Saint Vincent de Paul, toujours d’actualité, voire plus que jamais

par .famvin | Sep 23, 2026 | Formation | 0 commentaire

La fête de saint Vincent de Paul nous invite chaque année à méditer sur le message de Vincent, sur le mouvement qu’il a fondé et sur la pertinence que son message conserve encore aujourd’hui. Le 27 septembre reste donc toujours un jour particulier pour tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, vivent et œuvrent selon la spiritualité vincentienne.

Nous vivons à une époque de progrès technologique constant, où l’intelligence artificielle ouvre des possibilités jusqu’alors inimaginables et peut ainsi contribuer grandement à offrir une vie meilleure à l’être humain.  Ce progrès semble désormais imparable et ne connaître aucune limite.  Nous pouvons à peine imaginer les nouvelles possibilités que cela nous apportera dans les années à venir.  Mais en même temps, une question se pose, ou plutôt une inquiétude : tout cela aide-t-il réellement l’homme en toutes circonstances ? Peut-on toujours considérer cela comme un progrès pour notre humanité ? Y a-t-il aussi un revers à ce progrès et l’homme ne court-il pas le risque de finir par devenir subordonné à ce qui lui est imposé de manière artificielle ? L’homme sera-t-il capable de rester maître de ce qu’il est en train de créer ?  Et certains ne seront-ils pas pris par l’orgueil démesuré de vouloir s’élever  au-dessus de leur propre Créateur ? Le pape Léon XIV a, à juste titre, évoqué dans son encyclique  « Magnifica humanitas «  l’image de la tour de Babel, où l’homme, poussé précisément par son orgueil, a voulu égaler Dieu et a ainsi tenté de mettre fin à sa soumission à Dieu.  Cette volonté de devenir notre propre dieu et, pour cela, d’essayer d’écarter Dieu est apparemment un phénomène de tous les temps ; elle a déjà été décrite de manière exceptionnelle dans le récit de la Création et se manifeste sans cesse  sous de nouvelles formes.  En créant l’intelligence artificielle et les robots, on n’a toujours pas créé d’être humain, mais certains se bercent de l’illusion qu’ils ne sont pas loin de pouvoir créer un pseudo-humain selon leurs propres souhaits et rêves.  Ce sera alors, à leurs yeux, le prototype auquel l’homme devra se conformer : un être humain sans lacunes ni défauts, capable d’exécuter à la perfection tout ce qui lui a été préprogrammé, mais dépourvu d’âme et incapable de penser et d’agir en fonction de sa conscience.

Aujourd’hui, nous lisons des articles sur des robots capables de courir plus vite que les meilleurs athlètes, de formuler des réponses aux questions les plus complexes plus rapidement et avec plus de précision que quiconque, de prendre en charge avec brio de nombreuses tâches humaines et même d’être utilisés dans le domaine des soins pour répondre à certains besoins fondamentaux.

Quelle serait la réponse de Vincent s’il vivait aujourd’hui et était confronté à ces tendances et situations qui dominent la vision actuelle du monde ?  Il poserait les mêmes questions que celles qu’il posait il y a 400 ans.  Sa première question serait de savoir où est passé Dieu dans ce nouveau monde, et si Dieu n’a pas été littéralement évincé par les progrès technologiques toujours plus poussés.  Et sa deuxième question serait de savoir comment vont les pauvres dans ce nouveau monde, ceux qui vivent en marge de la société et ne peuvent absolument pas profiter des avantages de ce progrès technologique, mais risquent plutôt d’en être les victimes.  Le souci de ramener Dieu dans le monde et celui de savoir comment l’amour de Dieu pouvait se traduire en amour pour le prochain, en particulier pour ceux qui sont privés de toute forme d’amour, ont été les motivations qui ont marqué toute la vie de Vincent.  En réalité, c’est précisément ce que Jésus-Christ lui-même a accompli au cours de sa vie ici-bas : faire connaître à l’homme le véritable Visage de Dieu, qui est amour, traduire cet amour en amour concret pour le prochain et en faire une mission à accomplir pour l’humanité.

À l’époque où vivait Vincent, la véritable image de Dieu était obscurcie par l’ignorance et l’absence d’un accompagnement spirituel adéquat. Aujourd’hui, chez beaucoup, Dieu a été supplanté par un individualisme exacerbé, par la croyance aveugle selon laquelle tout salut réside dans le progrès technologique et par une conception totalement erronée de la liberté personnelle.  La disparition de Dieu en tant que perspective ultime de la vie a des conséquences profondes sur le mode de vie de l’homme, sur la manière dont les gens interagissent entre eux, et sape le respect inconditionnel de toute vie.

Nous pouvons apprendre de Vincent comment il s’est efforcé de soulager la pauvreté spirituelle en formant des prêtres bien préparés et en organisant des missions populaires.  Donner aux gens les moyens de faire connaître et aimer Dieu parmi les hommes et chercher concrètement des moyens de rassasier la faim spirituelle des gens : telle était sa réponse.  Et surtout, à travers sa propre vie, il a montré à quel point il s’ouvrait à la grâce de Dieu, en plaçant une confiance inconditionnelle dans la Providence divine et en continuant, malgré ses nombreuses activités, à donner la priorité à une vie de prière intense.

Dans un monde dominé par la technologie, il chercherait peut-être aujourd’hui, tout comme Teilhard de Chardin cherchait en son temps à jeter des ponts entre la théorie de l’évolution et la main de Dieu qui y est à l’œuvre, des moyens de discerner, même dans le progrès technologique, la force créatrice que l’homme a reçue de Dieu. La science et la foi ne doivent pas nécessairement être en contradiction, mais peuvent au contraire s’enrichir mutuellement.  Lorsque saint Irénée affirmait que l’homme vivant est la gloire de Dieu, cela peut également s’appliquer à ce que cet homme vivant continue aujourd’hui à développer à partir de et grâce à la force qu’il a reçue de Dieu, y compris sur le plan technologique.  Mais cela exige bien sûr de l’humilité et la foi que Dieu est à l’origine de toute la création et qu’Il en est également l’aboutissement.  Le fait de pouvoir y découvrir la gloire de Dieu confère même une valeur ajoutée à ce que l’homme continue de développer !  Par ses découvertes et ses réalisations, il fait progresser la création de Dieu.  Ses activités humaines acquièrent ainsi une dimension divine.  Ne serait-ce pas justement l’une des missions qui nous incombent aujourd’hui, à nous croyants, de devenir ces bâtisseurs de ponts, de  ne pas fuir le dialogue avec la science et le progrès technologique, de ne pas nous enfermer dans un jargon purement ecclésiastique, mais au contraire de laisser la gloire de Dieu resplendir, voire briller de mille feux, dans tout ce qu’on appelle le progrès ?

Et le faire à partir d’une vie de foi profondément vécue, d’une relation authentique avec Dieu et d’une foi inébranlable que Dieu chemine avec nous tous et en toute chose, y compris dans ce qu’on appelle aujourd’hui le progrès.  En effet, comme Vincent l’a si bien exprimé : « Que nous marchions toujours avec la Providence divine, ni trop vite ni trop lentement ».

Vincent serait également préoccupé aujourd’hui par toutes ces personnes qui sont laissées pour compte, qui vivent en marge de la société, et auxquelles échappent tous les avantages du progrès technologique.  Il se soucierait également de ceux qui, à la lumière d’un progrès aveuglant, sont considérés comme inférieurs et très facilement mis au rebut. Il se soucierait de la vie à naître qui, en de nombreux endroits, n’a plus aucun droit à la vie et où les gouvernements, tout particulièrement dans son pays d’origine, ont même inscrit le droit à l’avortement dans la Constitution.  Il s’engagerait certainement aux côtés des mouvements pro-life et chercherait surtout comment soutenir et accueillir les mères en difficulté. Il se souviendrait du nombre d’enfants abandonnés à Paris qu’il a sauvés de la mort et pour lesquels il a cherché et trouvé un accueil adapté. Même si, aujourd’hui, peu d’enfants sont encore abandonnés d’une manière pareille, combien sont-ils, au contraire, à ne même pas avoir le droit de voir le jour ?

Il n’accepterait pas que l’euthanasie soit légalisée, mais mettrait tout en œuvre pour convaincre les gens que la vie est sacrée, qu’elle mérite une protection absolue, et s’efforcerait activement d’offrir une perspective à ceux qui se trouvent dans une situation désespérée, en leur apportant une présence bienveillante et attentionnée.

Le flux de migrants et de réfugiés ne lui serait pas non plus étranger, si l’on repense à la foule de réfugiés qui, en raison de la guerre entre l’Espagne et la France en 1635, arrivèrent à Paris et cherchèrent en vain un abri. Non, à l’époque, il n’a pas détourné le regard, et aujourd’hui encore, il ne détournerait pas le regard face à la souffrance que beaucoup de ces personnes doivent endurer.  Il ne resterait pas silencieux, pas même face aux responsables politiques, s’il voyait comment certaines de ces personnes sont pourchassées de manière inhumaine, enfermées dans des camps ou se noient au large des côtes dans l’espoir d’atteindre la terre ferme.   N’a-t-il pas été autrefois le secrétaire d’État informel, puis même officiel, chargé des réfugiés et des victimes de guerre ?

« Davantage » s’écrierait-il, face à toute la souffrance à laquelle nous sommes confrontés quotidiennement et lorsque nous nous sentons souvent impuissants à offrir la moindre forme d’aide.  Mère Teresa parlait de cette goutte d’eau dans l’océan qu’elle apportait par ses soins concrets aux mourants dans les rues de Calcutta, mais selon elle, l’océan avait besoin de cette goutte, tout comme l’humanité tout entière a besoin de ces soins concrets pour ce prochain en détresse.  C’est ainsi que se construit l’humanité, que la dignité humaine de chacun est promue et restaurée, et que cette goutte unique peut peut-être se répandre, telle une nappe d’huile sur l’eau, en cercles de charité.

Vincent a laissé tomber cette goutte et, depuis lors, celle-ci continue de se propager sous la forme d’un mouvement vincentien mondial, porté de manière actualisée par des milliers de personnes.  Nous pouvons vraiment être reconnaissants envers saint Vincent pour la double sollicitude dont il a fait preuve de manière radicale : envers ceux qui sont pauvres spirituellement et envers ceux qui sont pauvres matériellement.  Il fallait montrer aux uns comme aux autres que Dieu les aimait de manière inconditionnelle.  Continuons à puiser en lui l’inspiration pour devenir et rester, aujourd’hui encore, de véritables hérauts de ce qu’est le nom de Dieu : l’Amour !

Je vous souhaite à tous une fête de saint Vincent bénie, et surtout beaucoup d’inspiration, par l’intercession du Saint de la charité !

Frère René Stockman
Frère de la Charité


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