensée se transforme en action. C’est un lieu de rencontre où la diversité mondiale de la Congrégation converge vers un but unique.

Pourtant, chaque couloir, chaque bureau et chaque chemin mène inévitablement vers un même point : un centre de gravité où la maison cesse d’être un bâtiment pour devenir une inspiration, la chapelle Saint-Vincent. C’est ici que le travail de la mission trouve son sens véritable et que la maison demeure ouverte au monde. Par sa chapelle, la Congrégation garde en permanence une porte ouverte sur la rue. C’est le cœur battant de la maison, un espace sacré qui accueille la vie de la ville tout en gardant en son centre les restes de son fondateur. Un seuil vivant où quiconque passe rue de Sèvres peut entrer et trouver un moment de silence devant le saint qui fit de la charité le but de sa vie. Chaque année, des milliers de pèlerins franchissent ce seuil en quête d’inspiration, de réconfort et de paix intérieure.

Si le monde est le corps de la mission, son âme réside ici. Construite en une seule année, entre 1826 et 1827, cette chapelle, joyau du style Charles X, fut créée pour offrir une demeure digne aux reliques de saint Vincent de Paul, le grand mystique de la charité. Au centre, au-dessus du maître-autel, le regard est attiré par la châsse d’argent. Son corps y repose, revêtu de soie et d’or, contraste solennel avec la pauvreté qu’il choisit de vivre. Ce n’est peut-être pas une contradiction, mais un rappel de la dignité qu’il reconnaissait en ceux qui ne possédaient rien. Dans ses mains se trouve la croix de bois qui accompagna le roi Louis XIII dans ses derniers instants, pont silencieux entre le monde du pouvoir et celui des pauvres.

La châsse est couronnée de figures d’argent représentant saint Vincent dans la gloire, montant au ciel entouré de quatre chérubins portant les symboles de la foi, de l’espérance, de la charité et de l’Église. Au-dessus de l’argent de la châsse, le regard s’élève vers une monumentale lunette dorée, horizon de lumière qui raconte le sens profond de toute une vie. À son sommet, l’inscription latine parle clairement : pertransibant benefaciendo. Il passait en faisant le bien. À gauche, la matière picturale révèle une mission spirituelle. On y voit les premiers prêtres vincentiens, gardiens de la Parole ; en allant vers la droite, l’or prend chair et devient action.

Dans les différentes strates de la peinture apparaissent les Filles de la Charité penchées sur les malades, les orphelins et les prisonniers. Voilà la révolution de Vincent : faire sortir le sacré des cloîtres et le porter directement dans les bras des marginalisés. Tout converge vers le haut, où le saint est accueilli dans une apothéose rayonnante. Cette lunette est bien plus qu’un décor. C’est un pont d’or qui nous rappelle que chaque acte de charité est, même ici-bas, un aperçu du ciel. Il existe un moment précis où cette chapelle devint le centre du nouveau monde vincentien.

Le 25 avril 1830. Ce jour-là, une procession solennelle traversa Paris, de Notre-Dame à la rue du Bac puis à Sèvres, afin de transférer ici les reliques du saint. Parmi la foule qui suivait le cortège se trouvait une jeune novice des Filles de la Charité, Catherine Labouré.

Au cours des mois qui suivirent, Catherine allait vivre une série de rencontres extraordinaires. Elle parla de la Vierge Marie non comme d’une vision lointaine, mais comme d’une présence à la fois réelle et intime. Une mission sacrée lui fut confiée : faire frapper une médaille, instrument de grâce destiné à porter la promesse de protection de la Vierge dans la vie quotidienne des fidèles. L’histoire de sainte Catherine devint inséparablement liée à celle de la famille vincentienne, renforçant un lien spirituel qui unit encore aujourd’hui la rue du Bac à Sèvres, et Sèvres à la rue du Bac.

Dans le bas-côté droit se trouve l’autel dédié à saint Jean-Gabriel Perboyre, missionnaire vincentien martyrisé en Chine en 1840, premier saint martyrisé en Chine à avoir été canonisé. À proximité, l’église honore saint François-Régis Clet, autre grand martyr vincentien en Chine. Leurs reliques sont un puissant témoignage du mandat missionnaire qui rayonne de cette maison jusqu’aux extrémités de la terre. Bien que leurs corps reposent dans la proche rue du Bac, la chapelle célèbre constamment son lien inséparable avec sainte Louise de Marillac et sainte Catherine Labouré. Le corps de saint Vincent est conservé ici, mais son cœur demeure tout proche, rue du Bac, comme s’il avait choisi de rester près de ses filles.

En 2025, à l’occasion du 400e anniversaire de la fondation de la Mission, ce cœur reprit la route. Au cours d’une procession solennelle, la relique fut portée à travers la foule jusqu’à franchir le seuil de la rue de Sèvres. Ce fut un moment d’une rare force symbolique : le cœur revenait au corps. Un trajet de quelques pâtés de maisons seulement, mais qui rappela au monde qu’après quatre siècles, ce battement né dans la rue ne s’était jamais interrompu.

Avant que les décisions soient prises, avant que les voyages commencent, avant que les réunions ne remplissent les couloirs, la maison se rassemble ici dans le silence. C’est d’ici que la mission puise sa force et c’est d’ici qu’une fois encore elle repart vers le monde. Le mystère de l’Incarnation est au cœur de la spiritualité de saint Vincent.

Saint Vincent aimait contempler l’Incarnation du Christ, le Fils de Dieu. Invité par le Père, par amour, à quitter sa gloire divine pour venir sur terre et aimer. C’est l’amour qui poussa le Fils de Dieu à donner sa vie, à sortir de la Trinité et à venir sur cette terre. Nous aussi, nous sommes invités à imiter le mystère de l’Incarnation. Portés par la devise latine « Evangelizare pauperibus misit me ». Il m’a envoyé évangéliser les pauvres. La Congrégation de la Mission demeure un corps apostolique mondial consacré non seulement au service des personnes vivant dans la pauvreté, mais aussi à la lutte contre ses causes.

Ce qui avait commencé comme une petite compagnie rassemblée par saint Vincent est devenu une famille présente dans 102 nations, avec près de 3 000 membres vivant une spiritualité les manches retroussées. C’est une vie où contemplation et action sont inséparables, où la prière devient service et la foi devient action. Qu’est-ce qui a soutenu une telle mission pendant quatre siècles ? Cinq piliers simples : la simplicité, l’humilité, la douceur, la mortification et le zèle apostolique. Si la chapelle est le cœur, le reste de la maison est la salle des machines d’une mission qui ne dort jamais. Le 95 rue de Sèvres n’est pas une destination.

C’est une rampe de lancement. Ici, le charisme vincentien rayonne vers les périphéries du monde, transformant la spiritualité en action concrète, immédiate et infatigable. Aux étages supérieurs, le Centre International de Formation, le CIF, donne une direction aux battements de ce cœur. Chaque année, des prêtres et des frères vincentiens de tous les continents reviennent ici pour renouveler leur mission, en réfléchissant aux réalités d’aujourd’hui : migration, guerre et solitude. Ici, le pouls devient pensée. Mais la réflexion a besoin de mémoire.

Dans le silence des archives, la Congrégation se souvient. Des milliers de lettres y sont conservées, dont la correspondance de saint Vincent lui-même, ainsi que des rapports de mission qui retracent quatre siècles de vie sur le terrain. Le musée prolonge cette mémoire dans l’espace et dans les formes.

On y expose des objets façonnés par l’usage, des ornements liturgiques usés par les voyages et des outils du service quotidien. Ce n’est pas un sanctuaire de la nostalgie. C’est un pont de transmission. Ici, la mémoire ne consiste pas à regarder en arrière. Elle consiste à savoir qui l’on est avant d’agir. C’est à partir de la mémoire que se prennent les décisions.

Entre ces murs, des structures soutiennent discrètement ce que le monde voit rarement. En 1860, à la Maison Mère, fut créé un service qui allait devenir un pilier décisif : le service provincial des Missions Lazaristes. L’initiative fut lancée par le frère Joseph Gnanan, qui avait compris que le zèle missionnaire exige des fondations concrètes et un soutien stable. Aujourd’hui, ce service soutient 132 œuvres actives à travers le monde.

En Afrique, de Madagascar et du Rwanda à l’Éthiopie et au Burundi ; en Europe et au Moyen-Orient, de l’Ukraine ravagée par la guerre au Liban et à la Syrie ; en Asie, de l’Indonésie et des Philippines au Vietnam et à la Chine ; en Amérique du Sud et en Amérique centrale, au milieu des défis de la Bolivie, du Brésil et d’Haïti. Entre ces murs, dans la vie quotidienne de la Maison Mère, le charisme demeure une force vivante derrière chaque acte de service. La Maison Mère n’est pas un monument de pierre. C’est un corps vivant, un sanctuaire d’accueil. Aujourd’hui, la Maison Mère de la Congrégation de la Mission respire à travers la vie de ceux qui l’habitent et des innombrables personnes qui franchissent ses portes. Par-dessus tout, c’est une maison d’hospitalité.

Ici, au cœur de Paris, se rassemble une communauté internationale et multiculturelle composée de prêtres, de frères, d’étudiants et de visiteurs de tous les continents. Ils partagent la même table, la même foi et le même désir de suivre le Christ, évangélisateur des pauvres, dans l’esprit de saint Vincent de Paul. La vie ici est façonnée par la diversité. Des langues, des cultures et des expériences missionnaires différentes convergent vers un même chemin. Des confrères âgés, porteurs de la mémoire de décennies de service, vivent aux côtés de jeunes missionnaires en formation. Certains sont engagés dans le travail pastoral, d’autres dans les études, d’autres encore dans un service discret.

Ensemble, ils forment non pas une institution, mais une communauté vivante. Un corps qui continue de grandir, de s’adapter et de servir. Et pourtant, cette maison est plus qu’une communauté. C’est un carrefour. Même si le gouvernement de la Congrégation se trouve désormais à Rome, la rue de Sèvres demeure le centre de l’âme vincentienne. Les missionnaires passent par cette maison avant de partir vers des terres lointaines et y reviennent en portant la mémoire d’années consacrées au service.

Ils y rapportent des histoires, des blessures et des espérances recueillies aux quatre coins du monde. C’est un lieu où la mission elle-même s’arrête un instant pour reprendre souffle avant de repartir. La Maison Mère demeure un lieu privilégié de la Congrégation de la Mission.

Par vocation, elle est un foyer spirituel où le charisme vincentien peut être redécouvert. Un horizon d’évangélisation, de rencontre et d’interculturalité. Ouverte sur la rue par la chapelle Saint-Vincent et enrichie par ses archives, sa bibliothèque et son musée, la maison est gardienne et transmettrice d’un héritage vivant. Vincent savait que l’on ne peut pas changer le monde seul. Au fil du temps, cette maison est devenue le centre d’un réseau vivant : la Famille vincentienne. Juste à côté se trouvent les Filles de la Charité.

Unies par un lien ininterrompu depuis 1633. Chaque matin, dans un geste qui a silencieusement traversé les siècles, un prêtre traverse la rue pour célébrer l’Eucharistie avec elles. Deux maisons, un seul esprit.

Ensemble, la Congrégation de la Mission et les Filles de la Charité animent la vie pastorale de la chapelle de la rue du Bac, attirant des pèlerins du monde entier. Autour d’elles, le monde vincentien s’est développé en une vaste constellation de communautés religieuses, d’associations laïques et de bénévoles, tous unis par la même source. Pourtant, la mission n’est pas seulement lointaine : elle prend chair ici, dans les rues de Paris. Au pied de la Maison Mère, dans des espaces que la Congrégation de la Mission a choisi de consacrer au service des autres, se trouve le Centre Louise de Marillac. Né d’un partenariat avec la Société de Saint-Vincent-de-Paul et l’Équipe Saint-Vincent, ce centre d’accueil de jour offre un refuge aux femmes qui subissent la dureté de la rue. Elles y trouvent des douches, une écoute, des repas chauds, du repos et, surtout, de la dignité.

La mission qui autrefois traversait les océans commence aujourd’hui par franchir un seuil partagé. Le même toit qui abrite les missionnaires s’étend vers l’extérieur pour abriter ceux qui souffrent. C’est une forme discrète de charité, fidèle à l’intuition de saint Vincent selon laquelle l’amour doit toujours être inventif et concret. À l’intérieur même de la maison, une attention est aussi portée à l’âge et à la fragilité.

Dans la résidence Antoine Portail, l’accompagnement des confrères âgés ou malades demeure une priorité fondamentale, soutenue par une présence humaine et spirituelle attentive. À chaque génération, l’hospitalité doit trouver de nouvelles formes tout en demeurant fidèle au même esprit. Mais une tradition vivante ne reste pas immobile. Elle se renouvelle afin d’offrir son ministère. Récemment revivifiée à l’occasion du quatrième centenaire de la Congrégation de la Mission, la Maison Mère ne s’est pas repliée sur la mémoire.

Au contraire, elle a ouvert ses portes encore plus largement. Ici, le renouveau n’a pas été un acte de conservation, mais un réveil. De nouveaux espaces d’accueil, des technologies modernes et des lieux conçus pour rassembler les personnes répondent désormais aux besoins du XXIe siècle, favorisant le dialogue, la formation, la prière et le service. La Maison Mère vit au rythme continu des arrivées, des départs et des retours. Chaque année, des pèlerins, des missionnaires, des étudiants et des visiteurs du monde entier franchissent ces portes. Certains ne restent que brièvement, d’autres beaucoup plus longtemps.

Pourtant, chaque nouveau venu devient peu à peu partie prenante de la vie de la maison. Près d’une centaine de chambres simples et accueillantes prolongent l’une des plus anciennes vocations de la Maison Mère : recevoir l’étranger. Plus qu’un hébergement, ces espaces offrent le silence au cœur de la ville, le repos sur la route et l’expérience d’une maison façonnée par la prière et l’accueil. Ceux qui arrivent ici n’entrent pas simplement dans un bâtiment, mais dans une tradition vivante d’hospitalité où, sous un même toit, le silence, l’attention et la fraternité demeurent.

En ouvrant ces espaces au monde, la mission de saint Vincent demeure une conversation vivante, enracinée dans l’histoire mais attentive aux besoins du présent. La Maison Mère continue d’être ce qu’elle a toujours été : une maison pour le monde, fondée sur la force de son passé, les fenêtres grandes ouvertes sur l’avenir. Si ces murs pouvaient parler, ils ne diraient qu’un seul mot : hospitalité. Peu importe qui vous êtes. Peu importe qui vous êtes ou quel chemin vous a conduit jusqu’ici. Dans l’agitation de Paris, peut-être cherchiez-vous simplement le silence, un lieu où vous reposer ou vous ressourcer.

Nos portes vous sont ouvertes. Peut-être êtes-vous un pèlerin à la recherche d’un lieu sacré, ou un étudiant en quête d’une communauté où vous sentir chez vous. Peut-être êtes-vous venu vous agenouiller devant les sanctuaires de saint Vincent de Paul pour demander de la force. Peut-être êtes-vous simplement quelqu’un qui souhaite se plonger dans des archives historiques où résonnent encore les pas de missionnaires qui ont donné leur vie pour le Christ. Peut-être êtes-vous un groupe à la recherche d’un lieu où se réunir ou célébrer l’Eucharistie. Ou un voyageur en quête de plus qu’une simple chambre, en quête de sens, de paix, d’espérance.

Si votre chemin est devenu lourd et que vous souhaitez partager ce fardeau avec un frère, nous sommes là. Dans cette maison, personne n’est un étranger ni simplement quelqu’un de passage. Vous êtes un hôte, un frère, une sœur ou un membre de la grande Famille vincentienne. Après avoir traversé les siècles pour garder vivante la flamme, le feu de la charité. Entrez, respirez, reprenez des forces. Bienvenue.

Bienvenue chez vous.

Executive Producer: Fr Mark Pranaitis, CM
Written and Directed by: Manuel de Teffé
Original Music Composed and Produced by: Gabriele Croci
Historical Consultants: Fr Roberto Gomez, CM & Sr. Magdalena Harbu, Daughter of Charity
Edited by: Thomas Kervinio
Produced by: Manuel de Teffé

Music © 2026 Gabriele Croci
© 2026 Congregation of the Mission. All Rights Reserved.


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