IV. Les moyens de locomotion

Comme les missionnaires avaient parfois de grandes distances à parcourir, il nous intéresse de savoir de quels moyens de locomotion ils disposaient, et comment, de fait, s'effectuaient les voyages.

Pour de petites distances, la question était pratiquement résolue. Les gros et solides souliers des missionnaires, souliers à double semelle, étaient faits pour avaler quelques lieues sans trop de fatigue, nous parlons des souliers ; à la rigueur un cheval aidait au voyage.

Pour les grandes distances, les missionnaires avaient la ressource de recourir, comme tout le monde, aux voitures publiques : coches, carrosses, diligences, turgotines, charrettes, etc… pour les voyages par voie de terre ; ou bien les galiotes, pataches, barques, etc…, appelées coches d'eau, s’ils empruntaient le cours des rivières.

1. Voyages à pied

Les voyages à pied ne déplaisaient pas à Monsieur Vincent. C’était le moyen de locomotion qu’il préconisait de préférence, non seulement pour les siens, mais même pour ses filles.

Mademoiselle Poulaillon, ayant demandé “une bonne fille”, c’est-à-dire une sœur, Monsieur Vincent d’écrire à Mlle Le Gras :
«Vous l’enverrez, s'il vous plaît, avec le laquais de Mlle Poulaillon. Pourra-t-elle aller à pied, ou s’il est à propos que vous lui prêtiez votre petit cheval ? Le premier serait plus édifiant. Il y a neuf lieues d’ici. Si elle ne le peut pas en un, elle fera le chemin en deux jours.» (I, 281).
Cela faisait pour la bonne fille 36 kilomètres à faire à pied. Nous supposons que les souliers de nos sœurs avaient alors la résistance de ceux des missionnaires, — nous n'avons pas vérifié ce détail — et que les sœurs elles-mêmes avaient bonne endurance !

Pour faciliter leur marche à pied, les missionnaires se servaient habituellement d'un bâton de voyage, et l’on sait que certains se laissèrent aller à la coquetterie de se payer des cannes de luxe, de grand prix, au détriment de la simplicité et de la pauvreté, ce qui amena les protestations de plusieurs Supérieurs généraux et des Assemblées.
Ces voyages à pied n’allaient pas, comme bien l'on pense, sans qu'il n’y eût parfois quelque incident, surtout si la route à parcourir était longue.

Dans sa conférence sur les vertus de feu M. Brunet, M. Etienne Blatiron rapportait ces souvenirs :
«Faisant voyage d'Alet à Marseille un jour à pied, M. Brunet se fit mal à une jambe auprès de Narbonne, et, ayant séjourné huit jours avec son compagnon, avec l’espérance de s’embarquer, ils furent contraints d’aller par terre ; et ne pouvant tous deux aller à cheval, pour être courts d’argent, et, d’autre part, le bon M. Brunet ne pouvant plus marcher à pied, ils achetèrent un âne pour le porter avec leurs manteaux, sans selle ni étrier. En cette façon il alla six vingts lieues. Or je ne saurai jamais vous exprimer la joie qu'il avait en son cœur et qu’il témoignait au dehors de se voir sur cet animal, quoiqu’il fut souvent moqué et suivi des enfants, qui le montraient au doigt et criaient [192] après lui. Dans les missions, encore qu'il fut incommodé d’une jambe, comme l'on sait, il ne voulait, pas aller à cheval que tous les autres n’y allassent ; et, en tel cas, il choisissait le pire cheval, et le plus mal accommodé et prenait plaisir d’aller à cheval, sans selle et sans bride, par les lieux où il était le plus connu, non sans admiration et étonnement de ceux qui le voyaient et le connaissaient.» (III, 499).

Cet équipage quelque peu singulier, qui vient de nous être décrit, nous rappelle que les missionnaires, qui allaient en mission ou en voyage, étaient rarement seuls. Assez souvent, le missionnaire était accompagné de quelque frère qui, lui, n’ayant pas de monture, pas même un âne, trottait à côté du cheval. Vrai ! il lui fallait du souffle et de l’endurance, et il faut croire que nos frères en avaient
Ne nous récrions pas trop vite, si nous sommes tentés de juger avec sévérité le procédé. Il était dans les mœurs du temps, et n’étonnait personne.

Voici d’ailleurs deux faits, qui montrent que cette manière de faire paraissait si naturelle aux contemporains, qu’elle a pu être mentionnée sans aucune vergogne dans les notices de nos défunts.

Dans celle qui fut consacrée à M. Alméras, on rapporte ce trait :
«Pendant qu’il était assistant de la maison de Saint-Lazare, il fut envoyé à cheval à 12 ou 15 lieues de Paris, avec un frère qui lui servait de compagnon ; celui-ci aurait pu aisément faire le chemin à pied ; mais, M. Alméras ne le put souffrir ; il le fit monter en croupe, et traversa ainsi les bourgs et les villages sans se mettre en peine de ce qu’on en pouvait dire.» (Notices, III, 289).

Autrement dit, c’était plutôt le moyen employé par M. Alméras, qui pouvait paraître extravagant aux gens qu’il rencontrait.
De même, dans la notice du frère Simon Busson, il est raconté que, lorsque M. Galais, son supérieur, «l’emmenait avec lui en mission, il suivait toujours à pied son cheval, en faisant parfois jusqu’à 16 ou 18 lieues par jour, et quoique M. Galais le priât d'aller doucement et de ne pas se donner trop de hâte, il faisait tous ses efforts pour le rejoindre, comme il l'a dit lui-même.» (Notices, II, 434)

Nous imaginons difficilement aujourd’hui ce bon frère Busson se tapant ses 60 kilomètres et plus par jour, et M. Galais ne pas lui offrir de partager sa monture. Il y a quelque chose dans ce récit, que le sens critique nous pousse à ne pas prendre trop à la lettre, d’autant plus que c’est le frère lui-même, qui paraît avoir rapporté le fait. Or, pour peu qu’il fût gascon !… Non, il est vrai, il était né au Mans ; mais, les gascons ne sont pas tous au sud de la Garonne !

En tout cas, si les faits sont vrais, et non une vanterie, Monsieur Vincent, s’il l’avait su, en aurait été fort marri, lui qui donnait ce conseil à M. Portail, pour lors à Montmirail :
«Que vous dirai-je de votre manière d’aller à Joigny, sinon que vous gouverniez comme vous trouverez pour le mieux ? Mais, si vous allez à pied et ne prenez qu’un cheval, je vous prie de deux choses c’est que vous fassiez de petites journées et que ceux qui seront fatigués montent alternativement à cheval.» (I, 175).

M. Alméras avait bien imité la charité de Monsieur Vincent ; et M. Galais a certainement dû faire de même, c’était si normal !, ou alors ?… [193]
Le fait d’avoir la possibilité de monter dans les coches ou les charrettes publiques, ne dispensait pas toujours les voyageurs d’avoir à couvrir à pied d’assez longues distances. Toutes les villes, toutes les bourgades même importantes, n’étaient pas sur la ligne des routes carrossables, et c’est à travers monts et vallées, qu'il fallait parfois achever le voyage.

Envoyant une sœur à Liancourt, Monsieur Vincent écrivait à Mlle Le Gras :
«Je pense qu’il est à propos de la faire aller dans le carrosse de Senlis, qui part demain, ou dans la charrette de Clermont (dans l’Oise). Si c’est par le coche de Senlis, elle pourra aller de là à Verneuil, qui est le droit chemin, et de là à Liancourt. Ce seront trois lieues qu’il lui faudra faire à pied. Si c’est par celui de Clermont, elle pourra se faire descendre au droit de Liancourt. Je vous envoie un écu pour cela.» (I, 364).

2. Voyages à cheval

L’emploi du cheval, même pour circuler dans Paris, était un moyen normal pour les voyages d’une certaine distance, et surtout pour les jambes fatiguées.
Précisément à cause du mauvais état de ses jambes, Monsieur Vincent fut obligé de se servir d’un cheval de l’année 1632 à 1649, date a laquelle l'archevêque de Paris le contraignit à se servir du petit carrosse, attelé de deux chevaux, que lui avait fourni la duchesse d’Aiguillon.

Les missionnaires également usaient fréquemment de ce moyen de locomotion.

Madame de Liancourt ayant sollicité la présence de M. de la Salle, pour l’établissement d’une Charité, Monsieur Vincent écrit à Louise de Marillac pour lors auprès de cette dame : «…pource que M. de la Salle a une espèce de sciatique à la cuisse, qui l’empêche de marcher, Madame lui fera la charité, s’il lui plaît, de lui envoyer un cheval qui soit ici demain au soir.» (I, 245).
C’est à cheval, évidemment, qu'en 1636, M. François du Coudray, le premier prêtre de la Mission qui fut aumônier militaire, accompagna les troupes de cavalerie, auxquelles Monsieur Vincent l’avait affecté pour le service spirituel. Le saint lui envoya pour l'accompagner le frère Alexandre, monté sur la mule de Saint-Lazare, et quelques hardes. (I, 351). M. Du Coudray fut probablement un aumônier sans solde, et certainement sans galons !

Lorsque le bon frère Jean Parre se trouva fatigué, à la suite de ses nombreux voyages pour assister les pauvres, Monsieur Vincent lui écrivit de prendre les remèdes que le médecin jugerait à propos pour le guérir, et de prendre aussi un cheval pour aller d’une ville à l’autre, quand il en aura besoin. (VII, 545).

Lorsque les missionnaires accompagnaient les évêques dans la visite des paroisses, M. Jolly leur recommandait, s’ils allaient à cheval, de tâcher d’arriver au lieu de la visite un peu avant l’évêque, pour disposer les curés à le recevoir, et, partout où ils passeraient, de s'étudier d’être à édification, en sorte que lion puisse dire, comme l’on a dit de Notre-Seigneur : Pertransiit benefaciendo. (Circ, I, 142)

Notons en passant que les Filles de la Charité, lorsqu’elles allaient et venaient pour le service des malades, et même en leurs voyages, ne montaient pas à cheval, pas même en amazones ! Elles devaient se contenter, comme les femmes de leur temps, d’une monture plus modeste et sans aucun doute plus sûre. Monsieur Vincent écrit à la sœur servante de Richelieu : «Vous pourrez prier ceux qui vous feront avertir, de vous envoyer un âne pour aller et venir, ou bien en emprunter un.» (VI, 47). Il est plusieurs fois question d’âne, comme moyen de transport, dans la correspondance du saint avec ses filles. [194]

Ces voyages à cheval, on l’imagine sans peine, n’étaient pas toujours de tout repos ; chaque missionnaire n’avait pas nécessairement la vocation d’un cavalier, et plus d’un dans ses pérégrinations dû vider les étriers. Nous savons, par exemple, que le frère Glénard, âgé de 74 ans, fit une chute de cheval, qui provoqua sa mort, le 19 décembre 1724.
Et puis, il y avait les imprévus, les accidents de la route, moins fréquents qu’aujourd’hui, mais inévitables une fois ou l’autre, que cela vienne de la monture ou de l’état des chemins ou de la grosseur des rivières qu’il fallait traverser. Les ponts étaient relativement rares.

Monsieur Vincent fut lui-même victime d’un de ces accidents, en 1633, si bon cavalier qu’en fils de pays on le suppose ; quand il était petit, n’a-t-il pas parfois monté ces fringants petits chevaux landais, dont les descendants galopent sur les berges de l’Adour ? Qui sait ?

Bref, il rapporte ainsi son accident à Louise de Marillac :
«La chute du cheval dessus et dessous moi a été des plus dangereuses et la protection de Notre-Seigneur des plus particulières. C’est la bonté de Dieu qui m’a traité de la sorte et le mésusage de ma vie qui a fait qu’il m’a montré ses verges. Je vous supplie de m’aider à obtenir la grâce de m’amender pour l’avenir et de commencer une nouvelle vie. Il ne m’en est resté qu’une petite foulure des nerfs de l’un pied, laquelle à présent me fait peu de douleur.» (I, 198)

Une autre fois, tandis que Monsieur Vincent voyageait à cheval dans l’Ouest, monture et cavalier prirent un bain forcé, et on, sait ce qu’il en serait advenu, si le prêtre qui l’accompagnait n’avait réussi à le sortir de cette fâcheuse posture. Ce prêtre est celui qui, grâce à cette intervention, mérita l’indulgence de Monsieur Vincent, lorsque, ayant quitté la compagnie plus tard, il supplia à plusieurs reprises le saint de le reprendre. Ce ne fut que lorsque ce prêtre eut l’inspiration de rappeler à Monsieur Vincent qu’il lui avait autrefois sauvé la vie, que mû par la reconnaissance le saint s’empressa de lui répondre : «Venez, Monsieur, et vous serez reçu à bras ouverts.»

Bien que le cheval fût d’une grande utilité, Monsieur Vincent n’entendait pas que les missionnaires en fissent l’acquisition et en gardassent dans leurs écuries ; ils devaient se contenter de chevaux de louage. Au XVIIIème siècle, on louait un cheval pour 24 sous par jour.

Le supérieur de la maison de Crécy avait un cheval, et il le prêta un jour à quelqu’un pour s’en venir à Paris. Monsieur Vincent qui désirait faire cesser cet usage, saisit l’occasion au vol et écrivit au supérieur qu’il ne lui renverrait pas l’animal, mais seulement le prix qu’il coûtait, et il ajoutait :
«Votre demeure n’étant pas tout à fait résolue de delà, il n’est pas expédient que l’on voie derechef un cheval dans la maison, à cause des mauvaises suites que cela peut avoir, non pas de votre côté, mais de ceux qui viendront après vous, qui en pourraient abuser. À peine vous seriez-vous avisé d’en demander un, si le dernier qui vous a devancé s’en était passé, comme les autres ont toujours fait ; et sans doute que l’on s’en passera plus volontiers à l’avenir, si vous laissez ce bon exemple. Lorsque vous en aurez besoin, vous en pourrez prendre dans le lieu, ainsi qu’on avait accoutumé de faire. Il s’y en trouve assez, et vos voyages ne seront pas si grands, ni [195] si fréquents que, pour chétives que soient les montures, elles ne puissent suffire ; même vous pouvez faire marché avec quelqu’un de vous en fournir, quand vous en aurez à faire, ou de vous mener avec les autres de la famille sur une charrette couverte, lorsque vous irez en mission et en reviendrez.» (IV. 278).

De même, Monsieur Vincent prescrivait au supérieur de Saintes : «Je suis d’avis que vous vendiez la cavale ; les missionnaires ne doivent pas avoir de tels meubles, si ce n’est dans la nécessité.» (V, 415).

Les raisons de cette interdiction, Monsieur Vincent les a exposées, en 1655, dans une lettre au supérieur du Mans :
«Je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, lui écrit-il, de ne point penser d’avoir un cheval, pour les inconvénients arrivés aux maisons où il y en a eu. Je sais bien que je donne ce mauvais exemple ; mais Dieu sait la confusion et la peine que je souffre de ne pouvoir faire autrement. Je sais aussi que, s’il y a maison dans la compagnie qui doive avoir un cheval à selle, c’est la vôtre, pour la quantité de fermes et d’affaires qu’elle a ; mais à cause de la conséquence que les autres maisons en pourraient tirer, il est nécessaire, Monsieur, que la vôtre s’en passe, pour leur ôter ce prétexte. Il y a eu des supérieurs qui, ayant un cheval à l’écurie, prenaient sujet de s’aller promener, de faire des visites et de perdre du temps à négocier au dehors des affaires peu ou point utiles, négligeant ainsi l’intérieur de leurs familles, qui murmuraient de ces absences fréquentes et du scandale qui en arrivait. J’espère qu’après cela, vous agréerez la privation d’une telle commodité, pour continuer à vous servir de chevaux de louage, quand il y aura nécessité d’en prendre.» (V, 455).

Quand M. Alméras procéda à la rédaction des Règles des offices, il fut mentionné dans celles du supérieur local que les supérieurs ne pouvaient autoriser leurs sujets à avoir un cheval en propre.
Mais, les maisons pouvaient-elles alors en posséder un au service de la communauté ? C’est le silence le plus complet, que nous sachions, dans les documents ; il n’y a pas une allusion dans les circulaires ni dans les décisions des Assemblées.

3. Voyages en voitures hippomobiles

Excessivement variée était alors la traction hippomobile ; il y en avait pour tous les goûts, pour tous les besoins, et pour toutes les bourses
Parmi les gens du monde, certains avaient leur voiture personnelle, généralement un carrosse ou une charrette couverte ; d’autres, pour leurs courses en ville et même pour des voyages lointains, louaient des voitures à des entreprises qui en fournissaient en location, avec ou sans cocher. Ces sortes de taxis, furent les ancêtres de nos anciens “sapins”.

a) Les transports publics
Le plus grand nombre des usagers recouraient aux transports publics, qui, comme nos lignes modernes d’autocars ou d’autobus, sillonnaient les routes carrossables de France et de Navarre, à partir de Paris.

Chose curieuse, les lignes de coches se disputaient les routes et la clientèle cherchait à évincer les concurrents, même si l’intérêt public s’en trouvait lésé. Monsieur Vincent y fait une allusion en une lettre [196] adressée à la supérieure du Couvent de la Madeleine.
«… Tous ceux à qui j’en ai parlé depuis, qui sont entendus au fait des coches, estiment qu’il n’est pas juste que vos coches de Dreux empêchent l’établissement de celles de Verneuil, ni de Lisieux, Bayeux, Coutances et Valognes, qui sont au delà, où les propriétaires des coches de Rouen auxquelles vous avez part, ont droit d’en mettre, et par toute la Normandie. Jugez vous-même, ma chère Mère, quelle raison à Dreux, d’exclure toutes ces autres villes, qui n’en ont point, d’en avoir pour leur commodité, quand ils voudront. Et puis, il y a quantité d’exemples de cela : les coches d’Abbeville et de Calais ne laissent pas de passer sur la route de Beauvais, où il y an a d’établies. Oui, dit-on, mais les propriétaires auront moins de leur ferme. Et quand cela serait, votre intérêt particulier doit-il porter préjudice aux autres villes qui sont au delà, puisque l’établissement des coches regarde la commodité publique ? Il y a une chose qui n’est pas juste, c’est que les autres coches prennent des personnes à Dreux ; et pour cela, il doit être permis au coche de Dreux de saisir les autres coches, s’ils le faisaient.» (III, 534-535).
Comme quoi les rivalités du présent ont leurs racines profondes dans le passé !

Pour ne pas manquer le coche, les usagers se rendaient près de l’Hôtel de ville, à Paris, où avait lieu le départ des grandes lignes, généralement vers minuit ou aux toutes premières heures du jour.

Sous Louis XIII, 34 villes étaient desservies par un service direct, dont la pus lointaine était Lyon ; le voyage pour cette ville coûtait alors 19 livres (Batiffol, 29). Avec la construction des routes carrossables, les services se perfectionnèrent.

En cours de route, on changeait de chevaux aux relais, et il était parfois possible de trouver une correspondance pour une autre direction.
Pour la circulation à travers Paris, fut organisé, en 1662, un système de transport, qui est l’ancêtre de nos autobus : on imagina des carrosses allant régulièrement d’un quartier à l’autre et prenant des voyageurs pour cinq sous (Batiffol, 27). Nous ne pensons pas que nos missionnaires, habitués aux longues marches à pied, contribuèrent à faire leur fortune, sauf peut-être dans les temps où soufflait un certain esprit de mondanité, et dans la crainte des méfaits de la trop fameuse boue de Paris !

Sur les routes de grande circulation trottaient les coches, les carrosses, et, plus tard, les diligences et les turgotines.
Nous connaissons déjà les coches et une partie de leur histoire puisqu’ils assuraient ou devaient assurer à plusieurs maisons de la Congrégation une partie de leurs revenus.

Pour désigner les coches, on employait indifféremment le mot “carrosse” : le carrosse de Saintes, le carrosse de Rouen, etc… Monsieur Vincent utilise ce mot en parlant des départs des missionnaires. Il Dans cinq ou six jours, écrit-il, nous allons envoyer une belle carrossée de monde, la plus grande partie pour Rome et l’autre pour Marseille. (III, 271) Or, il s’agissait d’un voyage par le coche de Lyon.

Le dictionnaire de l’Académie de 1760 définissait le coche : «une espèce de chariot couvert, dont le corps n’est pas suspendu, et dans lequel on voyage». Cette définition suffit d’elle-même pour nous laisser entendre les charmes d’un tel moyen de transport sur les routes pavées et pleines de nids de poules ou ornières. [197]

Les coches étaient de grandes et larges voitures à quatre roues, attelées de quatre ou six coursiers, qui trottaient bien sous les coups de fouet des postillons, faisant plus de sept milles à l’heure, sans fatigue apparente. (Louis XIV, 32 ; XVI, 15).
Les voyageurs s’y empilaient pêle-mêle avec leurs bagages et leurs provisions de route.

Ces voyages en coche étaient-ils bien réguliers ? Indépendamment des accidents de chevaux ou de voiture fréquents sur ces routes mal pavées, sans compter les nombreuses occasions offertes par les cabarets du coin aux conducteurs et voyageurs masculins pour aider à faire descendre la poussière de la route, d’autres circonstances que nous révèlent, par exemple, les lettres de Monsieur Vincent, nous laisseraient volontiers penser qu’on n’arrivait pas toujours exactement au moment prévu.

Un jour, Monsieur Vincent écrivait à Mlle Le Gras : «J’oubliais de vous dire touchant votre retour que je vous aurais envoyé un coche, n’était qu’il y a trois lieues de mauvais chemin entre Chartres et Le Mans, qu’on ne peut passer en cette saison, joint d’ailleurs que nous ne pouvons divertir les coches de leurs voyages ordinaires, sans faire crier le public.» (II, 9).
Si Monsieur Vincent a ce scrupule de ne pas détourner les coches de leur route, c’est donc que. l’hypothèse de leur déroutement était possible, et que d’autres propriétaires des coches y procédaient au besoin. On conçoit que dans ce cas, les usagers ne devaient guère être satisfaits !

Notons encore, en passant, qu’il semblerait que les propriétaires des coches avaient aussi droit à des places gratuites, c’est ce qui paraît découler de ce qu’écrivait Monsieur Vincent à Louise de Marillac, lorsque lui conseillant de prendre un coche, il ajoutait : «Le coche ne vous coûtera rien pour cela ; il est de céans.» (I, 603).

Bien d’autres circonstances pouvaient encore entraver la régularité des voyages par coche ; «notamment des causes générales et valables pour tous les moyens de transport. C’était, d’une part, le mauvais état des routes, puis le mauvais temps et les intempéries, les inondations, etc…

Au cours d’un de ses voyages, en 1649, Monsieur Vincent écrit à Louise de Marillac : «Je suis assiégé ici par le mauvais temps et le débordement des eaux ; sans cela je serais parti pour Nantes mardi passé et en partirai si tôt que ce petit déluge sera écoulé, pour aller visiter nos sœurs.» (III, 429).
En novembre 1646, M. Alméras, alors à Cahors, devait se rendre à Annecy. Monsieur Vincent le fait prévenir qu’il ne saurait traverser les montagnes d’Auvergne, sans doute à cause des neiges, et il le prie de tirer droit à Béziers, Montpellier, Nîmes, Pont-Saint-Esprit, Lyon et Annecy. (III, 113).

À tout cela, s’ajoutait fréquemment l’insécurité des routes, par la présence des gens de guerre, etc…, ce qui fut cause, surtout pendant les troubles de la Fronde, de l’interruption de la circulation des coches et autres véhicules. (Cf. IV, 482, 483)
Et nous ne parlons pas des accidents de voiture, car, s’il n’y avait guère de télescopages à redouter, comme avec nos modernes autos, du moins il arrivait fréquemment aux véhicules de verser ou de se rompre. On sait que Monsieur Vincent, vers la fin de sa vie, sortit fort endolori et la tête meurtrie de son caresse, qui avait versé.

M. Nicolas Etienne se rendant à Nantes, en vue de s’embarquer pour Madagascar, connut une épreuve de ce genre. Il rapporte dans le récit de son voyage :
«Dieu permit, chemin faisant, que, le carrosse où nous étions, courant à toute bride dans Étampes, une soupente vint à rompre, qui fit que le corps du carrosse renversa ; et la portière où j’étais étant rompue, mon pied passa au travers ; qui fut cause que la roue passa deux ou trois fois dessus. Je croyais aussi bien que tout mon pied était par pièces, et par ainsi mon voyage rompu ; mais Dieu voulut que je n’en eusse que la peur et qu’au bout de cinq à six jours j’en fusse entièrement guéri.» (VIII, 468). On était solide en ce temps-là !

Les missionnaires recoururent fréquemment aux coches pour leurs voyages. Ainsi, par exemple, en 1638, plusieurs missionnaires quittent Paris par le coche de Poitiers, qui les conduira à quatre lieues de Richelieu (I, 430). [198]

Cette même année, plusieurs filles de la Charité qui se rendaient également à Richelieu, prenaient le coche de Tours. De là, elles devaient s’informer «d’un homme qui conduit pour l’ordinaire à Richelieu ceux qui y veulent aller, et, dit Monsieur Vincent, qu’elles le prennent et louent un âne ou une petite charrette pour se rendre à Richelieu, qui en est distant de dix lieues.» (I, 509)
Pour aller à Montmirail, saint Vincent conseille à Louise de Marillac de prendre 'ele coche de Châlons, en Champagne, qui loge au Cardinal, vis à vis de St-Nicolas-des-Champs., (I. 72).

Sur les grandes routes, outre les coches, divers autres véhicules comme les fourgons, les chariots, cabriolets et carrosses transportaient voyageurs et marchandises.

Plus tard, au XVIIIème siècle, on vit circuler les diligences, voitures un peu plus grandes que les coches et carrosses, et dotées souvent d’une impériale, où les voyageurs étaient exposés au soleil et à la pluie ; puis, ce furent, enfin, summum du progrès : les turgotines, diligences plus rapides et mieux suspendues grâce à des ressort, et qui furent lancées dans la circulation par l’Intendant qui leur a donné son nom.

Alors que les carrosses, peu confortables et dans lesquels les voyageurs sursautaient à tous les chaos de la route, parcouraient à grand peine huit à dix lieues par jour, les turgotines, mieux suspendues et plus légères faisaient du deux lieues à l’heure.

Les prix des places dans les voitures publiques variait suivant la nature du véhicule emprunté et le nombre de lieues parcourues. fallait payer sa place d’avance.
Quand Mlle Le Gras et ses filles devaient s’en aller en voyage, Monsieur Vincent leur faisait retenir leur place. «J’ai dit à notre frère Louistre, lui écrit-il un jour, qu’il vous baille les places que vous demandez ; le coche partira mardi. Voyez si vous le pourrez pour ce jour-là.» (I, 603)

Au milieu du XVIIIème siècle, par lieue de poste on donnait six sols pour les fourgons, chariots et coches. Le coche prenait 12 livres par personne de Paris à Tours. (I, 509) ; dix sols pour les cabriolets et carrosses ; seize sols pour les diligences et, plus tard, vingt sols pour les turgotines. (Louis XVI, 33-34).

En sus des véhicules publics, et pour des cas particuliers, comme le transport des malades, existaient plusieurs autres de moyens de transport : la litière, le brancard, la chaise à porteurs. C’étaient, si l’on veut, les ambulances de l’époque.

La litière était une sorte de lit couvert, porté à l’aide de deux brancards par des hommes ou par des bêtes de somme.
Le brancard était de même une sorte de civière.
Les chaises à porteurs, ou chaises à bras, existaient depuis déjà longtemps. Il y avait même, en 1617, un service public de location.

Plus tard, on eut l’idée d’y mettre deux roues pour en faire des brouette ou chaises roulantes qui, sans jeu de mot, soulevèrent le rire et le ridicule, si bien que Louis XIII les interdit en 1669. Louis XIV les remit en circulation et elles ne tardèrent pas à se transformer en calèches.
Lorsque M. Huchon, premier Assistant remplaça à Versailles M. Hébert, promu à l’Évêché d’Agen, étant incommodé et ne pouvant aisément aller à cheval, il se servit d’une petite chaise roulante pour venir au Conseil à Saint-Lazare. Ses confrères ne l’approuvaient pas, ce qui motiva un postulat à l’Assemblée de 1711 au sujet des voitures de louage.

Au XVIIIème siècle, les porteurs de chaises à bras recevaient 30 sols pour la première heure, et les heures suivantes, tant de jour que de nuit, se payaient 24 sols (Louis XV, 180).

b) Litière, brancard, chaise à bras
Ces derniers moyens de transport n’étaient pas inconnus de nos missionnaires.

Pour le transport d’un missionnaire malade, de Richelieu à Paris, Monsieur Vincent conseille d’aviser au moyen de le faire venir de Richelieu par charrette jusqu’à Tours, et de là par le coche, si son accès de fièvre ne sont pas trop forts (I, 510). [199]

Lorsque Louise de Marillac se trouvait retenue par la maladie à Angers, en 1639, Monsieur Vincent lui écrivait : «pour votre retour, il faudra que ce soit en litière ; nous tâcherons de vous en envoyer une, lorsque vous serez en état de cela» (I, 612). Puis, quelques jours après, nouvelle lettre :
«Pour votre retour, je vous prie que ce soit le plus tôt qu’il vous sera possible et de prendre un brancard et de louer à cet effet deux bons forts chevaux. Je vous aurais envoyé une litière, n’était que je ne sais lequel il vous faut, une litière ou un brancard. Le dernier me semble plus commode. Je vous supplie, Mademoiselle, de ne vous rien épargner et, quoi qu’il en coûte, de prendre ce qui vous sera le plus commode.» (II, 8).

Mais, Louise de Marillac se portant un peu mieux, son saint directeur lui écrit à nouveau :
«Je suis été fort consolé de ce que vous m’avez mandé l’espèce de votre maladie, dans l’espérance que l’air vous remettra. Si vous prenez un brancard, ainsi que je vous ai écrit, car le carrosse, surtout sur le pavé d’Orléans à Paris vous tourmenterait trop, il vous suffira que vous ayez une fille avec vous ; et vous pourrez faire venir les autres par eau jusques à Tours et de là en carrosse jusques ici,.» (II, 9).

C’est également sur un brancard que M. Alméras, malade, pût revenir de Richelieu à Paris, trois jours à peine avant la mort précieuse de Monsieur Vincent, qui soupirait ardemment après son retour.

Quand les voyageurs désiraient emprunter les cours d’eau, soit par économie, soit parce qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement, ils montaient sur les coches d’eau, c’est-à-dire les galiotes, les pataches, etc… dont évidemment la marche était beaucoup plus lente.
Les principales lignes de navigation étaient les suivantes :

• Paris-Rouen : par la Seine ; voyage pour lequel il fallait une semaine, alors qu’une diligence
——ne mettait qu’un jour.
• Paris-Marseille : on prenait la Seine jusqu’à Montereau, puis, l’Yonne jusqu’à Auxerre,
——ensuite, la Saône et le Rhône jusqu’à Beaucaire.
• Orléans-Roanne : par la Loire.
• Orléans-Nantes : également par la Loire

Pour donner un exemple de ce mode de navigation, le coche d’eau de Paris-Montereau (ligne de Marseille), tiré par quatre percherons, au moyen d’un câble fixé au sommet du mât, partait de Paris à 5 heures du matin pour arriver à Montereau le lendemain matin à 3 heures. Pour faire 26 lieues, il avait fallu 22 heures.

Le voyage de Paris à Fontainebleau pouvait aussi se faire par voie fluviale. On prenait le coche d’eau au Quai Tournelle ; le voyage durait douze heures et coûtait deux livres dix sols.

La rapidité des véhicules terrestres s’accrut avec le temps, particulièrement à la fin du XVIIIème siècle. A ce moment-là, un seul jour suffisait pour aller de Paris à Amiens, Rouen, Reims, Orléans, alors qu’auparavant il en fallait deux ou trois.

Grâce surtout aux turgotines et diligences, en 1776, le carrosse de Paris-Besançon accomplissait le trajet en quatre jours, alors qu’en 1772, il en fallait neuf ou dix.
De Paris à Bordeaux, les diligences mettaient cinq jours et demi en 1785, alors qu’en 1772, il en fallait dix. [200]

— De Paris à Metz, en 1772, il fallait cinq jours ; en 1779, rien que trois.
— Paris-Strasbourg exigeait douze jours en 1772, et cinq et demi en 1785.
— Paris-Nancy demandait trois jours et demi en 1785.
— Paris-Limoges demandait quatre jours en 1779.
— Paris-Rennes ou Paris-Toulouse exigeaient huit jours en 1779 (Louis XVI, 32).

Vers 1780, un missionnaire parti de Paris par la diligence un mardi matin à deux heures, arrivait à Lyon le dimanche dans la journée.
Il va sans dire que du temps de Monsieur Vincent, et même jusqu’au début du XVIIIème siècle, la durée des voyages n’était pas aussi courte.

À travers la correspondance du saint, on relève quelques indications, que l’on pourra rapprocher des précédentes.
La première équipe de sœurs destinées à Angers, sous la conduite de Sainte Louise de Marillac, met quatorze jours par coche d’eau et coche de terre pour arriver dans cette ville.

En 1654, le voyage Paris-Orléans durait deux bons jours (V, 277).
En 1642, se rendant à Marseille, des missionnaires partis de Paris le 3 février, arrivaient à Lyon dix ou douze jours après, et se trouvaient à Marseille vers le 17.
Partis de Saint-Lazare, le 4 novembre 1659, pour se rendre à Nantes, en vue de s’embarquer pour Madagascar, M. Etienne et ses compagnons n’arrivèrent à destination que huit jours après, le 12 novembre. (VIII, 468).

Les voyages à l’étranger étaient toute une affaire. Pour aller à Rome, les missionnaires se rendaient à Marseille ; de là, ils s’embarquaient, si le vent était favorable, sinon, ils devaient attendre.

Un jour, Monsieur Vincent envoie des missionnaires destinée à Rome à bord d’une galère en partance, soit de Marseille, soit de Toulon, occasion, dit-il, très avantageuse (II, 303).
Pour se rendre en Pologne, des missionnaires partirent de Paris le 15 Juillet 1654, via Rouen et Hambourg ; ils s’embarquèrent à Hambourg le 24 juillet, et on les attendait à Varsovie au début de septembre ; effectivement, ils arrivèrent vers la fin de ce mois. (V, 172, 191)

Pour se rendre à Hambourg, il fallait prendre le coche jusqu’à Rouen, puis le bateau de Rouen à Hambourg (V, 159).
La correspondance de saint Vincent nous fait connaître de même plusieurs des itinéraires, qui étaient conseillés ou généralement suivis pour se rendre d’un lieu à un autre.

Pour avoir plusieurs fois sillonné lui-même les routes de l’Ouest, il donnait aux voyageurs qui s’y rendaient, les détails les plus précis.
À Mlle Le Gras, qui se rendait à Angers, il écrivait :
«S’il vous plaît de prendre le coche de Chateaudun, vous passerez par Chartres et y pourrez faire votre dévotion en passant. De Chateaudun, vous avez onze lieues jusques à Orléans et peut-être moine jusques à N.D. de Cléry, où passe la rivière, ou auprès, si me semble. Vous éviterez par ce moyen le pavé, excepté trois ou quatre lieues près d’Orléans, où je vous conseille d’aller passer ; et pour y aller, faudra que vous louiez une charrette à Châteaudun.»

Pour le retour, Mlle Le Gras recevait les instructions suivantes :
«Il faudra bien, au retour, que vous visitiez la Charité de Richelieu, qui est à huit lieues de Saumur, où est N.D. des Ardilliers ; et de Richelieu, vous reprendrez le carrosse de Tours, qui est à dix grandes lieues de Richelieu par deçà. Dès que vous serez arrivée à Orléans, [201] vous enverrez sur les ports pour trouver un bateau, que vous ne prendrez pas exprès. À Angers, vous vous logerez selon l’adresse que vous donnera M. Grandnom.» (I, 603-604).

Assez fréquemment, pour se rendre en des lieux très distants, les missionnaires empruntaient tantôt la voie de terre, tantôt la voie d’eau. Monsieur Vincent très au courant, soit par lui-même, soit par ses confrères des moyens les plus commodes et les plus directs pour se rendre d’un lieu à un autre, donnait aux voyageurs les itinéraires les plus précis. En voici quelques exemples :
A Robert de Sergis, qui se trouvait alors à Toulouse, il lui demande d’aller faire une mission à la Marguerie, petite localité de l’actuel département de la Charente Maritime. Il lui fixe l’itinéraire suivant : descendre à Bordeaux par la Garonne ; de là se rendre à Bourg entre Bordeaux et Blaye, puis aller à Barbézieux, qui en est à deux journées, et à la Marguerie, qui se trouve à deux ou trois lieues. Cependant, il poussera jusqu’à Angoulême pour demander à l’évêché les pouvoirs (I, 439).

c) Le coche d’eau
Pour aller de Paris à Fontainebleau, Monsieur Vincent recommande de prendre le coche, s’il y en a, sinon de prendre le coche d’eau sur la Seine jusqu’à Melun ; de là, il restera à faire à pied trois lieues jusqu’à Fontainebleau.

Il vaut mieux citer le passage même de la lettre où il donne ces, détails, qui montrent l’esprit de précision du saint. Il s’agissait d’envoyer une sœur à Fontainebleau en remplacement de la sœur Barbe, malade. Monsieur Vincent écrit MM à Sainte Louise :
«Vous pourrez donc l’envoyer, s’il vous plaît, Mademoiselle, par le coche, s’il y en a, ou par eau jusques à Melun, d’où une commodité s’y trouve le lundi ou le mardi au port Saint-Paul, et de là il faudra qu’elle aille à pied dans les bois jusques à Fontainebleau, où il n’y a point de danger à présent que la cour n’y est pas. Et le coche est à la rue de la Cossonnerie.» (III, 388).
Lorsque Jean François Mousnier se dirigea sur Nantes en vue de s’embarquer pour Madagascar, il prit le coche de Paris à Orléans, voyage qui dura deux jours, puis un bateau d’Orléans à Nantes. (V, 277).

Pour se rendre de Marseille à Troyes, Monsieur Vincent fixait cet itinéraire : se rendre à Lyon, prendre la rivière, ou le messager pour aller à Chalon-sur-Saône, de là à Dijon, et prendre le coche jusqu’à Troyes. (VII, 136).
Aux sœurs qui de Paris se rendaient à Cahors, il prescrit : Elles iront d’ici par le coche d’Orléans jusqu’à Bordeaux. Une personne de confiance, dont il donnait l’adresse, les conduira à Agen, puis par le coche elles arriveront à Cahors. (X, 58I)

Pour venir de Gênes à Paris, Monsieur Vincent conseille de gagner Lyon, puis prendre la rivière à Roanne jusqu’à Orléans, et ensuite le coche ou le messager de Paris. Et si de Gênes on se rendit à Richelieu, il fallait prendre la rivière de Roanne à Tours, et en une journée de cheval, on arrive à Richelieu. (VI, 244).

Ces quelques exemples suffiront pour nous faire apprécier davantage les commodités que nous procurent nos chemins de fer ou leurs concurrents, les autocars et automobiles, et, par comparaison, un des aspects, non l’un des moins pénibles, de la vie austère et dure de nos premiers missionnaires. [202]

Avant de conclure cette question des voyages hippomobiles, il reste encore à étudier un point particulier : les maisons de nos missionnaires pouvaient-elles posséder pour leur service quelque moyen de locomotion de ce genre ?
On sait que dans les dix dernières années de sa vie, Monsieur Vincent dut se soumettre à l’obligation de se servir d’un carrosse parce que ses mauvaises jambes ne lui permettaient que difficilement à se déplacer,

Il en était fort gêné, et à un confrère à qui il enjoignait de se passer d’un cheval, il écrivait :
«Je vois bien que vous me pourrez dire : “Médecin, guéris-toi toi même”, pource qu’autrefois je me suis servi d’un cheval, et que maintenant je me sers d’un carrosse. Cela est vrai, à ma grande confusion ; mais il est vrai que la nécessité m’y a contraint ; et toutefois, Monsieur, si vous me conseillez d’en user autrement, je le ferai.» (IV, 278).

Après l’accident de voiture qui arriva à Monsieur Vincent au début de janvier 1658, sainte Louise écrivait à M. Portail :
«Après avoir loué Dieu avec vous, quoique indigne de la grâce qu’il m’a faite de nous préserver M. notre très honoré père d’un péril très éminent, je prends la liberté de vous supplier de faire prendre garde aux défauts qui me paraissent au carrosse, qui est, ce me semble, que les portières sont trop basses d’appui et que tout le corps du carrosse est trop élevé pour la suspente ; car quoique cela le rende plus doux, néanmoins cela lui donne un tel branle, que quelquefois y étant, j’ai eu crainte que les cahots ne me jetassent à la portière ; et aussi, je crois qu’il faudrait qu’il y eut des quenouilles aux deux côtés des portières, encore que ce ne soit plus la mode.» (Notices I, 88)

A un autre missionnaire, il disait de même que s’il avait un carrosse, c’était depuis seulement que ses infirmités ne lui permettaient plus de monter à cheval, et que ç’avait été sur l’ordre de ses supérieurs civils et ecclésiastiques. (V, 475).
D’ailleurs, il ne considérait pas ce carrosse comme sien, mais comme celui de Saint-Lazare, et il le mettait volontiers à la disposition des autres, en particulier de Mlle Le Gras, du moins quand il était en état de servir.

Il écrivait une fois à Mlle Le Gras : «J’ai donné charge qu’on tienne le carrosse prêt pour vous mener, pourvu qu’un cheval, qui pensa mourir hier ou devant hier, soit en état d’aller.» (IV, 255, V, 647).

Et si d’aventure, il lui arrivait, en sa correspondance ou dans ses entretiens, de faire allusion à ce mode de transport, dont il usait, il ne le qualifiait pas autrement que de son “ignominie”, “son infamie” (V, 344 ; XII, 21, 251).
À Saint-Lazare, l’usage se maintint de mettre une voiture à la disposition du Supérieur général ; en 1789, il y en avait même deux affectées à ce service.

On a écrit de M. Jolly : «Par les chemin il priait presque toujours les yeux fermés et caché dans le fond du carrosse faisant fermer les vitres et les rideau de son côté pour ne pas être aperçu.» (Sa vie, p. 57)

L’Assemblée générale de 1711 interdit à quiconque, en dehors du Supérieur général, de se servir d’une voiture particulière, grande ou petite, en tant que personnelle ou propriété d’un membre de la maison, ou prêtée par autrui, parce que, était-il dit, il est constant que cet usage est tout à fait contraire à l’antique pauvreté et simplicité professée dans la Compagnie.

Il était même interdit de se servir d’une voiture, sauf en cas de nécessité, et sans la permission du supérieur. (Décret 342).

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