LE RECRUTEMENT
DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION
EN FRANCE
AVANT LA RÉVOLUTION

Félix CONTASSOT cm

FAMVIN a déjà proposé les monographies de Monsieur Félix CONTASSOT — «La vie matérielle des Missionnaires aux XVII et XVIIIe siècles», qui pour beaucoup sont restées inédites. Nous donnons maintenant aux "visiteurs" du site cette très intéressante étude sur le Recrutement de la Congrégation de la Mission, en France, avant la Révolution.

Table des matières et LIENS

Introduction 

-- Sources

En 1911, fut publié la "Catalogue du Personnel de la Congrégation de la Mission depuis l'origine jusqu'à la fin du XVIIIe siècle".

Il fut composé à l'aide des anciens Catalogues du personnel, des Registres des voeux, des listes dos Supérieurs, des Nécrologies et autres divers documents.

Partant de ces données de base et tenant compte des corrections et additions apportées depuis lors à et catalogue, non moins que d'autres renseignements fournis par les archives et par les travaux d'histoire de la Congrégation, nous avons tiré de cet ensemble une série d'études particulières, dont l'avantage serait de permettre d'examiner, sous divers aspects, cette question intéressante et inédite du Recrutement de la Congrégation de la Mission, en France, avant la Révolution.

C'est ainsi que nous avons établi d'abord, avec la date et le lieu de leur admission dans la Congrégation :

1. La liste des missionnaires français, prêtres, clercs et frères d'après leur diocèse d'origine,
2. La liste des missionnaires français, dont on ignore le diocèse d'origine, mais dont l'existence est attestée par des documents,
3. La liste des missionnaires de pays étrangers, qui ont été reçus dans la Congrégation en France,

Le dénombrement des missionnaires étrangers, reçus hors de France, a été établi sur les seules données du Catalogue de 1911.

De ces trois premières études générales, il a été possible de dégager :

1. L'effectif total des missionnaires français et étrangers, dénombrés jusqu'à 1958,
2. L'effectif total des missionnaires reçus en France,
3. L'effectif global des missionnaires, français et étrangers, reçus dans les sept séminaires internes, qui ont existé en France,
4. L'effectif global des missionnaires, français et étrangers, reçus en France par chaque Supérieur général,
5. Ce même effectif d'après chacun des séminaires internes,

Ces cinq tableaux synthétiques sont appuyés sur les études analytique suivantes :

1. Nombre des missionnaires, prêtres, clercs et frères, fournis par chaque diocèse, en France,
2. Classement des diocèses d'après l'importance de leur recrutement,
3. Nombre des missionnaires fournis par chaque diocèse et dans chacun des séminaires internes,
4. Nombre des recrues reçues par chaque Supérieur général et provenant de chaque diocèse.
5. Enfin, d'après les documents précédents, nous avons essayé de fixer, autant qu'il était possible, les effectifs des séminaristes [2] recrutés annuellement en France, depuis 1625, soit dans les séminaires internes, soit dans les maisons particulières.

A ces travaux préliminaires on ne saurait demander plus qu'ils ne peuvent donner, et notamment une exactitude mathématique. Nous avons conscience des lacunes de notre documentation, et ces lacunes ne seront partiellement comblées que lorsqu'aura été établi pour chaque missionnaire d'avant la Révolution une fiche individuelle portant les renseignement qui le concernent.

Néanmoins, bien qu'approximatives seulement, nos statistiques sont de soi suffisantes pour qu'on en puisse déduire des aperçus généraux assez proches de la vérité. Des travaux ultérieurs pourront apporter des compléments et rectifications, mais il ne semble pas que cela modifiera sensiblement les données générales qui ressortent des statistiques actuellement établies (1) .

-- Effectif total des Missionnaires

Avant d'aborder l'étude proprement dite du Recrutement français de la Congrégation de la Mission, il n'est pas sans intérêt d'établir ce que fut l'importance de celui-ci relativement au recrutement de toute la Congrégation, en France et hors de France avant la Révolution.

Fondée en 1625, la "Petite Compagnie", déjà du vivant de son Fondateur, saint Vincent de Paul, prend racine en divers pays et sa présente comme une société appelée à devenir internationale.

Elle s'implante d'abord en Italie, où, à la mort de saint Vincent (1660). elle possède une province, et trois maisons : Rome (1642), Gênes (1645), Turin (1654). De nombreux sujets ont sollicité leur admission dans la Compagnie.

La Pologne reçoit ses premiers missionnaires en 1651, et un établissement est fondé à Varsovie. qui recrute sur place des sujets.

L'Irlande et l'Angleterre sont parcourues par les prêtres de la Mission, et ces pays envoient des sujets à la Mission : 25 au total jusqu'en 1660.

D'autres pays voisins de la France fournissent quelques missionnaires : Allemagne 10, Belgique 2, Suisse et Savoie 8.

Après la mort de saint Vincent, la Congrégation de la Mission se développe en ces pays et s'établit successivement au Portugal, en Espagne, en Allemagne, on Chine et au Levant où elle recueille la succession des R.P. Jésuites ; chacun de ces pays fournit à son tour un certain contingent de missionnaires.

Autant que les statistiques permettent actuellement de l'établir, lorsque survint la Révolution française, la Congrégation de la Mission avait déjà possédé en son sein entre huit à neuf mille missionnaires, [3] dont plus de la moitié étaient d'origine française, ainsi qu'il ressort du tableau suivant :

France 5089   Irlande 43
Italie 1670   Allemagne 33
Pologne 1074   Belgique 32
Espagne 220   Chine 12
Portugal   127   Angleterre 4
Suisse & Savoie 54   Divers 10

Au total : 8368 missionnaires, prêtres, clercs et frères coadjuteurs, actuellement dénombrés.

Le Catalogue de 1911 comprend environ 7960 noms, mais on ne peut s'y fier absolument. En effet, rien que pour ce qui concerne les missionnaires français, il y a plus de 50 noms, répétés en deux endroits avec une orthographe différente et il doit en être de même pour les autres pays (2) ; une révision de ce catalogue devra d'ailleurs comporter de nombreuses additions et corrections.

A la fin de la notice de chacun des Supérieurs généraux, les deux premiers volumes des Circulaires mentionnent le nombre des missionnaires reçus dans la Congrégation pendant chaque généralat. En voici le tableau d'ensemble :

Supérieurs généraux
Prêtres- Clercs
Frères
Total
1. St Vincent
426
196
622
2. Alméras
210
120
330
3. Jolly
814
248
1062
4. Pierron
257
80
337
5. Watel
273
100
373
6. Bonnet
940
338
1378
7. Couty
435
145
580
8. Debras
668
290
958
9. Jacquier
1284
414
1698
      TOTAL
5307
2031
7338

Pour le dernier Supérieur général, M. Cayla (1788-1800), on ignore le nombre de ceux qu'il reçut dans la Congrégation, les registres n'ont gardé les noms que d'une cinquantaine de clercs.

Ainsi donc, sont actuellement dénombrés :             8368 sujets
                le Catalogue de 1911 donne :                7960 sujets
                les Circulaires signalent :                      7338 sujets.

Pour comprendre l'écart entre ces chiffres, il faut noter que les données de base sont fournies surtout par les Registres des voeux. Or, ceux-ci ne mentionnent pas l'admission de tous les sujets, mais seulement ceux qui ont été agrégés à la Congrégation par les voeux. [4]

En outre, les Registres des voeux sont notoirement incomplets. Les supérieurs devaient notifier à la Maison-M les noms des sujets admis aux voeux, mais il est arrivé, ou bien que des négligences aient été commises à cet égard, ou bien que les transmissions ne soient pas arrivées à destination, ce qui n'a rien de surprenant pour l'époque.

M. Perriquet, vicaire général, mande en 1747 aux supérieurs d'envoyer un catalogue exact des sujets de leur maison, avec leur âge de naissance, de vocation et de voeux. Il le juge absolument nécessaire, afin que rien ne manque dans le catalogue général qui sera présenté à l'Assemblée générale, et ajoute-t-il : "Joignez-y en même temps les noms des frères, y en ayant plusieurs qui ne se trouvent pas sur nos registres." (Circ. I. 513).

Soit encore cet exemple. Dans la relation sur le frère Pierre Juguin, mort en 1744, on disait : “Inconnu sur nos registres ; c'est une suite de l'oubli assez commun d'envoyer ici exactement la note de ceux qui font les voeux en province." (Relations abrégées, p. 568).

Rien donc d'étonnant, si les recherches dans les archives locales ou départementales, à l'occasion de travaux historiques, ont déjà fait découvrir, à ce jour, plus de 450 missionnaires français dont la nom ne figure pas aux Registre des voeux. En faisant la part des erreurs possibles, résultant d'une mauvaise lecture ou écriture des noms propres et d'autres causes semblables, comme l'emploi indu du qualificatif de Prêtre de la Mission par séculiers, le chiffre susdit reste impressionnant. Il est certain qu'on en découvrira encore d'autres à l'avenir.

Et comme le même fait c'est assurément produit également pour les autres pays, on peut sans invraisemblance élever d'au moins un dixième de l'effectif total des missionnaires de quelques uns des pays où la Congrégation était établit avant la Révolution.

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NOTES
1) Depuis la première rédaction de cette étude, nous avons déjà relevé la mention d'une trentaine de missionaires inconnus, et, par contrte, un certain nombre de noms figurant deux fois, avec une orthographe différente dans le Catalogue de 1911.

2) Un catalogue Italien , rédigé postérieurement à notre première étude par un de non confrères. donne 1547 sujets italiens seulement au lieu de 1670, ce catalogue excluant les noms qui ne semblent pas d'origine italienne et ceux qui font double emploi.