LE RECRUTEMENT Félix CONTASSOT cm Table des matières et LIENS Recrutement des prêtres (19- 23) Parmi les recrues les plus appréciables d'une Congrégation, viennent en premier lieu les prêtres. Tandis qu'aujourd'hui se fait de plus en plus rare l'admission de prêtres séculiers, jadis, il pouvait ne pas en être ainsi, alors que les diocèses français regorgeaient de prêtres, dont ils trouvaient à peine l'emploi., Il serait donc intéressant de savoir quelle fut la proportion des prêtres recrutés par la Congrégation, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles ? Pour les raisons déjà connues, c'est-à-dire l'absence de registres complets, il n'est guère possible de le dire avec précision. Mais, à l'aide d'anciens catalogues et des registres des voeux, où la condition ecclésiastique de ceux qui les ont émis et signés, est généralement indiquée, on peut tenter d'en faire une évaluation au moins approximative. Soit le tableau suivant : [20]
Ainsi donc, les séminaires internes de Paris et de Lyon ont recruté environ 223 prêtres. En admettant que celui de Cahors ait reçu un nombre de prêtres à peu près égal à celui de Lyon, cela ferait dans les 250 prêtres, environs auxquels il faudrait ajouter encore ceux qui ont été reçus directement dans les maisons particulières, et dont le nombre me paraît pas devoir être très important. En somme, le chiffre des prêtres recrutés est relativement minime par rapport au nombre des autres recrues. On remarquera enfin que ce fut surtout au début de la Congrégation et lors de son implantation à Lyon, que des prêtres sont venus renforcer les rangs des missionnaires. Recrutement des Clercs Les divers documents mentionnant également un certain nombre de diacres, sous-diacres, acolytes et minorés. qui proviennent assurément des grands séminaires diocésains, puisque les ordres ne pouvaient être conférés pendant la durée du temps de probation, il y eut cependant, surtout au début, quelques exceptions, des clercs furent ordonnés après leur première année de probations mais ils furent peu nombreux. Le reste des clercs séminaristes provint vraisemblablement des collèges et petits séminaires, où suivant les moeurs du temps, les élèves se livraient quelque peu à l'étude de la philosophie et de la théologie dogmatique. Et c'est ce qui explique pourquoi, en général, un certain nombre de ces recrues se présentaient, dans nos séminaires internes à un âge relativement avancé. Age moyen des recrues Quelques sondages effectués dans les renseignements fournis sur les sujets de diverses époques, établissent que les jeunes gens [21] admis dans la Congrégation, avaient généralement, de 20 à 23 ans, plus rarement un âge inférieur, si ce n'est en quelques diocèses notamment du Midi et comme à Agen, un certain nombre de postulants avaient de 16 à 18 ans. Nous ne parlons pas des frères coadjuteurs qui se recrutèrent à des âges très variés. Saint Vincent ne désirait pas que les candidats fussent trop jeunes. Il déclarait en 1651 : "Nous sommes plus retenus que par la passé à recevoir les postulants, qui se présentent, particulièrement les jeunes, parce qu'il y en a très peu qui se donnent à Dieu de la bonne manière." (IV,156). La tableau suivant, établissant l'âge d'un certain nombre des sujets reçus du vivant de Monsieur Vincent, montre que celui-ci tolérait cependant bien des exceptions :
Influences qui ont contribué au recrutement Nombreuses peuvent être les causes explicatives du recrutement d'une congrégation, son progrès et ses reculs, suivant les époques. La participation des diocèses au recrutement de la Congrégation de la Mission a pu être provoquée par la zone d'influence exercée par ses établissements et par ses oeuvres, notamment les séminaires et les missions dans les campagnes. Les circonstances politiques, économiques et religieuses du pays, ont eu pour leur part leur incidence. La période des troubles de la Fronde, des guerres intérieures et extérieures, a marqué un fléchissement. D'autres causes d'ordre interne, ont pu jouer un rôle proportionné : par exemple, l'idéal de vie apostolique présenté par la Congrégation, alors qu'elle répondait à une véritable nécessité du moment ; le prestige ou l'ascendant personnel de certains de ses sujets de valeur ; le zèle déployé par certains missionnaires pour le recrutement, etc... Il en est deux de ces causes, qui retiendront un instant notre attention, encore qu'elles ne nous soient pas spéciales. Nous voulons parler des influentes familiales et des influentes locales, qui paraissent avoir considérablement contribué au recrutement de la Congrégation de la Mission. C'est un phénomène que l'on pourrait constater même dans le recrutement moderne. Influences familiales Quand on, parcourt la liste des missionnaires fournis par les divers diocèses, on constate, très fréquemment la répétition des mêmes noms dans les mêmes agglomérations et à des dates sensiblement rapprochées. D'où il est loisible d'inférer, sauf preuve du contraire, qu'on se trouve en présence des membres d'une même famille : frères, cousins, oncles et neveux. C'est aussi un phénomène connu dans le recrutement religieux ou sacerdotal : il est des familles, qui par une sorte de tradition, offrent à Dieu en une ou plusieurs génération plusieurs de leurs membres. En ce qui nous concerne, nous constatons l'existence de quelques unes de ces familles, dignes d'être mises au tableau d'honneur de la famille de saint Vincent. Pour ne citer que les plus méritantes : c'est la famille COLAS, de Sedan, qui donne 6 prêtres de 1702 à 1713 ; la famille GOUTELLE de Saint-Christo dans la Loire, donne six frères coadjuteurs ; la famille LEVASSEUR, au diocèse d'Amiens donne cinq prêtres et un frère. Au diocèse d'Amiens encore la famille BOURGEOIS donne deux prêtres et trois frères : la famille HOURDEL donne quatre prêtres et un frère. de même que la famille LEROUX ; la famille LEUILLER donne cinq frères coadjuteurs, et la famille THIEBAULT quatre prêtres et un clerc ; les familles OZENNE et WATEBLED, dont les nom sont bien connus dans l'histoire de la Congrégations donnent chacune quatre membres à la Mission ; de même que les familles CARON et DAVELU, au diocèse de Boulogne, et la famille FOURNIER, au diocèse du Mans. A côté de ces familles, environ 47 autres ont donné trois missionnaires, et plus de 250 au moins deux sujets. On pourrait noter également la parenté de nombreux missionnaires avec des Filles de la Charité. Pour en citer quelques exemples, les familles apparentées GESSEAUME et CHEFDEVILLE donnant deux frères et trois Filles de la Charité ; la famille MANCEAU deux missionnaires et une Fille de la Charité ; les trois frères RIVET, prêtres, ont leur mère Fille de la Charité, le Bienheureux FRANÇOIS a un frère prêtre missionnaire et une soeur Fille de la Charité, etc... etc... Influences locales De même que certaines familles ont manifesté leur attachement à la grande Famille Vincentienne en lui faisant généreusement le don de leurs enfants, certaines localités se sont plus particulièrement distinguées par le nombre des missionnaires sortis de leur sein, et il n'est pas toujours facile d'en savoir les raisons. Sedan vient en tête avec 38 missionnaires, Arras en a donné 33, tandis que Bapaume et Le Transloy, du même diocèse, en fournissaient respectivement 13 et 9. On peut signaler :
Nous n'avons pas parlé des grands centres, comme Paris et Lyon, qui, naturellement ont fourni un très grand nombre de missionnaires. Paris en totalise 284, et Lyon 128. Table des matières et LIENS |
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