LE RECRUTEMENT
DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION
EN FRANCE
AVANT LA RÉVOLUTION

Félix CONTASSOT cm

Table des matières et LIENS

III. Origine du recrutement français  (16-19)

Diocèses recruteurs

Sur les 135 diocèses qui formaient la France de l'Ancien Régime, 120 ont fourni des sujets à la Mission, mais dans des proportions si variées. qu'il ne faut pas se méprendre sur l'implantation de la Congrégation de la Mission en France.

De ces 120 diocèses, en effet :

13          ont donné plus          de 100 missionnaires,
9            ont donné plus          de 50 à 90 missionnaires,
19          ont donné plus          de 30 à 50 missionnaires,
27          ont donné plus          de 10 à 30 missionnaires,
26          ont donné plus          de 4 à 9 missionnaires,
16          ont donné plus          de 2 à 3 missionnaires,
10          ont donné plus          1 missionnaire.

La Congrégation ne s'est donc recrutés à proprement parler que dans une quarantaine de diocèsess dont nous donnons ci-dessus les noms et dans l'ordre d'importance de leur apport :

Diocèses

Prêtres-Clercs

Frères

Total

1

Paris

247

145

392

2

Lyon

235

104

339

3

Amiens

169

88

257

4

Besançon

197

20

217

5

Arras

146

39

185

6

Cahors

132

49

181

7

Rouen

118

63

181

8

Toul

145

29

174 + 1 Évêq

9

Boulogne

101

38

139 + 1 Évêq

10

Reims

73

57

130

11

Le Mans

88

36

124

12

Agen

94

26

120

13

Saint-Malo

78

26

104

14

Sens

49

37

86

15

Chartres

43

40

83

16

Cambrai

56

25

81

17

Langres

46

29

75

18

Bayeux

50

14

64

19

Troyes

32

27

59

20

Beauvais

13

45

58

21

Noyon

29

27

56

22

Coutances

39

11

50

23

Clermont

40

9

49

24

Metz

30

18

48

25

Angers

30

16

46

26

Saint-Brieuc

39

7

46

27

St-Pol-de-Léon

41

3

44

28

Meaux

16

26

42

29

Rodez

32

10

42

30

Soissons

19

23

42

31

Saint-Omer

36

5

41

32

Vannes

35

3

38

33

Vienne

15

18

33

34

Bourges

20

12

32

35

Chalons/Marne

12

19

31

36

Dijon

27

4

31

37

Évreux

19

12

31

38

Sarlat

19

12

31

39

Tours

24

7

31

40

Limoges

26

4

30

41

Tréguier

24

6

30

Du vivant de saint Vincent, les diocèses voisins du berceau de la Congrégation, fournissent le plus gros apport : Amiens, Arras, Beauvais, Chartres, Reims, Rouen, Sens ainsi que les régions où se trouvent des Maisons de la Mission : Le Mans, Richelieu, Saint-Méen, Sedan, Toul et Tréguier.

La plupart de ces diocèses continuèrent jusqu'à la Révolution à fournir un recrutement appréciable ; certains d'entre eux, cependant, même celui de Paris, ne soutinrent pas régulièrement les promesses du début.

De nombreuses fondations de maison et l'institution des divers séminaires internes, notamment ceux de Lyon et de Cahors, étendirent sensiblement le champ du recrutement.

Celui du séminaire de Lyon fut assuré par la région lyonnaise, les diocèses du Puy, d'Annecy et quelques autres. Le Séminaire de Cahors centralisa les recrues des diocèses de Cahors, Agen, Montauban,   Rodez,   et d'autres encore.

Progression du recrutement

Quand on examine l'origine territoriale des recrues fournies par chaque diocèse du temps des divers Supérieurs généraux, on constate que l'impulsion donnée à ola Compagnie par Monsieur Vincent, produite encore ses fruits dans les mêmes diocèses et sans, grand changement pendant la généralat de son successeur, M. Alméras.

Pendant le généralat de M. Jolly, s'accuse un net accroissement des effectifs et y concourent principalement les diocèses d'Agen, Amiens, Angers, Bayeux, Boulogne, Cahors, Coutances, Évreux, Langres, Le Mans, Lyon, Noyon, Paris, Rodez, Rouen, Saint-Flour, Saint-Malo, Trèguier et Vienne.

Du temps de M.Pierron, les diocèses de Sarlat et de Tréguier se font remarquer.

Si le généralat de M. Watel n'offre rien de saillant, par contre celui de son successeur, M. Bonnet, offre un très net progrès sur le passé. A lui seul, il totalise presque un cinquième de l'effectif total. La plupart des diocèses recruteurs sont au montée sensible : Agen passe de 5 recrues à 39 ; Amiens de 9 à 37 ; Arras de 17 à 41 ; Bayeux de 3 à 16 ; Besançon de 7 à 82 ; Cahors de 6 à 61 ; Langres de 2 à 18 ;Le Mans de 3 à 20 ; Lyon de 26 à 81 ; Reims de 9 à 34 ; Saint-Malo de 6 à 24 ; St-Pol-de-Léon de 1 à 34 ;   etc. Annecy donne 10 sujets, Dijon 12 et Saint-Omer 15.   [18]

Pendant le généralat de M. Couty, Boulogne et Toul   se distinguent, et pour celui de M. Debras, ce sont les diocèses d'Amiens, Besançon, Béziers, Boulogne,   Cambrai, Lyon, Reims, Saint-Omer   et Toul.

On a vu plus haut la montée en flèche des effectifs du séminaire interne de Paris au temps de M. Jacquier. De fait, plusieurs diocèses contribuent alors au progrès du recrutement. Agen passe de 9 sujets à 26, Besançon de 13 à 91 ; Boulogne de 34 à 47 ; Langres de 4 à 13, Lyon de 43 à 55 ; Metz de 4 à 24 ;   Noyon de 2 à 11 ; Paris de 16 à 39 ; Rodez de 6 à 15;   Toul de 43 à 51 ; Vienne de 1 à 12.

Entre tous ces diocèses, une place à part est à faire à celui de Besançon, le quatrième dans l'ordre du classement -et qui, au XVIIIe siècle,   fut le grand diocèse recruteur de la Congrégation. Pendant le généralat des cinq premiers Supérieurs généraux (1625-1710), il n'avait fourni que 22 missionnaires ; à partir de M. Bonnet, il en présenta 195. Or, constatation assez curieuse, il n'y avait pas d'établissement de la Congrégation dans cette région. Il serait intéressant de connaître la cause de ce recrutement.

Proportion des prêtres et des frères

Dans l'examen de cette question de l'origine du recrutement de la Mission s'impose également la remarque que nous avons déjà eu l'occasion de faire, si l'on veut porter une plus juste appréciation sur la nature du recrutement opéré en ces divers diocèses.

Les chiffres cités comprenant l'ensemble des missionnaires : prêtre, clercs et frères. Si on considère chaque catégorie en particulier, le rendement des diocèses se présente sous un jour quelque peu différent.

La proportion des prêtres et clercs comparativement aux frères coadjuteurs est relativement forte en quelques diocèses :

Besançons : 197 prêtres et clercs pour   20 frères seulement,
Arras :         146                                     39
Toul :          145                                     29

En plusieurs autres diocèses, la proportion des frères est assez forte. Ainsi :

Paris :      247 prêtres et clercs et 145 frères,
Amiens : 169                                88
Rouen :   118                                63
Reims :      73                               57
Sens :         49                               37
Chartres   : 43                               40

Enfin, certains diocèses fournissent nettement plus de frères que de prêtres.
C'est le cas de :

Meaux :      16 prêtres et clercs, et 26 frères
Soissons :   19 prêtres et clercs, et 23 frères
Chalons :    12 prêtres et clercs, et 19 frères
Poitiers :     13 prêtres et clercs, et 16 frères

Un grand nombre, de frères a été recruté dans les diocèses voisins de Parts. où la Maison-Mère avait quelques domaines importants et où les bandes de missionnaires ne cessaient de porter la parole de Dieu au peuple des campagnes.

La seule maison de Sy-Lazare avait besoin de nombreux coadjuteurs pour assurer les services généraux et l'entretien de ses immenses bâtiments et ses dépendances. En 1719 et 1722, les frères y étaient au nombre de 80, alors qu'il n'y avait que 35 à 40 prêtres et une centaine d'étudiants et séminaristes. En 1789, St-Lazare [19] possédait 70 frères, dont 44 au dessus de 50 sas, et 3 frères séminaristes. D'où il ressort que le recrutement des frères était fort en baisse.

Sources de recrutement

Traiter de l'origine du recrutement des membres de la Congrégation, ce n'est pas seulement considérer leur origine territoriale, mais ce peut être aussi rechercher à quelles sources est alimenté ce recrutement, de même que les causes qui ont contribué à l'assurer.

De nos jours, les Ecoles apostoliques pourvoient en majeure partie au recrutement de la Mission, en France. Cette formule, de date récente, s'est imposée comme une nécessité, lorsqu'au début de ce siècle, les sources traditionnelles de recrutement, séminaires et collèges, se sont peu à peu taries du fait de la raréfaction des vocations religieuses et sacerdotales, conséquence de la déchristianisation et du laïcisme envahissant.

Avant la Révolution, alors que la Congrégation de la Mission dirigeait en France seulement 62 séminaires, grands et petits, le clergé séculier formé par les Lazaristes a fourni un apport appréciable, sinon le principal, au recrutement de la Mission. En outre, les 17 paroisses et les 41 maisons de mission dirigées aussi par les Lazaristes, leur fournissaient de nombreuses occasions d'éveiller et d'orienter les vocations, notamment des frères coadjuteurs, et ils le firent avec quelque succès.

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