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5. La boisson On imagine sans peine quune nourriture aussi forte et aussi abondante quon offrait à nos missionnaires, appelait son complément quasi indispensable : la boisson. Que buvaient-ils donc ? Le vin (voir ceci) Sur une table française, on sattend naturellement à
trouver le généreux jus de nos vignes, le vin. Pourtant,
en ce temps-là ce liquide ne fut pas toujours dun usage aussi
universel quau jourdhui. Mais, pour être véridique, il faut faire remarquer que celui qui a pris soin de nous transmettre ce discours du saint, a mis en marge : «Nota : que la plus grande partie des écoliers et des séminaristes étaient du Pays-Bas et de Picardie». (XII, 47). Quoi quil en soit, même encore au XVIIIème siècle, ni les jeunes gens, ni les femmes ne buvaient de vin ; seules les femmes mariées, passé la quarantaine, rougissaient un peu leur eau (Louis XV, 256). Cette remarque nous aidera à comprendre lapparente rigueur exercée par Monsieur Vincent à lendroit de ses bonnes filles, les premières surs. Le vin leur était absolument interdit. Ce nest pas que d'aucunes niaient estimé parfois «quun peu de vin leur serait bon», mais Monsieur Vincent ne pensait pas quil fut bon que Mademoiselle Le Gras les y accoutumât. (I, 367). Leau sera donc leur boisson habituelle. Dailleurs, prétendait Monsieur Vincent, il nous semble
voir un soupçon de sourire se dessiner sur ses lèvres, tandis
quil écrivait ces lignes : Raison de plus pour interdire aux surs dArras de boire de la petite bière, afin quelles soient uniformes aux autres, et pour ôter le prétexte à quelques unes, qui, ne se contentant pas du breuvage ordinaire, pourraient désirer boire un peu de vin (VI, 143). Cependant, l'expérience aidant, vers la fin de sa vie, Monsieur
Vincent se montre moins intransigeant. Dans une lettre à lAbbé de Vaux, en 1642, Louise de Marillac lui dit : «Il serait bien mal, ce me semble, que les Surs entrassent le matin aux salles des malades sans manger. Pour le jour de jeûne commandé je pense que celles qui se portent bien, avec l'aide d'un peu de vin à prendre ou à sentir suffirait, n'était au Carême.» (Édit. 1983 p. 66] Mais à Élisabeth Martin, à Richelieu, elle conseille
tout de même : Peut-être que de lautre côté de la rue, qui séparait alors la maison de Saint-Lazare de celle des surs, les missionnaires estimaient au contraire que cétait un avantage de pouvoir boire un peu de vin à tous les repas, y compris le petit déjeuner du matin. On leur servait d'ordinaire du vin rouge, venu du Roussillon ou de Bourgogne. Avaient-ils répugnance à en boire du blanc ? On le pourrait croire, puisquen 1678, M. Jolly dit quon peut faire boire du vin blanc, et quil ne faut pas croire aisément que si lon était incommodé, cela pouvait provenir de là. (Manuale visit.). Au fait, une manière de nêtre jamais incommodé
par le vin, rouge ou blanc, surtout blanc, cest de nen pas
trop boire ! À son sens, nous le citons : «une personne qui vient à boire, et à boire du vin au delà de ce qui est nécessaire, tombe dans un état de bête, voire même pire que bête et passe-bête», et ce vice saccompagne toujours «de quelque autre plus grand, notamment de cet abominable et horrible vice de la chair». Bref, trop boire, cest «suivre ses inclinations comme une bête, comme un cheval, comme un pourceau, oui, comme un pourceau, et pire que des bêtes, car encore les bêtes suivent leurs inclinations naturelles ; mais un homme [129] qui est ivre, il ne sait ce quil fait ; il est pire quune bête, puisquil faut le porter, quil le faut soutenir et le porter par dessous les bras ; autrement, il tomberait à terre comme une pierre.» (XII, 42) Cette perspective fait frémir Monsieur Vincent, et il en vient à se demander, dit-il, si, pour en préserver ses missionnaires, il ne serait pas opportun de réduire la portion de vin, et, au lieu den donner une chopine, de se contenter dun demi-setier, ce qui équivalait à un quart de litre. Le saint se ravisa cependant, et il ne promit dy réfléchir avant de prendre cette mesure. Cétait en 1658. Un an plus tard, par suite de la gelée des vignes qui fournissaient Saint-Lazare en vin, il fallut bien envisager des restrictions. Monsieur Vincent assembla son Conseil, et décision fut prise de
réduire la portion de vin à un demi-setier par repas pour
cette année. A tout prendre, disait encore Monsieur Vincent, le vin nest pas tellement nécessaire. Sil en est qui sont persuadés, quil leur faut plus de vin quaux autres, parce quils ont lestomac froid, quil leur en faut pour le réchauffer un peu sous peine de mal digérer les viandes, les salades (encore les salades !), etc , cest une erreur ! «Mes frères, sécrie-t-il avec force, cest un abus de croire que lestomac ait besoin de vin pour lui aider à digérer les viandes. Je liai cru autrefois, misérable que je suis, mais Monsieur Portail men a désabusé et ma fait voir que cétait une erreur ; et ce quil ma dit, je lai trouvé véritable et l'ai expérimenté.» (XII, 45). De même, pour encourager les surs à se contenter d'eau sans jamais toucher au vin, le saint leur citait lexemple des Turcs qui, disait-il, «nen boivent jamais, quoiquils soient dans un pays fort chaud, et ils sen portent bien, mieux quon ne fait ici den boire ; ce qui fait voir que le vin nest pas si nécessaire à la vie quon croit.» (X. 361). Le bon saint nétait pas toujours conséquent avec
ces principes en ce qui concernait les autres. Nous savons par une lettre
de M. Jean Le Vacher, de Tunis, que Monsieur Vincent estimait utile que
les missionnaires de Barbarie eussent un peu de vin. Voici, en effet,
ce que lui écrit ce missionnaire : Quoi quil en die, Monsieur Vincent ne songea jamais à supprimer
le vin des missionnaires, mais il les engageait fréquemment à
ne le boire que fortement trempé, en sorte que leau ne soit
que rougie : Si lon en croit M. Jolly, le Fondateur de la Mission ne se contenta pas de donner ce bon conseil, mais il prit des mesures pour en faciliter lexécution, ou au moins un commencement dexécution. «Monsieur Vincent, rapporte M. Jolly, voulait quen toutes les maisons, on mit un peu d'eau dans le vin, avant de le servir sur la table.» (déclaration du 24 sept. 1681, Man. visit.). Le conseil fut docilement suivi ; nous en avons pour garant un article des Règles du frère réfectorier, qui nous fournit par ailleurs dautres détails intéressants. La réfectorier, y est-il dit, «tirera le vin le plus tard possible, y mêlera celui qui reste du repas précédent, et de leau selon la quantité réglée par le supérieur. Il nen tirera quautant quil en faut pour un repas, et, de suite après, il versera tous les restes dans un vase bien bouché, quil conservera à la cave. Durant lété, il ne mettra le vin et leau sur la table que pendant lexamen particulier ou tant soit peu auparavant, si la communauté est nombreuse, afin que lun et l'autre soit frais, et, au milieu du repas, il puisera de l'eau fraîche pour remplacer celle qui est servie». Les frigidaires et les chambres froides remplacent avantageusement, aujourdhui, ces procédés, primitifs si l'on veut, mais vraiment dignes dêtre rappelés. Ces fils de vignerons, quétaient les séminaristes bordelais, ne paraissent pas avoir beaucoup apprécié ce baptême du vin, auquel ils étaient si peu accoutumés. Témoin ce que lun de leurs anciens exprime dans ces vers :
La ration du vin était réduite, le vendredi soir, où
la compagnie a coutume de faire pénitence. M. Jolly répondit que les vendredis soirs, lorsquil y a abstinence, [131] on ne doit mettre que deux tiers du vin ordinaire dans la chopine, comme l'on ny met quun demi-setier les jours de jeûne (Cire. I, 159). Ces usages furent maintes fois rappelés au cours des visites canoniques. Nous avons vu plus haut que, dans les temps difficiles, Monsieur Vincent,
prit la décision de réduire la portion de vin. Cest
ce qui eut encore lieu, en dautres circonstances, par exemple en
1768. M. Jacquier écrivait alors à ce sujet : On ne pourra que sédifier des louables motifs surnaturels et charitables qui présidaient à ces petites restrictions, et dheureuses dispositions de nos confrères pour les accepter. Cest un de ces heureux indices, entre beaucoup dautres, où l'on voit quà part quelques rares exceptions, la communauté dans son ensemble était bien demeurée fidèle à lesprit de saint Vincent. La privation de vin était aussi parfois imposée à
quelque particulier, à titre de sanction pour une faute notable. On remarquera en passant que, daprès ce texte, on se plaçait
encore à nimporte quelle place au réfectoire. Il nous faut chercher une explication plausible à la présence dans la cave de Saint-Lazare, en 1789, de 350 bouteilles de vin grec, qui se trouvaient pieusement alignées à lombre de [132] quatre muids de vin de Bourgogne et de deux muids de vin du Roussillon. Le Bourgogne et le Roussillon servaient certainement à la consommation journalière, nous le savons par ailleurs, mais le vin grec ? Cétait certainement un vin de choix et de dessert, mais à qui était-il destiné ? Nous devons supposer quil était réservé aux grands prélats ou autres personnages qui, en certaines circonstances, comme pour la fête de saint Vincent, honoraient de leur présence lhumble table des missionnaires. En vérité, 350 bouteilles, cétait bien peu pour une communauté aussi nombreuse que celle de la Maison-Mère ; nul doute que notre supposition soit la bonne ! Nous avons parlé jusquici du vin au titre de boisson de
table officiellement reconnue. Du supérieur de Saint-Méen, M. Thibault, mort en 1655,
lun de ses confrères écrivait : Daprès nos usages modernes, un bon repas, surtout de fête, se complète avantageusement par une tasse de café, digne de ce non, ou quelque autre liqueur. Nos missionnaires de lAncien Régime eurent-ils aussi la possibilité den goûter ? [133] Le café
Comme de juste, les missionnaires qui eurent loccasion de savourer une tasse de café, offerte par quelque personne amie, lapprécièrent, et, de là, à en introduire lusage en leurs maisons, il ny avait quun pas à franchir, et ils le franchirent, la conscience tranquille. Mais, lautorité veillait. Le nouveau breuvage, qui avait ainsi passé le seuil de nos maisons, sans avoir reçu le visa des Supérieurs, fut dénoncé à lAssemblée générale de 1711. Il fut sévèrement condamné, M. Bonnet reçut commission de procéder à lexécution ; il ne faillit pas à son devoir. Il mandait à la Compagnie. «Limmortification du goût étant un des vices les plus opposés à lesprit de la Mission, lAssemblée ma chargé de sa part de vous défendre lusage du café, du chocolat, et de plusieurs autres liqueurs qui ne sont pas des remèdes nécessaires à la santé, mais de pures délices et des amorces de la sensualité» (Circ., I, 256). Le chocolat On sétonnera peut-être de voir le chocolat figurer parmi les liqueurs. Lexpression de M. Bonnet était juste, car longtemps le chocolat ne se consomma que sous forme de liquide. Importé du Mexique en France, par la voie de l'Espagne, au cours du XVIIème siècle, il devint d'usage très général, vers la fin de ce siècle, avec des alternatives de faveur et de défaveur. Peut-être sétait-on rendu compte à lexpérience de ses effets restringents, en un temps où l'alimentation peu portée vers les légumes verts, avait moins besoin que jamais dencombrer les intestins ou de les rendre paresseux ! Après avoir été très à la mode, vint un temps où le chocolat fut honni. Témoin ce quécrivait Madame de Sévigné à sa fille : «Tous ceux qui men disaient du bien men disent du mal ; on le maudit ; on laccuse de tous les maux quon a ; il est la source des vapeurs et des palpitations ; il vous flatte pour un temps, puis il vous allume tout dun coup une fièvre continue qui vous conduit à la mort». Ce ne fut certainement pas le motif dominant, qui poussa l'Assemblée de 1711 à en interdire lusage, comme celui du café, dans la Congrégation, mais bien plus le désir de sauvegarder l'esprit de mortification et de pauvreté, aussi bien que léquilibre et la santé de la bourse des procureurs, car le chocolat valait relativement cher : au début, il coûtait six francs la livre, et, en 1781, quatre livres. Nous pouvons supposer que les missionnaires furent fidèles à la défense portée, étant donné que jamais plus, ni café, ni chocolat, ne parut sur la table des Assemblées, au moins sous la forme de dénonciation ou de désaveu Il resterait cependant à élucider quelques petits mystères ; pourquoi, par exemple, en 1789, il y avait trois balles de café dans la chambre de léconome de Saint-Lazare, sans compter les tasses et les cuillers à café que lon trouvait parmi les ustensiles du réfectoire ; [134] pourquoi encore, dans les inventaires de la Révolution figure parfois comme au grand séminaire de Poitiers, un moulin à café, à côté dun moulin à poivre et dun autre pour le tabac, avec douze tasses à café ? Personne ne pouvant être, condamné sans preuve, et les suppositions étant gratuites, nous penserons donc, jusquà preuve du contraire, que ces réserves de café et ces ustensiles appropriés, nétaient pas destinés aux nôtres, mais seulement aux externes, qui prenaient éventuellement part aux festivités des grands jours. La garde des balles de café dans la chambre de léconome de la Maison-Mère, et non mises à la portée de la main des cuisiniers, ainsi que le nombre restreint des tasses et cuillers à café : une douzaine et demie tout au plus, corroborent notre hypothèse et lui donnent une apparence de vraisemblance. Mais, tout de même, trois balles de café pour 18 tasses à café seulement, avouons que léconome voyait loin dans ses prévisions et ses provisions ! Terminons cette histoire, pour rassurer notre conscience à nous qui, aujourdhui, sommes appelés à jouir dune satisfaction, qui fut refusée aux missionnaires de lAncien Régime, en rappelant que la prohibition de l'usage du café fut levée par lAssemblée générale de 1829, au moins pour des cas particuliers, et que, finalement, elle disparut totalement, en 1843, lAssemblée de cette année-là voulant bien tenir compte de létat général des santés et du changement dhoraire pour le dîner, bonnes et même excellentes raisons, qui dégagent une petite odeur de complaisance, régularisant, peut-être, une situation de fait ! Nous en avons terminé avec l'exposé des ressources alimentaires mises à la disposition des missionnaires du bon vieux temps ; il nous importe maintenant de connaître comment elles étaient exploitées et mises à la portée des estomacs. Sil en est besoin précisons quil ge sera pas question de recettes culinaires, les archives de nos maisons ne nous ayant laissé aucun document sur ce sujet. Dommage ! 6. Le service des tables Les missionnaires, cest à dire en lespèce les
frères et les domestiques chargés de. ce soin, étaient
tenus de pourvoir eux-mêmes à la préparation des repas,
non seulement à la maison, mais encore pendant les travaux des
missions. Cela ne souffrait pas dexception, sauf en voyage naturellement,
où il fallait nécessairement se réfugier en quelque
honnête hôtellerie. Les descriptions que nous ont laissées
les voyageurs de cette époque, des repas servis dans les auberges
de campagne, nous laisseraient imaginer, que les missionnaire avaient
intérêt à faire eux-mêmes leur popote. Passons
!
En 1637, il écrivait à la bonne présidente, Madame Goussault : «M. Cuissot me met un mot dans sa lettre, qui me fait douter si les missionnaires se nourrissent eux-mêmes. Bon Dieu ! Madame, auriez-vous fait cette brèche à la Mission, et M. Cuissot se serait-il laissé aller pour cela ? Je lui écris et le prie que, ma lettre reçue, il commence à faire le petit ordinaire. Il est encore nouveau et je ne lui parlai point devant son départ. Jai seul le tort de tout cela.» (I, 388). En 1656, Monsieur Vincent envoie au. supérieur du Mans le frère Christophe, récemment échappé dun naufrage, alors qu'il faisait [135] route vers Madagascar, pour quil puisse dresser les domestiques à faire la cuisine et la dépense de la maison «selon les manières de la compagnie.» (VIII, 33). Nous avons déjà dit les conseils, et quant à la propreté et quant aux soins à apporter pour lapprit dune nourriture saine, variée et appétissante, qui étaient donnés aux frères cuisiniers par les Règles de leur office. Les économes, de leur côté, avaient à pourvoir
les offices du nécessaire et des condiments indispensables pour
la préparation des aliments. Débrouillards sans doute, comme
ils le sont généralement en tous les temps, ils cédaient
cependant parfois à la tentation de se procurer les denrées
aux marchés de la ville ou aux halles au meilleur compte possible,
Saint Vincent y fait allusion dans les lettres que nous avons ci-dessus
rapportées, et même, horresco referens ! ils y allaient dun
petit brin de contrebande. Une histoire de sel procuré par des
moyens très peu légaux faillit mal tourner au Mans : Comme on le voit, mime en ce temps-là, il ne fallait pas jouer avec la Régie, et les gabelous se montraient intraitables mime avec leurs amis ! Pour le service proprement dit de la table, les aliments préparés par les cuisiniers nétaient pas présentés aux convives en des plats communs, où chacun aurait pu se servir suivant son appétit, mais chacun avait sa portion bien tranchée et sa ration de vin. Monsieur Vincent fait allusion à ce service en portion dans sa lettre de 1639 à Sainte Jeanne de Chantal, il tenait à cet usage et voulait qu'il fut introduit en tous les nouveaux établissements. Ainsi, il mandait, en 1638, à M. Lambert aux Couteaux : Vous ferez bien «de faire faire des chopines et des fourchettes, comme les nôtres, pour commencer le plus tôt que vous pourrez à prendre les repas en portion.» (I, 447). Le but de linstitution du service, en portion parait avoir été
de prévenir les excès, ainsi quil ressort dun
des avis donnés par lAssemblée de 1673 à ceux
qui travaillaient aux missions : Le visiteur du séminaire de Montauban recommande, en 1681, que les chopines soient dégale grandeur et prie le supérieur de changer celles qui seraient plus grandes que les autres. Chacun devait savoir se contenter de sa propre portion. Faisant lui-même la visite de la maison de Fontainebleau en 1673, M. Jolly recommande de se donner «bien de garde de rien prendre de la portion et du dessert de ceux auprès desquels on est assis à table, même après quils ont poussé leurs plats». [136] La cuisine et le réfectoire étaient lun et lautre pourvus de tous les ustensiles indispensables. 7. Le couvert Au réfectoire, sur la nappe des tables étaient disposés avant le repas, les écuelles et assiettes détain commun, car, à cette époque, seuls les gens de haute condition pouvaient se permettre de la vaisselle détain fin ou de faïence (Louis XIII, 178). Jusquà la Révolution, on nusa, à la Maison-Mère, que dustensiles détain commun. Cependant pour les réception des hôtes de marque, comme les chanoines, on utilisait des assiettes et des plats de faïence. A côté de lécuelle, se trouvaient une cuiller et une fourchette de fer, et un couteau, que le réfectorier devait nettoyer le plus souvent possible, et, à fond, chaque samedi. On peut se demander si les premiers missionnaires de 1625, connaissaient l'usage de la fourchette ? Sous le règne de Louis XIII, cétait encore un ustensile de raffinés (Louis XIII, 139) ; la plupart des gens, même de bonne société, se servaient de leurs doigts et déchiraient les viandes à pleines dents. Lorsque Monsieur Vincent recommande, en 1638, à M. Lambert aux Couteaux de faire faire des fourchettes, comme celles de Saint-Lazare, il semble bien qu'à ce moment-là, il y avait encore des maisons, où la fourchette était article inconnu ou non employé. Et M. Alméras, alors quil était directeur du séminaire interne, donnait aux séminaristes le conseil de ne pas manger avec les doigts mais de se servir de la fourchette. Cétait donc que la tentation devait être grande pour eux de suivre des usages quils venaient à peine de quitter, en entrant au séminaire ! Il faut savoir cependant que l'usage de la fourchette sétait introduit à Paris, vers le début du XVIIème siècle, mais, à vrai dire, il ne devint courant quau XVIIIème siècle (Louis XIV, 97). Saint-Lazare était donc sur ce point à lavant-garde du progrès ! On lit dans linventaire de la maison dAngers, dressé le 16 mai 1792 : «Trois couverts dargent très vieux et une cuillères potagère aussi dargent. Sur lobservation à nous faite que chacun des prêtres de la Mission, lors de son entrèe, étoinet tenu de donner la somme de trente livres pour prix dun couvert en argent quil avait ensuite le droit de prendre dans la maison où il se trouvait établi, lorsquil jugeait à propos de se retirer, nous avons laissé cet article.» (Arch.Départ. du M.& L. F 14) Chacun des convives avait aussi sa serviette et son verre. Le verre qui, croyons-nous, fut dabord désigné sous le nom de gondole, était primitivement en étain, une sorte de gobelet ; puis, il fut de verre proprement dit. À Saint-Lazare, en 1789, il sen trouvait au réfectoire environ 400 Entre parenthèses, linventaire ne mentionne pas de petits verres qui auraient pu servir à déguster le vin grec ou des liqueurs ; encore un indice à retenir ! Sur le devant de la table, à intervalles espacés, se trouvaient disposées les aiguières détain, remplacées plus tard par des carafes d'eau. Des brocs en bois de chêne, cerclés de plusieurs larges ronds de cuivre, servaient au ravitaillement en eau, dont il était recommandé de faire large consommation. De même, sur chaque table, on voyait des salières, des vinaigriers et des huiliers remplis de bonne huile d'olive. M. Alméras recommandait aux séminaristes de ne pas assaisonner de vinaigre tous leurs aliments et de nuser que de très peu de sel. Les ustensiles quemployaient les missionnaires devaient être de la plus grande simplicité et témoigner de leur esprit de pauvreté. Il vint un temps où, sous la poussée de la mode et de la mondanité, des couverts dargent firent leur apparition sur certaines tables de missionnaires. Ce fut un des manquements à la pauvreté, qui fut assez fréquemment dénoncé par les Assemblées, à partir de 1739 (Circ. I. 473). Les inventaires de la Révolution révèlent lexistence de couverts dargent en plusieurs maisons, et même à la Maison-Mère ; mais, en celle-ci du moins, ils étaient en si petit nombre que, comme le vin grec, [137] le café, etc, nous devons supposer en toute équité qu'ils étaient aussi réservés aux externes d'importance prenant part à nos repas.. Le réfectoire ainsi préparé avec soin par le frère réfectorier, qui mettait sans doute toute sa vigilance à ce que rien ne manquât, les servants de tables, généralement les séminaristes et les clercs. Il semble que du temps de M. Vincent les prêtres eux-mêmes assuraient à leur tour la lecture et le service de table. (XI, 151) Revêtus dun tablier immaculé, et un rond de bois à la main également d'une blancheur éclatante qu'entretenait périodiquement le frère cuisinier, faisaient la distribution des petits plats à portion, des grands plats sur lesquels chaque portion était préparée par le cuisinier. Il ne restait plus aux convives quà bien manger ce qui l'était présenté, tout en observant les règles de la bienséance, sans se jeter sur les viandes, comme ces deux prêtres tancés publiquement par Monsieur Vincent. Le directeur du séminaire devait apprendre aux nouveaux venus :
Quand il était directeur de séminaire, M. Alméras recommandait à ses séminaristes : de ne pas se tenir courbés ou renversés ; de ne pas regarder indiscrètement autour deux ; de ne pas envier une autre portion ; de ne pas simpatienter ; davoir soin que leurs voisins aient ce quil faut ; de ne pas manger avec trop de précipitation, ni trop longtemps ; de ne pas boire en mangeant ; de ne pas boire ou manger, une fois leur serviette pliée ; de ne pas laisser la mie de pain ; de ne pas manger avec les doigts ; de ne pas faire du bruit en humant leur potage ; de ne pas faire de bruit en remuant verre et aiguière ; de ne pas boire le vin trop pur, etc Il recommandait aussi de ne pas se curer les dents, ni de se rincer la bouche. Ces derniers défauts devaient être assez communs et répandus puisquen avril 1664, M. Alméras prescrivait aux visiteurs de dire au cours des visites «quon nécure pas les dents et quon ne rince pas la bouche, étant à table, ayant remarqué depuis un an seulement que quelques-uns de ceux qui sont venus des autres maisons font lun et l'autre.» (Circ. ms., I, 49) Les usages, suivis à Saint-Lazare, pour tout ce qui concernait la réfection corporelle, devaient, dans lintention des supérieurs, servir de modèle à toutes les maisons de la Congrégation. Au fur et à mesure que sétendait la Petite Compagnie en de nouveaux établissements, Monsieur Vincent exhortait les visiteurs et supérieurs, même des pays étrangers, à suivre les usages de la Maison-Mère, pour la nourriture, la manière de se servir, lordonnance des repas. [138] En 1646, il priait Monsieur Portail, alors en tournée de visites au Mans, de recommander dans les maisons, où il passait : «que lon observe ce qui se pratique céans (à S. Lazare) pour la nourriture.» (II, 571-573). Il mandait de même, en 1655, au supérieur de Varsovie : «Je vous prie d'ajuster toutes choses aux usages communs de la compagnie, et même les sortes de viandes et la quantité quon use ici, sans changer la qualité, ni augmenter la quantité ; et cest à quoi* je vous prie de tenir la main.» (V, 350). |