«Le Monde» pour Direct Matin, 22 mars.
Patrimoine. Pour financer l'hôpital Georges-Pompidou, l'AP-HP a vendu d'autres établissements, notamment le site Laennec et sa célèbre chapelle.
Problème : des familles dénoncent la vente au nom de leurs morts qui y reposent.
Querelle de chapelle
à l'ex-hôpital Laennec
Le devenir de la chapelle de l'ex-hôpital Laennec est au cœur d'une polémique qui met aux prises l'Observatoire du patrimoine religieux (OPR), le Comité Laennec-Turgot, les associations des familles La Rochefoucauld, Turgot et Camus (leurs ancêtres y sont inhumés), l'assureur Allianz et le promoteur Cogedim.
La chapelle de l'hôpital Laennec, à Paris (7e).
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En 2000, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) vend trois de ses établissements — Broussais (14e), Boucicaut (15e) et Laennec (7e) — afin de financer le nouvel hôpital Georges-Pompidou (15e). La Cogedim se porte acquéreur en 2002, puis Allianz prend le relais, le promoteur devenant maître d'ouvrage. Sur le site de Laennec, le projet immobilier prévoit la réalisation de 25 000 m2 de logements et l'aménagement de 17 300 m2 de bureaux dans la partie historique datant du XVIIe siècle, la chapelle devenant elle un lieu culturel. L édifice religieux a été vendu avec l'ensemble de l'établissement, ce qui pose deux problèmes majeurs. Premièrement, il aurait fallu un accord entre l'archevêché de Paris et la préfecture ou un décret en Conseil d'État pour que la chapelle puisse être vendue. Or ce n'est pas le cas, bien au contraire: l'archevêché n'entend pas l'abandonner. Dès le 6 mai 1999, Mgr Lustiger écrivait que «l'archevêché de Paris entend bien assurer la continuité du culte dans cette chapelle». L'AP-HP lui répondait le 28 juin que «dans le cas de la vente de l'ensemble du site, l'acquéreur s'engageait à s'entendre avec l'archevêché de dParis sur les conditions du maintien de la chapelle au culte catholique». Manifestement, ça n'a pas été fait. La chapelle n'étant ni désacralisée, ni déclassée, sa vente est donc nulle, selon les associations. Deuxièmement, l'édifice classé monument historique est aussi une nécropole. Comme le rappelle Alain de la Bretèche, secrétaire général de l'Observatoire du patrimoine religieux (OPR),«une sépulture en dehors d'un cimetière est inaliénable et imprescriptible. Elle appartient à l'indivision des gens enterrés. Ce n'est pas une servitude, c'est un droit de propriété».
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Les sépultures auraient dû rester en dehors de la vente, ce qui pose le problème du droit d'accès sur la propriété d'autrui fermée au public. Les familles s'interrogent sur la destination culturelle de la chapelle. «Qu'est-ce qui est prévu ?», s'inquiète Ysabel de Naurois Turgot. Pour les associations, le projet contrevient à la dimension cultuelle et funéraire de l'édifice et elles revendiquent la possibilité pour le public de pouvoir s'y rendre.
Enfin, elles s'insurgent devant son état d'abandon et de dégradation. Ysabel de Naurois Turgot se dit «effondrée. je ne pouvais pas imaginer que ce soit laissé au pillage, il y a même du ciment sur les dalles.»
Mais Allianz ne veut rien céder : «La chapelle a été désaffectée par l'AP-HP et ce n'est plus un lieu de culte depuis 10 ans. Nous n'avons en outre pas le projet de refaire de la chapelle un lieu de culte. (…) Nous n'avons jamais touché aux sépultures» ; plaide l'assureur. Pour mieux démontrer la validité de la vente : «Elle a été autorisée par le conseil d'administration de l'AP-HP, le ministère de la Culture et le préfet de région. Elle est parfaitement légale.» Quant à sa destination, conformément au permis de construire obtenu, il s'agit «d'un équipement collectif privé ce qui la destine à accueillir des conférences, expositions et manifestations diverses, dans le respect de l'esprit des lieux» Pas de quoi rassurer les associations.
Une réunion de médiation doit se tenir début avril à l'initiative de Rachida Dati, maire du 7e arrondissement. «Nous y participerons sous réserve de nos droits», prévient Allianz, alors qu'en face, on envisage de faire appel au ministre de la Culture.
Francis Gouge
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