La force aveuglante de l’orgueil et du pouvoir

par .famvin | Juin 20, 2026 | Réflexions spirituelles | 0 commentaire

Selon certains, l’orgueil est le plus grand des péchés et aussi la cause de tous les péchés.  On se réfère alors au livre de la Genèse dans la Bible, où, dans le récit des premiers hommes, il est décrit de manière vivante comment le mal s’est emparé du cœur de l’homme en le séduisant pour qu’il devienne son propre dieu.  « Vos yeux s’ouvriront dès que vous en mangerez, et alors vous serez comme des dieux et vous connaîtrez le bien et le mal » (Genèse 3, 5).  Leurs yeux s’ouvrirent en effet après avoir mangé le fruit défendu et ils virent qu’ils étaient nus et qu’ils n’étaient pas du tout des dieux comme ils l’avaient rêvé.  Un peu plus loin, nous lisons une autre histoire, cette fois au moment où l’on décida de construire une tour qui s’élèverait jusqu’au ciel, afin d’affirmer ainsi son propre pouvoir et son statut divin (cf. Genèse 11, 1-9).  Mais cela aussi s’est soldé par un échec cuisant et s’est terminé par un édifice inachevé et une confusion des langues dans un chaos total.  Une fois encore, c’est l’orgueil qui les a poussés à défier Dieu et à vouloir devenir ses égaux.  Des récits anciens qui en disent long, non, qui en disent très long sur la propension des hommes à tenter, par orgueil, d’accaparer le pouvoir.

Lorsque nous essayons de nous bercer de l’illusion qu’aujourd’hui, on ne mange plus de fruits défendus et qu’on ne construit plus de tours de Babel, la réalité quotidienne nous rattrape.  Certains veulent même aujourd’hui aller jusqu’à Mars pour y bâtir leur propre empire, et lorsque j’ai appris par les médias que le président Trump avait fait ériger une statue en or à son effigie, dans une posture qui ne respire que le pouvoir et l’arrogance, je n’ai pu que conclure qu’il n’y a effectivement rien de nouveau sous le soleil, que l’histoire se répète à l’infini et que l’on n’apprend apparemment rien de cette histoire.  Et ce dernier point est peut-être la pire chose qui puisse nous arriver en tant qu’êtres humains et dont nous pouvons tous être victimes.  C’est cette force aveuglante, cachée dans l’orgueil, qui nous pousse à saisir le pouvoir et nous conduit à une myopie néfaste où nous n’avons plus que nos propres intérêts en tête et où, au final, nous ne nous soucions plus que de savoir comment étendre encore notre pouvoir.  La manière dont cela se produit devient totalement subordonnée au résultat escompté et au rêve que l’on nourrit.  Coups de coude, pots-de-vin, corruption et, si nécessaire, élimination des adversaires : tout cela figure dans le manuel sur la manière d’accroître son pouvoir et son prestige.  Non, nous ne devons pas nous laisser aveugler par les paillettes de cette nouvelle statue de Trump et penser que lui seul est en proie à l’hubris.  La tentation de nous couronner dieux se cache en chacun de nous et le serpent de la tentation rôde toujours pour nous prendre dans ses filets.  Non, pour cela, nous n’érigerons sans doute pas de statue en or à notre effigie, ni ne construirons de tour portant notre nom.  Mais il en sera toujours ainsi : nous nous considérerons comme meilleurs et plus grands que les autres, nous voudrons en voir la confirmation, et si nous ne parvenons pas immédiatement à obtenir la reconnaissance espérée, nous irons alors feuilleter notre livre de recettes pour trouver la bonne méthode afin de nous élever au-dessus des autres, de les humilier, car « il doit diminuer et moi grandir », pour paraphraser la célèbre parole de Jean-Baptiste (Jn 3, 30), mais dans le sens inverse.

Pour beaucoup, la vertu d’humilité a été rayée de leur vocabulaire, car elle est devenue l’apanage des bigots et des faibles.  Nous n’avons rien contre le fait que les gens veuillent progresser dans la vie, mais nous nous opposons à la manière dont certains cherchent à y parvenir.  Si cela ne peut se faire qu’en humiliant et en rabaissant les autres, voire en les éliminant si nécessaire, nous nous heurtons alors à une limite éthique qui est largement dépassée.  Dans une vision personnaliste de l’homme, chacun porte la responsabilité mutuelle du respect, de la promotion et, le cas échéant, du rétablissement de la dignité humaine de l’autre.  Ce sera donc là le critère à l’aune duquel une société peut s’évaluer sur le plan éthique, et chaque fois que cela sera remis en cause parce que certains, dans leur orgueil, veulent s’accaparer le pouvoir au détriment des autres, nous devrons tirer la triste conclusion que nous sommes incapables de tirer des leçons positives de l’histoire.   Ce que nous voyons amplifié chez Trump et ses semblables, au point que cela en devient même grotesque, nous le rencontrons malheureusement aussi dans la vie quotidienne, où il y a de nombreux petits Trump qui se tiennent chaque jour devant le miroir en se demandant : « Miroir, miroir, qui est le plus grand dans ce pays ? »

Fr. René Stockman,
Frère de la charité.


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