Solitude : quand la présence fait la différence

par .famvin | Avr 28, 2026 | Histoires | 0 commentaire

Alors que la solitude progresse en France, les personnes concernées ne se tournent pas facilement vers les associations. Les liens sociaux sont pourtant vitaux pour chacun d’entre nous. Enquête auprès de ceux qui sont engagés pour les préserver.

Ce sont ses problèmes de santé qui ont fait bascu­ler Læti­tia à la fois dans la préca­rité et dans la soli­tude, quand elle s’est retrou­vée en inva­li­dité, et que son mari puis ses proches lui ont tourné le dos. Prise dans une spirale de perte de confiance, cette mère céli­ba­taire a long­temps retardé le moment de deman­der de l’aide, alors qu’elle sautait des repas pour pouvoir nour­rir son fils. Avant de retrou­ver une vie sociale au Café Sourire de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à Nieppe (Nord), Laeti­tia a connu « des jour­nées sans but, qui se ressem­blaient toutes », sans personne à qui confier les émotions liées à son parcours médi­cal chao­tique.

Comme elle, les personnes souf­frant de la soli­tude sont diffi­ciles à rejoindre : « On n’ose pas dire que l’on se sent seul », remarque Serge Gillo­tin, président de l’équipe de béné­voles de Saint-Vincent-de-Paul de Luçon (Vendée). Pour lui, « les gens ont souvent une certaine pudeur, ils n’osent pas deman­der de l’aide parce qu’ils se disent qu’ils ont déjà un toit sur la tête… » Pour­tant, de l’étu­diant isolé au senior en Ehpad, en passant par les personnes atteintes par le veuvage ou isolées en milieu rural, une personne sur quatre se déclare aujour­d’hui seule – un chiffre qui atteint une personne sur deux parmi celles qui sont touchées par la préca­rité.

Des effets sur la santé

Or la soli­tude fait du mal : « Les personnes âgées qui vivent seules chez elles souffrent souvent de perte d’en­vie, de dépres­sion, voire de dénu­tri­tion, quand elles perdent le plai­sir de manger à force de prendre leurs repas sans vis-à-vis », affirme Estelle de Saint-Bon, direc­trice géné­rale d’En­sem­ble2­Gé­né­ra­tions, un dispo­si­tif d’ha­bi­tat partagé entre seniors et jeunes. De nombreuses études ont aussi démon­tré ses effets délé­tères sur la santé physique et mentale, ou, pour les plus jeunes, sur l’ab­sen­téisme et les résul­tats scolaires. « Si elle appa­raît le plus souvent dans des moments de tran­si­tion, comme un deuil, une sépa­ra­tion ou un démé­na­ge­ment, la soli­tude devient problé­ma­tique quand elle devient chro­nique, parce qu’elle entraîne un phéno­mène d’ha­bi­tua­tion qui rend diffi­cile le fait d’en sortir », explique Arnaud Goul­liart, délé­gué géné­ral de la Fonda­tion française pour les liens sociaux, récem­ment créée pour promou­voir des actions de préven­tion face à l’iso­le­ment et à la soli­tude. Ce qui a des consé­quences sur la société tout entière : « Une personne qui souffre de soli­tude a plus de mal à accep­ter l’al­té­rité, et devient plus méfiante. À terme, l’aug­men­ta­tion de la soli­tude devient une menace pour la cohé­sion sociale, voire pour la démo­cra­tie. »

Favo­ri­ser la prise de parole

Devant ce coût social élevé, Arnaud Gouilliart appelle les déci­deurs publics à s’em­pa­rer d’un sujet « que beau­coup consi­dèrent à tort comme une ques­tion intime ». En atten­dant, les béné­voles asso­cia­tifs s’ac­tivent sur le terrain, comme dans les nombreux Cafés Sourire ouverts par la Société de Saint-Vincent-de-Paul. À Nieppe, celui-ci a lieu le samedi matin, de 9h à midi, à l’oc­ca­sion de la distri­bu­tion alimen­taire. Domi­nique Decoune, le président de l’équipe locale, passe de table en table et veille à ce que les personnes puissent échan­ger entre elles. : « Je lance de petits sujets de conver­sa­tion, par exemple en leur deman­dant comment ils vont cuisi­ner les produits. » À force d’écoute, et parce que les béné­voles cultivent une bien­veillance qui s’at­tache à ne jamais porter de juge­ment, les langues se délient, et, de semaine en semaine, des amitiés se créent : « Je vois bien que, main­te­nant, les parti­ci­pants choi­sissent leur table en fonc­tion de ceux qu’ils veulent retrou­ver », remarque le président. De son côté, l’as­so­cia­tion Cop1, fondée « par des jeunes pour les jeunes » pendant la période Covid pour lutter contre la préca­rité étudiante, porte aussi le souci de leur soli­tude. Son dernier Baro­mètre annuel sur la préca­rité étudiante, mené avec l’IFOP, révèle que les étudiants sont deux fois plus atteints par la soli­tude que la popu­la­tion géné­rale. Lors de ses distri­bu­tions alimen­taires, l’as­so­cia­tion tente de « briser la barrière de la honte » en mettant de la musique et en pratiquant le tutoie­ment. Elle orga­nise aussi des acti­vi­tés spor­tives ou cultu­relles, ou encore des « festins », des repas que les jeunes cuisinent ensemble avant de les parta­ger, tout en veillant à ce que les groupes soient peu nombreux, pour favo­ri­ser la prise de parole de chacun et la créa­tion de liens.

Être atten­tif aux signaux faibles

Promue depuis plusieurs années dans le milieu du travail social, la démarche de « l’al­ler-vers » est précieuse dans la lutte contre la soli­tude. Celle-ci se carac­té­rise par la volonté d’al­ler au contact des personnes qui ne formulent pas de demandes ou ne s’adressent pas aux dispo­si­tifs, sur leurs lieux de vie. À Luçon, après avoir accom­pa­gné une personne touchée par la soli­tude après la mort de son mari, Serge Gillo­tin réflé­chit avec son équipe à un service « familles en deuil ». Les béné­voles de l’équipe de locale de la Société de Saint-Vincent-de-Paul assu­re­raient une présence télé­pho­nique auprès des personnes que leur adres­se­rait l’équipe parois­siale des funé­railles, atten­tive aux signaux faibles de la soli­tude : « Il faut être parti­cu­liè­re­ment vigi­lant, par exemple, avec les personnes qui vivent cette épreuve dans un silence total : il faut bien que leur peine puisse s’ex­pri­mer », aver­tit-il. Dans ce service comme dans toutes les autres actions qui luttent contre la soli­tude, l’écoute est la clé pour restau­rer la confiance et renouer des liens. « Pour cela, l’es­prit de la Société de Saint-Vincent-de-Paul nous aide beau­coup », estime Hubert de Lamotte. L’une des clés du succès du Café Sourire qui se tient chaque mercredi après-midi avec l’équipe de Bayeux (Calva­dos), dont il est le président, tient à l’équi­libre qui s’est trouvé natu­rel­le­ment entre les parti­ci­pants, parois­siens de la cathé­drale, personnes aidées, seniors, enfants… « À la Société de Saint-Vincent-de-Paul, reprend-il, on ne « fait pas la charité », on essaie de vivre avec les personnes. C’est comme ça, par notre simple présence, qu’elles finissent par nous faire confiance et à lais­ser tomber les barrières qu’elles se sont mises. »

On n’ose pas dire qu’on se sent seul.

Par Sophie Le Pivain, pigiste
Source: https://www.ssvp.fr/ozanam-magazine/dossiers/solitude-quand-la-presence-fait-la-difference

Café Sourire Saint-Geneviève, gobelet, sourire,

 


Tags:

0 commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


FAMVIN

GRATUIT
VOIR