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IV. Les moyens de locomotion Comme les missionnaires avaient parfois de grandes distances à parcourir, il nous intéresse de savoir de quels moyens de locomotion ils disposaient, et comment, de fait, s'effectuaient les voyages. Pour de petites distances, la question était pratiquement résolue. Les gros et solides souliers des missionnaires, souliers à double semelle, étaient faits pour avaler quelques lieues sans trop de fatigue, nous parlons des souliers ; à la rigueur un cheval aidait au voyage. Pour les grandes distances, les missionnaires avaient la ressource de recourir, comme tout le monde, aux voitures publiques : coches, carrosses, diligences, turgotines, charrettes, etc pour les voyages par voie de terre ; ou bien les galiotes, pataches, barques, etc , appelées coches d'eau, sils empruntaient le cours des rivières. 1. Voyages à pied Les voyages à pied ne déplaisaient pas à Monsieur Vincent. Cétait le moyen de locomotion quil préconisait de préférence, non seulement pour les siens, mais même pour ses filles. Mademoiselle Poulaillon, ayant demandé une bonne fille,
cest-à-dire une sur, Monsieur Vincent décrire
à Mlle Le Gras : Pour faciliter leur marche à pied, les missionnaires se servaient
habituellement d'un bâton de voyage, et lon sait que certains
se laissèrent aller à la coquetterie de se payer des cannes
de luxe, de grand prix, au détriment de la simplicité et
de la pauvreté, ce qui amena les protestations de plusieurs Supérieurs
généraux et des Assemblées. Dans sa conférence sur les vertus de feu M. Brunet, M. Etienne
Blatiron rapportait ces souvenirs : Cet équipage quelque peu singulier, qui vient de nous être
décrit, nous rappelle que les missionnaires, qui allaient en mission
ou en voyage, étaient rarement seuls. Assez souvent, le missionnaire
était accompagné de quelque frère qui, lui, nayant
pas de monture, pas même un âne, trottait à côté
du cheval. Vrai ! il lui fallait du souffle et de lendurance, et
il faut croire que nos frères en avaient Voici dailleurs deux faits, qui montrent que cette manière de faire paraissait si naturelle aux contemporains, quelle a pu être mentionnée sans aucune vergogne dans les notices de nos défunts. Dans celle qui fut consacrée à M. Alméras, on rapporte
ce trait : Autrement dit, cétait plutôt le moyen employé
par M. Alméras, qui pouvait paraître extravagant aux gens
quil rencontrait. Nous imaginons difficilement aujourdhui ce bon frère Busson se tapant ses 60 kilomètres et plus par jour, et M. Galais ne pas lui offrir de partager sa monture. Il y a quelque chose dans ce récit, que le sens critique nous pousse à ne pas prendre trop à la lettre, dautant plus que cest le frère lui-même, qui paraît avoir rapporté le fait. Or, pour peu quil fût gascon ! Non, il est vrai, il était né au Mans ; mais, les gascons ne sont pas tous au sud de la Garonne ! En tout cas, si les faits sont vrais, et non une vanterie, Monsieur Vincent,
sil lavait su, en aurait été fort marri, lui
qui donnait ce conseil à M. Portail, pour lors à Montmirail : M. Alméras avait bien imité la charité de Monsieur
Vincent ; et M. Galais a certainement dû faire de même,
cétait si normal !, ou alors ?
[193] Envoyant une sur à Liancourt, Monsieur Vincent écrivait
à Mlle Le Gras : 2. Voyages à cheval Lemploi du cheval, même pour circuler dans Paris, était
un moyen normal pour les voyages dune certaine distance, et surtout
pour les jambes fatiguées. Les missionnaires également usaient fréquemment de ce moyen de locomotion. Madame de Liancourt ayant sollicité la présence de M. de
la Salle, pour létablissement dune Charité,
Monsieur Vincent écrit à Louise de Marillac pour lors auprès
de cette dame : «
pource que M. de la Salle a une espèce
de sciatique à la cuisse, qui lempêche de marcher,
Madame lui fera la charité, sil lui plaît, de lui envoyer
un cheval qui soit ici demain au soir.» (I, 245). Lorsque le bon frère Jean Parre se trouva fatigué, à la suite de ses nombreux voyages pour assister les pauvres, Monsieur Vincent lui écrivit de prendre les remèdes que le médecin jugerait à propos pour le guérir, et de prendre aussi un cheval pour aller dune ville à lautre, quand il en aura besoin. (VII, 545). Lorsque les missionnaires accompagnaient les évêques dans la visite des paroisses, M. Jolly leur recommandait, sils allaient à cheval, de tâcher darriver au lieu de la visite un peu avant lévêque, pour disposer les curés à le recevoir, et, partout où ils passeraient, de s'étudier dêtre à édification, en sorte que lion puisse dire, comme lon a dit de Notre-Seigneur : Pertransiit benefaciendo. (Circ, I, 142) Notons en passant que les Filles de la Charité, lorsquelles allaient et venaient pour le service des malades, et même en leurs voyages, ne montaient pas à cheval, pas même en amazones ! Elles devaient se contenter, comme les femmes de leur temps, dune monture plus modeste et sans aucun doute plus sûre. Monsieur Vincent écrit à la sur servante de Richelieu : «Vous pourrez prier ceux qui vous feront avertir, de vous envoyer un âne pour aller et venir, ou bien en emprunter un.» (VI, 47). Il est plusieurs fois question dâne, comme moyen de transport, dans la correspondance du saint avec ses filles. [194] Ces voyages à cheval, on limagine sans peine, nétaient
pas toujours de tout repos ; chaque missionnaire navait pas
nécessairement la vocation dun cavalier, et plus dun
dans ses pérégrinations dû vider les étriers.
Nous savons, par exemple, que le frère Glénard, âgé
de 74 ans, fit une chute de cheval, qui provoqua sa mort, le 19 décembre
1724. Monsieur Vincent fut lui-même victime dun de ces accidents, en 1633, si bon cavalier quen fils de pays on le suppose ; quand il était petit, na-t-il pas parfois monté ces fringants petits chevaux landais, dont les descendants galopent sur les berges de lAdour ? Qui sait ? Bref, il rapporte ainsi son accident à Louise de Marillac : Une autre fois, tandis que Monsieur Vincent voyageait à cheval dans lOuest, monture et cavalier prirent un bain forcé, et on, sait ce quil en serait advenu, si le prêtre qui laccompagnait navait réussi à le sortir de cette fâcheuse posture. Ce prêtre est celui qui, grâce à cette intervention, mérita lindulgence de Monsieur Vincent, lorsque, ayant quitté la compagnie plus tard, il supplia à plusieurs reprises le saint de le reprendre. Ce ne fut que lorsque ce prêtre eut linspiration de rappeler à Monsieur Vincent quil lui avait autrefois sauvé la vie, que mû par la reconnaissance le saint sempressa de lui répondre : «Venez, Monsieur, et vous serez reçu à bras ouverts.» Bien que le cheval fût dune grande utilité, Monsieur Vincent nentendait pas que les missionnaires en fissent lacquisition et en gardassent dans leurs écuries ; ils devaient se contenter de chevaux de louage. Au XVIIIème siècle, on louait un cheval pour 24 sous par jour. Le supérieur de la maison de Crécy avait un cheval, et
il le prêta un jour à quelquun pour sen venir
à Paris. Monsieur Vincent qui désirait faire cesser cet
usage, saisit loccasion au vol et écrivit au supérieur
quil ne lui renverrait pas lanimal, mais seulement le prix
quil coûtait, et il ajoutait : De même, Monsieur Vincent prescrivait au supérieur de Saintes : «Je suis davis que vous vendiez la cavale ; les missionnaires ne doivent pas avoir de tels meubles, si ce nest dans la nécessité.» (V, 415). Les raisons de cette interdiction, Monsieur Vincent les a exposées,
en 1655, dans une lettre au supérieur du Mans : Quand M. Alméras procéda à la rédaction des
Règles des offices, il fut mentionné dans celles du supérieur
local que les supérieurs ne pouvaient autoriser leurs sujets à
avoir un cheval en propre. 3. Voyages en voitures hippomobiles Excessivement variée était alors la traction hippomobile ;
il y en avait pour tous les goûts, pour tous les besoins, et pour
toutes les bourses a) Les transports publics Chose curieuse, les lignes de coches se disputaient les routes et la
clientèle cherchait à évincer les concurrents, même
si lintérêt public sen trouvait lésé.
Monsieur Vincent y fait une allusion en une lettre [196] adressée
à la supérieure du Couvent de la Madeleine. Pour ne pas manquer le coche, les usagers se rendaient près de lHôtel de ville, à Paris, où avait lieu le départ des grandes lignes, généralement vers minuit ou aux toutes premières heures du jour. Sous Louis XIII, 34 villes étaient desservies par un service direct, dont la pus lointaine était Lyon ; le voyage pour cette ville coûtait alors 19 livres (Batiffol, 29). Avec la construction des routes carrossables, les services se perfectionnèrent. En cours de route, on changeait de chevaux aux relais, et il était
parfois possible de trouver une correspondance pour une autre direction. Sur les routes de grande circulation trottaient les coches, les carrosses,
et, plus tard, les diligences et les turgotines. Pour désigner les coches, on employait indifféremment le mot carrosse : le carrosse de Saintes, le carrosse de Rouen, etc Monsieur Vincent utilise ce mot en parlant des départs des missionnaires. Il Dans cinq ou six jours, écrit-il, nous allons envoyer une belle carrossée de monde, la plus grande partie pour Rome et lautre pour Marseille. (III, 271) Or, il sagissait dun voyage par le coche de Lyon. Le dictionnaire de lAcadémie de 1760 définissait le coche : «une espèce de chariot couvert, dont le corps nest pas suspendu, et dans lequel on voyage». Cette définition suffit delle-même pour nous laisser entendre les charmes dun tel moyen de transport sur les routes pavées et pleines de nids de poules ou ornières. [197] Les coches étaient de grandes et larges voitures à quatre
roues, attelées de quatre ou six coursiers, qui trottaient bien
sous les coups de fouet des postillons, faisant plus de sept milles à
lheure, sans fatigue apparente. (Louis XIV, 32 ; XVI, 15). Ces voyages en coche étaient-ils bien réguliers ? Indépendamment des accidents de chevaux ou de voiture fréquents sur ces routes mal pavées, sans compter les nombreuses occasions offertes par les cabarets du coin aux conducteurs et voyageurs masculins pour aider à faire descendre la poussière de la route, dautres circonstances que nous révèlent, par exemple, les lettres de Monsieur Vincent, nous laisseraient volontiers penser quon narrivait pas toujours exactement au moment prévu. Un jour, Monsieur Vincent écrivait à Mlle Le Gras :
«Joubliais de vous dire touchant votre retour que je vous
aurais envoyé un coche, nétait quil y a trois
lieues de mauvais chemin entre Chartres et Le Mans, quon ne peut
passer en cette saison, joint dailleurs que nous ne pouvons divertir
les coches de leurs voyages ordinaires, sans faire crier le public.»
(II, 9). Notons encore, en passant, quil semblerait que les propriétaires des coches avaient aussi droit à des places gratuites, cest ce qui paraît découler de ce quécrivait Monsieur Vincent à Louise de Marillac, lorsque lui conseillant de prendre un coche, il ajoutait : «Le coche ne vous coûtera rien pour cela ; il est de céans.» (I, 603). Bien dautres circonstances pouvaient encore entraver la régularité des voyages par coche ; «notamment des causes générales et valables pour tous les moyens de transport. Cétait, dune part, le mauvais état des routes, puis le mauvais temps et les intempéries, les inondations, etc Au cours dun de ses voyages, en 1649, Monsieur Vincent écrit
à Louise de Marillac : «Je suis assiégé
ici par le mauvais temps et le débordement des eaux ; sans
cela je serais parti pour Nantes mardi passé et en partirai si
tôt que ce petit déluge sera écoulé, pour aller
visiter nos surs.» (III, 429). À tout cela, sajoutait fréquemment linsécurité
des routes, par la présence des gens de guerre, etc
, ce qui
fut cause, surtout pendant les troubles de la Fronde, de linterruption
de la circulation des coches et autres véhicules. (Cf. IV, 482,
483) M. Nicolas Etienne se rendant à Nantes, en vue de sembarquer
pour Madagascar, connut une épreuve de ce genre. Il rapporte dans
le récit de son voyage : Les missionnaires recoururent fréquemment aux coches pour leurs voyages. Ainsi, par exemple, en 1638, plusieurs missionnaires quittent Paris par le coche de Poitiers, qui les conduira à quatre lieues de Richelieu (I, 430). [198] Cette même année, plusieurs filles de la Charité
qui se rendaient également à Richelieu, prenaient le coche
de Tours. De là, elles devaient sinformer «dun
homme qui conduit pour lordinaire à Richelieu ceux qui y
veulent aller, et, dit Monsieur Vincent, quelles le prennent et
louent un âne ou une petite charrette pour se rendre à Richelieu,
qui en est distant de dix lieues.» (I, 509) Sur les grandes routes, outre les coches, divers autres véhicules comme les fourgons, les chariots, cabriolets et carrosses transportaient voyageurs et marchandises. Plus tard, au XVIIIème siècle, on vit circuler les diligences, voitures un peu plus grandes que les coches et carrosses, et dotées souvent dune impériale, où les voyageurs étaient exposés au soleil et à la pluie ; puis, ce furent, enfin, summum du progrès : les turgotines, diligences plus rapides et mieux suspendues grâce à des ressort, et qui furent lancées dans la circulation par lIntendant qui leur a donné son nom. Alors que les carrosses, peu confortables et dans lesquels les voyageurs sursautaient à tous les chaos de la route, parcouraient à grand peine huit à dix lieues par jour, les turgotines, mieux suspendues et plus légères faisaient du deux lieues à lheure. Les prix des places dans les voitures publiques variait suivant la nature
du véhicule emprunté et le nombre de lieues parcourues.
fallait payer sa place davance. Au milieu du XVIIIème siècle, par lieue de poste on donnait six sols pour les fourgons, chariots et coches. Le coche prenait 12 livres par personne de Paris à Tours. (I, 509) ; dix sols pour les cabriolets et carrosses ; seize sols pour les diligences et, plus tard, vingt sols pour les turgotines. (Louis XVI, 33-34). En sus des véhicules publics, et pour des cas particuliers, comme le transport des malades, existaient plusieurs autres de moyens de transport : la litière, le brancard, la chaise à porteurs. Cétaient, si lon veut, les ambulances de lépoque. La litière était une sorte de lit couvert, porté
à laide de deux brancards par des hommes ou par des bêtes
de somme. Plus tard, on eut lidée dy mettre deux roues pour
en faire des brouette ou chaises roulantes qui, sans jeu de mot, soulevèrent
le rire et le ridicule, si bien que Louis XIII les interdit en 1669. Louis
XIV les remit en circulation et elles ne tardèrent pas à
se transformer en calèches. Au XVIIIème siècle, les porteurs de chaises à bras recevaient 30 sols pour la première heure, et les heures suivantes, tant de jour que de nuit, se payaient 24 sols (Louis XV, 180). b) Litière, brancard, chaise à bras Pour le transport dun missionnaire malade, de Richelieu à Paris, Monsieur Vincent conseille daviser au moyen de le faire venir de Richelieu par charrette jusquà Tours, et de là par le coche, si son accès de fièvre ne sont pas trop forts (I, 510). [199] Lorsque Louise de Marillac se trouvait retenue par la maladie à
Angers, en 1639, Monsieur Vincent lui écrivait : «pour
votre retour, il faudra que ce soit en litière ; nous tâcherons
de vous en envoyer une, lorsque vous serez en état de cela»
(I, 612). Puis, quelques jours après, nouvelle lettre : Mais, Louise de Marillac se portant un peu mieux, son saint directeur
lui écrit à nouveau : Cest également sur un brancard que M. Alméras, malade, pût revenir de Richelieu à Paris, trois jours à peine avant la mort précieuse de Monsieur Vincent, qui soupirait ardemment après son retour. Quand les voyageurs désiraient emprunter les cours deau,
soit par économie, soit parce quil ny avait pas moyen
de faire autrement, ils montaient sur les coches deau, cest-à-dire
les galiotes, les pataches, etc
dont évidemment la marche
était beaucoup plus lente.
Pour donner un exemple de ce mode de navigation, le coche deau de Paris-Montereau (ligne de Marseille), tiré par quatre percherons, au moyen dun câble fixé au sommet du mât, partait de Paris à 5 heures du matin pour arriver à Montereau le lendemain matin à 3 heures. Pour faire 26 lieues, il avait fallu 22 heures. Le voyage de Paris à Fontainebleau pouvait aussi se faire par voie fluviale. On prenait le coche deau au Quai Tournelle ; le voyage durait douze heures et coûtait deux livres dix sols. La rapidité des véhicules terrestres saccrut avec le temps, particulièrement à la fin du XVIIIème siècle. A ce moment-là, un seul jour suffisait pour aller de Paris à Amiens, Rouen, Reims, Orléans, alors quauparavant il en fallait deux ou trois. Grâce surtout aux turgotines et diligences, en 1776, le carrosse
de Paris-Besançon accomplissait le trajet en quatre jours, alors
quen 1772, il en fallait neuf ou dix.
Vers 1780, un missionnaire parti de Paris par la diligence un mardi matin
à deux heures, arrivait à Lyon le dimanche dans la journée. À travers la correspondance du saint, on relève quelques
indications, que lon pourra rapprocher des précédentes. En 1654, le voyage Paris-Orléans durait deux bons jours (V, 277). Les voyages à létranger étaient toute une affaire. Pour aller à Rome, les missionnaires se rendaient à Marseille ; de là, ils sembarquaient, si le vent était favorable, sinon, ils devaient attendre. Un jour, Monsieur Vincent envoie des missionnaires destinée à
Rome à bord dune galère en partance, soit de Marseille,
soit de Toulon, occasion, dit-il, très avantageuse (II, 303). Pour se rendre à Hambourg, il fallait prendre le coche jusquà
Rouen, puis le bateau de Rouen à Hambourg (V, 159). Pour avoir plusieurs fois sillonné lui-même les routes de
lOuest, il donnait aux voyageurs qui sy rendaient, les détails
les plus précis. Pour le retour, Mlle Le Gras recevait les instructions suivantes : Assez fréquemment, pour se rendre en des lieux très distants,
les missionnaires empruntaient tantôt la voie de terre, tantôt
la voie deau. Monsieur Vincent très au courant, soit par
lui-même, soit par ses confrères des moyens les plus commodes
et les plus directs pour se rendre dun lieu à un autre, donnait
aux voyageurs les itinéraires les plus précis. En voici
quelques exemples : c) Le coche deau Il vaut mieux citer le passage même de la lettre où il donne
ces, détails, qui montrent lesprit de précision du
saint. Il sagissait denvoyer une sur à Fontainebleau
en remplacement de la sur Barbe, malade. Monsieur Vincent écrit
MM à Sainte Louise : Pour se rendre de Marseille à Troyes, Monsieur Vincent fixait
cet itinéraire : se rendre à Lyon, prendre la rivière,
ou le messager pour aller à Chalon-sur-Saône, de là
à Dijon, et prendre le coche jusquà Troyes. (VII,
136). Pour venir de Gênes à Paris, Monsieur Vincent conseille de gagner Lyon, puis prendre la rivière à Roanne jusquà Orléans, et ensuite le coche ou le messager de Paris. Et si de Gênes on se rendit à Richelieu, il fallait prendre la rivière de Roanne à Tours, et en une journée de cheval, on arrive à Richelieu. (VI, 244). Ces quelques exemples suffiront pour nous faire apprécier davantage
les commodités que nous procurent nos chemins de fer ou leurs concurrents,
les autocars et automobiles, et, par comparaison, un des aspects, non
lun des moins pénibles, de la vie austère et dure
de nos premiers missionnaires. [202] Avant de conclure cette question des voyages hippomobiles, il reste encore
à étudier un point particulier : les maisons de nos
missionnaires pouvaient-elles posséder pour leur service quelque
moyen de locomotion de ce genre ? Il en était fort gêné, et à un confrère
à qui il enjoignait de se passer dun cheval, il écrivait : Après laccident de voiture qui arriva à Monsieur
Vincent au début de janvier 1658, sainte Louise écrivait
à M. Portail : A un autre missionnaire, il disait de même que sil avait
un carrosse, cétait depuis seulement que ses infirmités
ne lui permettaient plus de monter à cheval, et que çavait
été sur lordre de ses supérieurs civils et
ecclésiastiques. (V, 475). Il écrivait une fois à Mlle Le Gras : «Jai donné charge quon tienne le carrosse prêt pour vous mener, pourvu quun cheval, qui pensa mourir hier ou devant hier, soit en état daller.» (IV, 255, V, 647). Et si daventure, il lui arrivait, en sa correspondance ou dans
ses entretiens, de faire allusion à ce mode de transport, dont
il usait, il ne le qualifiait pas autrement que de son ignominie,
son infamie (V, 344 ; XII, 21, 251). On a écrit de M. Jolly : «Par les chemin il priait presque toujours les yeux fermés et caché dans le fond du carrosse faisant fermer les vitres et les rideau de son côté pour ne pas être aperçu.» (Sa vie, p. 57) LAssemblée générale de 1711 interdit à quiconque, en dehors du Supérieur général, de se servir dune voiture particulière, grande ou petite, en tant que personnelle ou propriété dun membre de la maison, ou prêtée par autrui, parce que, était-il dit, il est constant que cet usage est tout à fait contraire à lantique pauvreté et simplicité professée dans la Compagnie. Il était même interdit de se servir dune voiture, sauf en cas de nécessité, et sans la permission du supérieur. (Décret 342). |