LE RECRUTEMENT Félix CONTASSOT cm Table des matières et LIENS IV. Qualité du recrutement (23-25) Au terme de cette enquête, on aimerait savoir si le recrutement de la Congrégation de la Mission, en France, était aussi de bonne qualité, puisque cela importe plus que le nombre. On peut dire d'une manière générale que les Supérieurs généraux s'en montrent satisfaits. On sait avec quelle sorte d'admiration Monsieur Vincent parle de la mort édifiante du clerc étudiant Jamain, mort en 1645, après cinq ans passés à St-Lazare, et à qui Dieu, nous dit le bon saint, "a fait quitter la théologie scolastique pour aller apprendre en un instant la céleste" . Ce bon clerc est la digne représentant de tous ceux qui eurent la grâce d'être au contact du saint et d'être en quelque sorte formés par lui. La correspondance et les entretiens du saint est plutôt en faveur de la jeunesse qui se formait sous ses yeux. Les directives laissées par M. Alméras après l'Assemblée de 1668, au sujet des séminaristes et étudiants, laissent transparaître le souci d'une formation sérieuse et solide. Il semble que dans l'ensemble on y soit parvenue si on en juge par les témoignages que les Supérieurs généraux se plaisent à rendre à la jeunesse de St-Lazare. M. Jolly constate, en 1674, les bonnes dispositions des séminaristes et que les étudiants "conservent, par la grâce de Dieu, l'esprit de piété avec l'affection à l'étude" . M. Pierron, en 1700, et M. Watel, en 1704, sont heureux d'affirmer que la plupart des jeunes gens "sont de bonne espérance" , expression que l'on retrouve fréquemment dans les compte rendus de ce genre. M. Bonnet, dont on sait par ailleurs le souci de la pureté de la doctrine et de la perfection personnelle, constate lui aussi, en 1712. que les séminaristes "paraissent bien sages et de bonne espérance" , tandis que les étudiants "s'appliquent presque tous comme ils doivent à la piété et à l'étude, avec édification et satisfaction" . Tout au long de son généralat, M. Bonnet exprimera des sentiments identiques. Il écrit en 1727 : "Il semble que Dieu bénisse notre jeunesse ; elle nous donne de la consolation et beaucoup d'espérance" . En 1734, un an avant sa mort, il emploie cette formule d'une heureuse concision : "Cette maison de Saint-Lazare a son séminaire interne rempli de 45 sujets, bien choisis, bien nés et bien [24] élevés, elle a plus de 50 étudiants de bonne espérance" . C'est également l'opinion de M. Couty, en 1740. Il dit son ferme espoir que les séminaristes "deviendront de véritables enfants de saint Vincent" et. qu'en général, il a tout lieu d'être satisfait des étudiants (1743). M. Debras écrit en 1753 : "Notre jeunesse de cette maison de Saint-Lazare ne s'est pas beaucoup augmentée pendant l'année que nous venons de finir, mais, bien suivie et bien instruits par la sagesse de ceux qui veillent sur leur conduite et sur leurs études, nous espérons de leur docilité et de leur application qu'ils seront en état de servir utilement la Congrégation et de l'édifier" . Ce Supérieur général n'aura jamais lieu de changer d'avis et, en 1756, il forme ce souhait : "Que jamais l'homme ennemi ne vienne mêler de zizanie, pour étouffer cette bonne semence, qui est notre espérance pour l'avenir, comme elle est dès aujourd'hui notre consolation" . M. Jacquier partage les sentiments de ses prédécesseurs. Il déclare en 1763 : "La maison de Saint-Lazare est remplie d'une jeunesse nombreuse et choisie qui flatte nos espérances" , pensée qu'il exprime à plusieurs reprises, les années suivantes, et en termes équivalents. Il dira, par exemple, en 1770 : "Nous avons à Saint-Lazare une nombreuse jeunesse : soixante étudiants, presque autant de séminaristes internes nous donnent les espérances les plus flatteuses ; leur émulation les fait estimer, leur piété les fait aimer" . Comme on aurait pu l'appréhender, l'affluence des recrues à cette époques ne modifia en rien le bon esprit et la régularité. A la veille de la Révolution, en 1789, M. Cayla reconnaît que la maison de Saint-Lazare continuait à être le modèle des autres maisons, et que la régularité et la piété s'y soutenaient dans tous ses états. Aux heures troubles, qui suivirent le pillage de Saint-Lazare, et plus particulièrement aux approches de la dispersion, quelques turbulents se laissèrent gagner par l'esprit du jour. Ce ne fut le fait que d'une minorité ; la majorité et la plus saine partie de cette jeunesse réagit comme il convenait et se montra à la hauteur des circonstances. Tel ce jeune étudiant périgourdin, nommé Jean Devillefumade, entré à St-Lazare en 1787, qui se refugia d'abord dans sa famille à St-Martin-de-Ribérac, puis n'hésita pas à revenir à Paris, en pleine tourmente, pour se faire ordonner prêtre, le 9 avril 1793. Un an après, il était arrêté dans l'exercice de son ministère clandestin à Bordeaux, condamné à mort, il cueillait la palme du martyre, le 6 juin 1794. Ce confesseur de la foi synthétise en sa personne l'esprit qui animait la belle jeunesse vincentienne de la fin du XVIIIe siècle ; il en est le symbole et l'un de ses plus beaux fleurons. A lire ce qui précède, on pourrait à la rigueur se demander si les affirmations des Supérieurs généraux ne seraient pas comme de simples clauses de style dans des lettres circulaires destinées principalement à l'édification. Il ne le semble pas, car les faite paraissent corroborer ces jugements favorables sur la jeunesse de Saint-Lazare. La qualité d'un recrutement se décèle pour une part par la fidélité apportée à la vocation. [25] Or, dans l'établissement des listes des missionnaires français connus, pour un total de 3090 Prêtres, nous avons relevé seulement 109 clercs, c'est-à-dire 109 jeunes gens qui, entrés dans la Congrégation, ne sont pas parvenus au sacerdoce pour diverses raisons : mort, maladie, renvoi ou départ. Nous ne connaissons qu'un seul cas d'un clerc qui, ayant demeuré longtemps et jusqu'à sa mort dans la Congrégation, ne reçut jamais les ordres sacrés La mort, on le constate par les documents et les notices, s'est payé un large tribut dans cette jeunesse, qui n'avait pas les avantages de l'hygiène et de la prophylaxie modernes. D'après les statistiques établies, au sujet des renvoie et des sorties, les clercs ne fournissent qu'un contingent relativement minime. Parmi les clercs que nous avons dénombrés, le diocèse d'Agen, en compte 18, or, c'était un diocèse qui fournissait des sujets très jeunes, le déchet n'est donc pas surprenant. Lyon en compte 12. Paris 11, Amiens 6, Arras 5, Besançon et Toul 4, Cahors, Saint-Omer et Vienne 3. Or, ce sont presque tous des diocèses qui ont fourni le plus grand nombre de missionnaires ; il était normal qu'il y eut quelque déchet. Bref, le déchet paraît donc négligeable, et il serait même surprenant dans sa modicité,, si on établissait une comparaison avec ce qui se passe de nos jours. Enfin, au cours de la tenue des Assemblées générales, il est arrivé parfois que des provinces aient pu élever des doutes ou des récriminations contre la formation donnée à Saint-Lazare à la jeunesse missionnaire. Chaque fois, les Supérieurs généraux se sont élevés avec véhémence contre de telles allégations . Tout ceci est à l'honneur des anciens missionnaires et de leurs formateurs. Avant la Révolution, la Congrégation de la Mission pouvait être légitimement fière de son recrutement, et pour sa qualité, et pour sa quantité. Gloire à Dieu ! Paris, le 15 mars 1959 Table des matières et LIENS |