III. Maladies et remèdes

A) Maladies

En guise de maladies, ne nous attendons pas à trouver mentionnées dans les document de l’époque, des maladies étranges, inconnues de nos jours.

Les noms ont pu changer, mais les maux étaient les mêmes. Ainsi, Monsieur Vincent nous parle de la “punaisie”, maladie souvent ignorée de ceux qui en sont atteints, et qu’on appelle punais.
«Ils ont, dit-il, un estomac gâté, une haleine puante, qui infecte tous les autres, et ils ne le sentent pas eux-mêmes.» (IX, 377). Cette punaisie est la maladie qu’on appelle aujourd’hui “ozène”.

On mourait donc des mêmes maux que nous, actuellement, avec cette différence que les microbes et les virus d’autrefois n’étaient pas obligés, comme leurs modernes descendants, à changer de tactique ou à se transformer sous l’action de la pénicilline ou des antibiotiques, inventant de nouvelles méthodes pour tourmenter les humains, ou, si l’on veut, en produisant des maladies nouvelles. On ne parlait pas autrefois de leucémie, de poliomyélite, etc, etc…

Chaque saison amenait son cortège habituel de maux. Mais l’hiver était particulièrement redoutable et redouté surtout des santés [230] délicates. A l’entrée de l’hiver 1640, Monsieur Vincent d’écrire à Mlle Le Gras : «Oh ! que je souhaiterais que vous fussiez en bonne santé ! Mais quoi ! voici l’hiver ; il n’y faut pas penser.» (II, 131).

Parce que les remèdes du temps leur assuraient une existence de tout repos, les microbes des maladies contagieuses avaient la partie belle, et ils ne s’en privaient pas.

Il était une de ces maladies, trop fréquente, en fort mauvaise réputation, si bien qu’on lui attribuait tous les méfaits : c’était la peste, nom générique sous lequel il fallait entendre toutes les épidémies de typhus, choléra, variole, fièvre typhoïde, en sorte qu’il n’est pas toujours aisé de savoir de quelle variante il s’agit dans les textes du temps.

La peste résidait à l’état endémique et clé temps à autre faisait plus particulièrement parler d’elle.

En 1635 et 1636, il y en eut de nombreux cas à Paris, et plusieurs à Saint-Lazare en furent atteints.

Dans l’éventualité que le fléau atteigne le diocèse de Cahors, Monsieur Vincent expose à l’évêque Alain de Solminihac ses devoirs en la circonstance, et dans quelle mesure il convient de s’exposer en visitant et assistant les pestiférés. (IV. 520).
En 1656, la peste fit en France et à Paris de tels ravages qu’au dire de Monsieur Vincent, il mourait 130 à 140 personnes par jour. (X, 235).

L’Italie, à Gênes et à Rome, ne fut pas épargnée ; les confrères s’y dévouèrent à l’admiration de tous, et nombreux furent ceux qui, à diverses époques, payèrent leur zèle de leur vie. La contagion y sévissait encore en 1714, et M. Bonnet espérait qu’elle cesserait avec le retour du froid (Circ., I. 284).

Voulons-nous savoir comment la peste opérait, ce qu’on essayait pour tenter de l’enrayer, il n’est que de lire ce passage d’une lettre de Monsieur Vincent au sujet de Marseille :
Le fait se passe en 1649. «Une barque étant venue d’Alger avec la peste, on lui a fait faire la quarantaine à la rade. Pendant ce temps, tous les matelots sont morts, et les hardes et les cordages ont été jetés dans la mer. Quelques pécheurs ayant rencontré un matelas qui surnageait, ils l’ont pris, l’ont fait sécher, s’en sont servis et sont morts de la peste. De là leurs voisins la prirent. Monsieur Brunet les étant allé confesser, ils moururent en sa présence, dès qu’il les eût absous. Lui s’en étant allé à l’hôpital, dîna avec Monsieur de la Coste, lui racontant ce qu’il venait de faire ; et incontinent la maladie les prit tous deux. C’était le jour de sainte Madeleine ; et tous deux moururent deux ou trois jours après, quasi à la même heure». (III, 474).

La malaria était encore un autre fléau propre aux lieux habités par les moustiques des marais et eaux stagnantes.
C’est de cette maladie qu’il est probablement question dans la lettre de M. Bonnet, en date du 1er janvier 1728, lorsqu’il disait : «Comme plusieurs de nos maisons ont été affligées, l’automne passé, de fièvres malignes, je vous transmets quelques recettes propres les guérir. Ces remèdes sont bien éprouvés et reconnus comme infaillibles, surtout celui de la fièvre quarte, dont j’ai fait l’expérience sur moi-même avec un plein succès». (Circ., I, 350).

Malheureusement, ces recettes magiques ne nous ont pas été conservées.
Le même Supérieur général écrivait encore, en 1735 : «Nous avons en la paroisse Notre-Dame de Versailles des fièvres très opiniâtres et très difficiles à guérir, presque tous nos missionnaires sont [231] retombés plusieurs fois, et quelques-uns des prêtres, et des frères que nous y avions envoyés pour les soulager sont encore ici malades et traînants, et ont de la peine à se bien remettre.» (Circ., I, 435).

N’était-ce pas la grippe, cette bonne petite grippe, pas toujours bien méchante, à laquelle nous sommes accoutumés, chaque automne, que Monsieur Vincent dénonçait sous le nom de rhume, lorsqu’il écrivait, en 1657 :
«Pour nouvelles, je vous dirai que nous n’avons personne de bien malade, grâces à Dieu, mais oui bien quantité qui sont incommodés d’un mauvais rhume qui court en ces quartiers et dont la plupart du monde est atteint». ? (VI, 249).

Et c’est encore probablement de la grippe qu’il s’agissait, lorsqu’en novembre 1636, il rapportait que tous les malades de Saint-Lazare étaient hors de fièvre, et, depuis, par la grâce de Dieu, qu’il n’était point arrivé d’autre accident (I, 360).
Puisque nous en sommes à la fièvre grippale, un mot au moins de la fièvre tout court, bien que généralement elle a une raison d’être.

On sait que Monsieur Vincent fut, toute sa vie durant, tourmenté par la fièvre (qui était peut-être du paludisme contracté à Tunis).

Il semblait faire bon ménage avec elle, puisqu’il en parle avec une certaine tendresse : «Mes petites fiévrottes ne s’en vont point encore ; vous savez qu’elles sont un peu longuettes», mande-t-il, en 1634, à Louise de Marillac (I, 313).
La fièvre, suivant la violence de ses accès, portait des noms divers : double, tierce, quarte, avec combinaison des noms double-tierce, etc…

Vers 1636, Monsieur Vincent mande à Louise de Marillac : «Ma petite fiévrotte est, comme vous dites, double-tierce ; mais vous savez qu’en cette saison je l’ai pour l’ordinaire double-quarte et l’ai déjà eue telle cet automne». (I, 581).

Une autre fois, à la être : «Ma petite fièvre est tierce ; voici le troisième accès. Elle me prit le soir que j’eus le bien de vous voir, pour être descendu au réfectoire incontinent après avoir rendu le petit remède que je pris. Le premier accès m’ôta le sommeil tout à fait. Le lendemain, comme depuis, je me provoquai à suer, qui a fait que les accès sont diminués, avec ce que j’ai été saigné deux fois, de sorte que celui que j’ai à présent est fort doux». (I,587).

Plus pernicieuse était la fièvre dite pourpreuse, probablement la scarlatine ou la rougeole, dont moururent plusieurs missionnaires entre autres M. Jean de la Salle, après 14 jours de maladie. (I. 595)

Dans la Vie de M. Jolly, on rapporte ce fait : «Ayant envoyé en 1689 un prêtre de la compagnie pour soulager quantité d’Allemands prisonniers de guerre à Châlons-sur-Marne, qui mourraient presque tous d’une maladie pourpreuse fort maligne et qui se gagnait aisément, il eut soin de faire faire un pestifuge et de l’envoyer au supérieur de cette maison, lui ordonnant d’en faire prendre non seulement à ce prêtre qui était toujours exposé, mais encore à toutes les personnes de la famille, de crainte que par la conversation familière avec ce cher confrère, ils ne vinssent à être frappés de quelque vapeur maligne.» (p. 77).

À cette époque, on entend encore parler de pleurésie (V, 476), mais beaucoup plus souvent de tuberculose qu’on appelait alors la pulmonie, et les tuberculeux : les pulmoniques. (VI, 256).

Cette maladie était fréquente. c’est de celle-ci qu’était mort l’un des premiers disciples de Monsieur Vincent, le bon M. Pilé, qui souffrait habituellement de la poitrine et des poumons. Vers la fin de ses jours, dit M. Vincent, «il alla toujours diminuant en force et croissant en peine, à cause que son mal de poitrine l’oppressait plus que jamais et en telle manière qu’en peu de jours, il ne put aucunement se tenir sur les pieds ni s’aider de ses membres ; et, qui plus est, il commença tôt après à cracher les poumons». (II, 349). [232]

C’est probablement aussi une attaque de phtisie qui emporta le clerc Jamain, mort à Saint-Lazare, en 1645, et dont Monsieur Vincent disait : «Le mal le saisit tout à coup, le quatrième dimanche de carême. C’était une colique fort violente, qui au bout de quelques jours se changea en une inflammation du poumon, qui en fut bientôt pourri». (II, 514).

Plus sûr et plus explicite est le cas de M. Houbert, de qui M. Bonnet disait, «qu’après plusieurs crachements de sang, il s’était trouvé atteint d’une fièvre lente, d’une toux sèche, et des autres symptômes de la pulmonie et de la phtisie, en quoi, il y avait peu d’espérance ni même d’apparence de guérison». (Circ., I, 325).

L’étudiant Jean-François de la Guizardie, justifie à sa manière, le dicton qui affirmait que la tuberculose était la mort des prédestinés. Atteint de ce mal, il se prépara à la mort avec soin, l’envisageant avec tranquillité, même avec joie, nous dit sa notice ; qui ajoute ce détail : «Comme les pulmoniques conservent une parfaite connaissance jusqu’au moment qu’ils disparaissent, il alla la veille de sa mort à la chambre de son supérieur pour le remercier de ses charitables soins». (Not. abr., 97).

On n’avait pas, ce semble, une idée exacte de la tuberculose et de son prodromes, si on en juge par ce qu’on lit dans la notice de M. Caschod, mort en 1706 :
«Il n’avait jamais été malade, ni infirme, est-il écrit ; il avait au contraire une fort bonne santé, un gros corps de bonne taille et bien organisé ; il avait vécu toute sa vie sans excès en aucun genre,' et cependant à la fleur de son âge il est emporté par une maladie qui ne parait pas dangereuse d’abord. Il cracha le sang. C’est un accident qui ne lui était jamais arrivé. Cet accident n’eut pas de suite. Un second crachement qui lui arriva huit jours après fut plus considérable et accompagné de fièvre, mais il passa aussi et l’on crut que le sang venait du cerveau. Mais quelques jours après, le mal se déclara tout à fait, la fièvre devint continue et le malade fut arrêté au lit. On arrêta par des remèdes spécifiques le crachement de sang qu’on regardait comme la cause de tout le mal ; mais la fièvre continua toujours, même avec redoublement. Les remèdes échauffant la poitrine rouvrirent la veine et le crachement de sang revint avec opiniâtreté. On prit le parti de n’employer que des remèdes doux et calmants ; on nourrissait le cher malade de lait d’amande, de la gelée et de bouillons, mais on s’aperçoit encore que ce nouveau régime épaissit le sang du malade, on tente de légères médecines, mais en vain, notre cher frère va toujours pire.» (Notices. ms. II).

La dysenterie et la simple diarrhée n’étaient pas phénomènes inconnus.

En 1637, Monsieur Vincent recommande aux prières de la Présidente Mme Goussault six ou sept personnes malades de Saint-Lazare, et la plupart de dysenterie (I,389).

Nous savons par M. Bonnet que M. Appiani mourut, en Chine, de dysenterie. «Tout malade qu’il était d’un flux hémorroïdal, écrit-il, celui-ci dégénéra dans peu en une dysenterie fermée, à laquelle se joignit une fièvre continue», et ce fut la mort (Circ., I, 412).

On rapporte dans la Vie de M. Alméras, qu’un prêtre de Saint-Lazare ayant une dysenterie fort invétérée et qui le mettait en danger de sa vie et même de communiquer ce mal à ceux qui le visitaient, M. Alméras voulut l’aller voir, nonobstant que l’infirmier l’en dissuadât autant qu’il pût, lui représentant qu’étant infirme comme il était, il y avait plus de danger pour lui et qu’il prendrait plus aisément le mal de ce prêtre ; et comme il vit que l’infirmier insistait beaucoup sur cela, il lui dit d’une manière douce et forte : «Allez, mon frère, ne craignez point, j’ai un bon antidote", et il s’en alla voir ce malade, avec lequel il s’entretint longtemps sans qu’il lui en prit aucun mal ; ce qui fit dire au même prêtre infirme que l’antidote que M. Alméras avait pour se garantir était une grande foi et une ardente charité». (Vie de M. Alméras, p. 67)

En 1659, Monsieur Vincent demandait des nouvelles d’un des missionnaires souffrant de diarrhée, et il disait :
«J’espère de la bonté de Dieu qu’il l’en aura délivré ; autrement, il faut penser à quelque remède. De le faire revenir ici, la distance des lieux, ni cette sorte d’infirmité, ne le permettent pas. Et puis cette maladie est fréquente de deçà ; nous en avons M. Le Soudier si abattu que nous avons sujet de craindre s’il en relèvera. On dit qu’à la campagne beaucoup de gens en sont atteints. M. Durand me mande qu’il en est de même du côté d’Agde, et que lui-même en a eu sa part. Il ne faut donc pas penser de l’envoyer là. Puisque c’est un mal commun, je pense que le meilleur remède est la patience et le régime». (VIII, 139).

Monsieur Vincent n’ignorait point que la gale était une maladie contagieuse.

Parlant d’une petite pensionnaire à une supérieure de communauté, il lui disait qu’elle pourrait la reprendre, si elle n’avait pas d’autre raison que sa gale pour la rendre à ses parents, mais à condition que son père donnât à cette enfant un lit pour y coucher seule. (IV. 233)

A côté des maladies infectieuses, les maladies organiques ne manquent pas surtout en cette époque de pléthore alimentaire.

D’abord les maladies du foie. «Un épanchement de bile, qui résista à tous les efforts de l’art, conduisit M. Holleville au tombeau», nous dit M. Pertuisot (Circ., II, 187).

La goutte aussi était une maladie assez commune. Un des anciens compagnons de Monsieur Vincent, M. Bécu en souffrit de longues années (III, 123). M. Vincent disait au pluriel : «M. Bécu est au lit pour ses gouttes.» (V, 580).

Il y eut des cas de scorbut ; plusieurs missionnaires en moururent. [233]

Nombreux sont aussi les cas d’hydropisie, soignés par des ponctions, et ceux d’apoplexie. Pierron et Couty sont morts de cette dernière maladie. Certains eurent plusieurs petites attaques successives.

M. de Bras fut probablement emporté par une prostatite. C’est ce qui ressort de ces lignes écrites par M. Jacquier :
«Une santé qui paraissait si vigoureuse fut attaquée par la plus affligeante de toutes les maladies. Le malade, arrêté par une rétention d’urine avec effusion de sang, fut pendant six semaines, avec la sonde, entre la vie et la mort. Il sortit de cet accident contre toutes les apparences, et s’en remit assez bien. Il en fut repris en octobre de l’année suivante ; heureusement la convalescence parut plus prompte, mais, au mois d’août 1761, une troisième attaque, quoique plus légère, a occasionné un tel dérangement d’estomac, que la nourriture passant sans digestion n’a pu empêcher le progrès du dépérissement.» (Circ., I,522).

La gravelle fit aussi des victimes. Le frère Jean Vacquier, originaire de Sarlat, «fut affligé pendant une quinzaine d’années de cette maladie, qui le fit beaucoup souffrir, et il fut emporté par une fièvre continue et très violente. Après sa mort, le chirurgien de Saint-Lazare demanda à faire l’autopsie : on lui trouva la rate toute pourrie, le rein gauche ulcéré, et dans sa capacité deux pierres, dont l’une était grosse comme une fève, et l’autre comme un œuf de poulette, en sorte qu’il n’eût pas été possible de la tailler, sans lui ôter la vie.» (Circ., I, 411)

Quelques malheureux subirent cette opération de la pierre ; nous dirons plus loin ce qu’était la chirurgie du temps.

La sciatique était aussi une maladie connue. M. de la Salle en souffrait et à cause de cela il ne pouvait faire du cheval.

Cette maladie nous permettra de citer un fait, que l’on croirait extrait des “Fioretti”, et qui est rapporté dans la notice du frère Nicolas Rignord, mort à Manosque, en 1743, à l’âge de 89 ans.
«Il avoua un jour à son supérieur qu’ayant eu autrefois la dévotion d’aller à un quart de lieue de la ville visiter une chapelle de la Très Sainte Vierge, dans la confiance qu’il obtiendrait par son intercession, la guérison de sa sciatique, il s’y était transporté comme il avait pu, et que se trouvant soulagé après sa prière, il avait laissé les potences dont il s’était servi ; mais que faisant réflexion que c’était Dieu qui lui avait envoyé cette infirmité dans la vue d’exercer sa patience, et de lui donner occasion de mériter davantage, la crainte d’avoir manqué de conformité à ses desseins sur lui, le porta à se reprocher intérieurement son peu de foi et de soumission, et à demander avec instance le retour de ses douleurs, si elles devaient servir pour son salut. Doublement exaucé, il retomba aussitôt dans son être état de souffrances qui l’ont purifié jusqu’à la mort». (Rel. abr., 501).

Si les choses se sont vraiment passées de la sorte, il faut reconnaître que le bon Dieu est bien complaisant !

M. Jacquier rapportait ainsi les circonstances de la maladie de M. Jacques Davelu : «Un corps sain et très robuste nous annonçait de longs jours ; mais un engorgement dans le boyau qui reçoit les aliments digérés par l’estomac, a résisté à tous les remèdes. Des médecins très habiles, qui le soupçonnaient et qui l’ont connu certainement après la mort, nous ont dit qu’il aurait fallu un miracle pour le guérir.» (Circ., II, 181). [234]

De nos jours, une opération aurait eu raison de cette occlusion intestinale, si elle n’était pas d’origine cancéreuse.
Et nous voilà arrivés à la grande maladie de nos jours, à celle du moins qui fait beaucoup parler d’elle et met à l’épreuve la science médicale moderne, par ailleurs si avancée : le cancer.

Le cancer existait, peut-être pas aussi fréquent qu’aujourd’hui, mais il revêtait toutes les formes connues : cancer du sein (Rel. abr. 166), cancer à l’anus. (IV, 513, 514) .

Monsieur Vincent paraît bien renseigné sur ce mal ; on lira avec intérêt des conseils très avisés qu’il donnait à ce sujet.

En 1650, il mandait au supérieur de Gênes à propos d’un missionnaire malade : «Faites-moi savoir, s’il vous plaît, la qualité de son mal, les accidents et les circonstances, afin que je le fasse consulter à Paris. Si c’est une loupe, qu’il se garde bien d’y faire toucher par les chirurgiens ; il vaut mieux qu’il la supporte avec patience que de se mettre en danger d’un plus grand mal. Il y a un homme en cette ville qui en a une presque aussi grosse que sa tête, laquelle il porte en écharpe». Et Monsieur Vincent rapporte ensuite qu’un lieutenant civil avait une petite loupe au col, et que pour s’en défaire, il y avait fait faire une petite incision et ensuite couper beaucoup de chair en diverses fois ; ce qui a envenimé le mal, au point qu’il est à craindre qu’il ne se convertisse en cancer. (IV, 95).

C’est ainsi que mourut, plus tard, M. Jacques Hiriard, le 25 octobre 1733, à l’âge de 39 ans. On lit dans sa notice :
«Il avait souffert beaucoup surtout depuis le mois de mai par suite de l’extirpation d’une grosse loupe qu’il avait au cou sous l’oreille gauche. L’opération réussit très bien mais la plaie se changea ensuite en espèce de cancer… Malgré tous les soins la gangrène se porta sur le bras gauche et attaqua le pied droit». (Not. ms. III). Cas parfait de cancer généralisé.

Une autre maladie organique assez fréquente était les ulcères.

Monsieur Vincent a longtemps souffert lui-même d’ulcères à la jambe et tout particulièrement dans les dernières années de sa vie. Il conseillait les remèdes appropriés aux missionnaires atteints du même mal. (VII, 250).

Un missionnaire de Pologne, M. Nicolas Duperroy, tomba malade, en 1657, d’un ulcère à l’estomac, ou comme dit Monsieur Vincent, il eut l’estomac ouvert d’un abcès (VI, 330) avec épanchement à l’extérieur par deux plaies ou fistules, et bientôt une troisième. On lui fit diverses opérations, jusqu’à lui mettre le feu sur le bout d’une côte cariée (XI, 410). Finalement, les chirurgiens ne surent plus que faire (VI, 427). La nature fit mieux que les médecins, et après plus de 18 mois, où M. Duperroy fut entre la vie et la mort, ses plaies finirent par se fermer et il entra en voie de guérison. (VIII, 168).

Nous avons relevé quelques cas d’épilepsie et au moins un cas de ténia.

La notice du frère Pierre Deschâteaux nous dit que ce bon frère «traînait depuis plusieurs années, souffrant de douleurs intérieures qui l’avaient beaucoup maigri. Un an avant sa mort, il avait rejeté un ver d’une prodigieuse longueur. On crut alors que cet animal pouvait être la seule cause de sa maladie, et on espéra qu’en étant délivré, il pourrait se rétablir. Mais, soit qu’il en restât d’autres, soit que son mal eût d’autres principes», il continua de s’affaiblir et il mourut (Not. abrégées, 105).

Une des spécialités de notre siècle d’agitation, où la vie n’est plus à la taille de l’homme, est le nombre de plus en plus croissant des névroses et des maladies mentales. En un temps, où la vie au plein air, et plus modérée, favorisait davantage l’équilibre nerveux, les cas de ce genre paraissent avoir été beaucoup plus rares. [235]

Crise de névropathie, tel parait avoir été le cas de M. Marc Coglée, ainsi qu’il ressort des renseignements fournis sur lui par Monsieur Vincent, alors que Coglée songeait à quitter la Compagnie.

Nommé supérieur en Savoie, M. Coglée prétendait s’en aller, parce que, dit le saint, il croyait «qu’on se défiait de lui, que la plupart des personnes qui étaient là avaient charge de moi de l’épier, que c’en était de même à Saint-Lazare, quand il y était. Et il alla si avant que de dire que je lui avais écrit des lettres où il y avait des caractères entrelacés, par lesquels je lui faisais connaître qu’il serait un jour évêque. En quoi et en quelques autres choses il fit voir quelque petite altération en son esprit ; ce qui a fait appréhender au visiteur que ceux du dehors s’en aperçussent. Et pour cela il m’écrivit en diligence pour le rappeler à Paris ; ce que j’ai fait». (VII, 570).

M. Dufestel était un malade de ce genre. Monsieur Vincent écrivait au supérieur de ce confrère : «Il faut donc attendre, Monsieur, que la nature se délivre tout doucement de l’humeur qui l’oppresse. Il faut que je vous avoue que je suis du sentiment du médecin qui le traite, qu’il ne faut pas presser à l’égard de cette sorte de maladie. J’espère que le souverain médecin sera à lui-même sa guérison, sinon du jour au lendemain, du moins peu à peu». (I, 540).

Monsieur Vincent n’ignorait point les relations étroites entre le physique et le moral. Il mandait au supérieur de Tunis :
«Il y a sujet de croire que l’inquiétude de M. Demortier provient de son infirmité corporelle, et qu’à mesure que son corps se rétablira, son esprit se trouvera paisible et content, surtout dans l’occupation que les missions lui vont donner». (VIII, 105).

Qui n’admirerait ce trait de sublime charité attribué à M. Alméras ! Un frère qui était malade d’esprit autant que de corps, estimait que pour faire pénitence de ses péchés, il devait pratiquer une abstinence extraordinaire, de sorte qu’il ne voulait plus manger et était en danger de mourir de faim. M. Alméras le fit venir dans sa chambre pendant plusieurs jours, quoiqu’il fût pour lors très incommodé ; et après l’avoir repris charitablement de son opiniâtreté, et lui avoir représenté l’illusion dans laquelle il était tombé, il l’obligea de travailler en sa présence pour le divertir de cette humeur mélancolique et le fit dîner et souper à sa table, l’obligeant de manger selon son besoin, ou de prendre tous les matins un bouillon ou quelque chose. (Vie de M. Alméras, p. 67).

M. Bonnet nous signale encore un cas de névropathie bien connu, qui se traduit par des scrupules excessifs. Parlant de M. Abot, il dit qu’ayant été reçu au séminaire d’Angers, ce confrère «ayant été éprouvé par de très grandes peines d’esprit, et des scrupules très vifs et très pressants, on l’envoya à celui de Saint-Lazare, pour essayer de le guérir de si affligeantes et si dangereuses maladies. Les supérieurs de cette maison y employèrent sans grand succès tous les remèdes ordinaires et extraordinaires, et, enfin, il guérit, fort subitement et parfaitement par une neuvaine qu’on lui conseilla de faire sur le tombeau de notre bienheureux Père, après laquelle il n’eut plus de peine à se laisser conduire». (Circ., I, 380).

Les cas les plus graves conduisent à la folie, et Monsieur Vincent, à propos d’un prêtre aliéné, enfermé à Saint-Lazare, nous explique d’où vient cette triste maladie : «Cette maladie lui vient d’un excès de mélancolie qui lui envoie au cerveau des vapeurs âcres, dont il a été tellement affaibli, qu’il est retombé en ce mauvais état». (XI, 20).

Comment se comportait-on alors à l’égard des pauvres fous ? Deux cas nous le font savoir.

En 1651, à Saint-Méen, un frère fut atteint de cette infirmité. Monsieur Vincent écrivait au supérieur : «Apportez les remèdes possibles à son mal. S’il se rend par trop fâcheux, enfermez-le ; votre maison est assez grande pour y trouver un petit coin.» V, 257).

Un cas plus tragique fut celui de M. Escart, dont Monsieur Vincent disait : «Nous l’avions enfermé comme un fol, et en effet il avait perdu l’esprit ; ce qu’il ne fit que trop voir après s’être échappé, car, s’en étant allé en son pays, il y tua de sang-froid un autre prêtre, qui était son ami, et, étant allé à Rome pour avoir l’absolution [236] de ce crime, il y est mort». (VII, 494).

Si, sous l’influence d’un dérangement de l’esprit, l’un des nôtres venait à s’enfuir, Monsieur Vincent était prêt à le recueillir. Il disait à propos d’un pauvre frère : «Nous sommes bien affligés de la faiblesse d’esprit du pauvre frère Pinson et de sa sortie. Mon Dieu ! où sera-t-il allé ? Il ne s’est pas présenté ici, et, s’il y vient, ce nous le reverrons avec joie». (VIII, 45).

Monsieur Vincent s’occupa même une fois d’un ivrogne à guérir, dont on ne connaît pas la condition. Il le confia au supérieur de Crécy lui disant : «Il vous dira les raisons pour lesquelles il fait cette retraite ; et entre autres celle-ci : que dans Paris il est sujet d’aller au cabaret. Or, afin que cela ne lui arrive pas à Crécy, vous prendrez garde à lui, s’il vous plaît». (VII, 617).

Pour terminer cette question sur les maladies, un fait qui nous a frappé, est que l’on ne signale que très peu de cas de mort subite ou de maladies de cœur, du moins pour ce qui concerne nos missionnaires. Ce n’est pas comme de nos jours !
Nous avons pu tout de même relever 6 ou 7 cas mort presque subite, due généralement à une attaque d’apoplexie arrivées vers la soixantaine.

Passons maintenant aux remèdes employés pour combattre les maladies.

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