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MARIE-ANDRE Apostolat de la Presse, 46 rue Dufour, 75006 PARIS - 1953 SUR ROSALIE IX SUR ROSALIE MAGNIFIQUE ÉDUCATRICE
Quand Sur Rosalie pénétrait dans une classe, les élèves rayonnaient. Si une fillette était en pénitence, la Sur ne la grondait pas, mais lui demandait avec bonté : Quavez-vous fait, ma petite fille ? Je nai pas su ma leçon, bégayait lenfant confuse. Ce nest pas bien. Etudiez-la bien vite, nous la réciterons ensemble. Elle faisait le tour des bancs, questionnant, encourageant et revenait vers la petite malheureuse.. Eh ! bien, cette leçon ? la savons-nous ? Lécolière bégayait, hésitante. La bonne Sur Rosalie la lui soufflait, puis disait à la maîtresse : Pardonnez-lui cette fois-ci. Elle sera désormais très courageuse, vous le verrez. Elle aurait honte de ne pas ressemblez à sa maman qui était si bonne élève. Ainsi laissait-elle, après son passage, un peu plus
de joie et de courage. Des femmes confiaient leurs bébés aux religieuses durant leur travail au-dehors et les reprenaient à la fin de la journée. Lorsque la bonne supérieure en trouvait le temps, elle courait à sa crèche prendre contact avec ces braves femmes, disant à chacune un mot obligeant, la félicitant de la gentillesse de son poupon. Elle trouvait toujours le moyen de faire un compliment à la maman, même si le bébé était laid ou difforme. Un matin, lune des ouvrières lui présenta un petit rachitique. Sur Rosalie le prit dans ses bras : Il a lair intelligent, dit-elle, quand il sera un peu plus grand, nous le mettrons à lasile et je le recommanderai moi-même à la Sur. Et la maman toute fière de se tourner vers ses compagnes : La Sur Rosalie, elle a dit comme ça que mon petit il était intelligent, et quelle le recommanderait à la Sur de lasile. Malheureusement, la critique ne perd jamais ses droits et quelques grandes dames dirent aux Filles de la Charité : Vous rendez un mauvais service aux mères en les déchargeant de leurs enfants. Ce sont elles qui, normalement, devraient les soigner. [82] Sans doute, riposta Sur Rosalie, mais le peuvent-elles, prises comme elles sont par le besoin de gagner leur vie ? Beaucoup de femmes du monde qui nont pas la même excuse, les confient à des domestiques et personne ne songe à les blâmer. Un jour, on lui amena un petit trouvé dans la rue. La Sur lembrassa, tout en discutant avec ses filles de ce que lon ferait de lui. La crèche était comble. Lenfant mit ses petits bras autour du cou de la religieuse et refusa dêtre déposé à terre. Il criait Maman, maman. Sur Rosalie, émue, dit alors : Il faut absolument le garder, il mappelle maman. Et elle le garda. Lépidémie dévastatrice du choléra amena un grand nombre denfants dans les crèches et orphelinats fondés par la religieuse. La Sur Rosalie estimait que les enfants devaient rester auprès de leurs parents en dépit de la misère de ceux-ci. Les retirer complètement de leur milieu quand la famille nétait pas foncièrement mauvaise, lui semblait une anomalie. De toutes façons, lenfant élevé, hors de chez lui devrait y rentrer un jour et la transition lui serait dure et funeste. Cependant, Sur Rosalie fut acculée à la création dun orphelinat, lorsque tant denfants se trouvèrent du jour au lendemain sans parents. [83] Beaucoup allaient déjà à son école. Pour les garder la nuit et les nourrir, elle mit en jeu ses meilleurs amis qui lui procurèrent les finances nécessaires. Une petite maison fut achetée non loin du couvent et les fillettes confiées aux religieuses. Ces orphelines, seules dans lexistence, étaient. lobjet de sa sollicitude constante ; elle les aimait comme une mère, les suivait dannée en, année, les éduquait, les instruisait, les formant à une vie laborieuse, les mettant en apprentissage. Elle grondait rarement et obtenait tout ce quelle voulait. Elle était si bonne, si douce. Son regard tenait lieu dobservation et de récompense. La parfaite éducatrice élevait ces orphelins en vue du milieu où ils devaient vivre, leur donnait linstruction nécessaire pour leurs besoins éventuels, mais rien de plus. Bientôt elle créa un ouvroir pour les filles douvriers. Coudre, tricoter, raccommoder les vêtements, faire une bonne soupe, tenir un intérieur en état de propreté lui paraissait plus utile que de prolonger leur instruction au-delà de leurs nécessités. Pour ces pauvres enfants qui ne pouvaient espérer voir modifier leur triste condition douvrières, à la tâche tous les jours de la semaine, insuffisamment payées, les élever au-dessus de leur niveau social eût été les exposer à souffrir doublement. Il ny avait alors ni colonies de vacances, ni con [84] gés payés, ni allocations. Végéter la nuit dans des chambres sans air, travailler durant le jour dans des ateliers insalubres, telle était la condition normale de cette malheureuse époque. Seul, le dimanche libérait les travailleurs. Comme distractions, les promenades, les cabarets. Les jeunes, au premier appel de la liberté, à la première tentation, succombaient. La honte sensuivait, avec labandon de toute pratique religieuse. Sur Rosalie, pour obvier à cet état de choses, se creusait la tête. Elle proposa donc à ces fillettes de venir passer rue de lEpée-de-Bois quelques heures du dimanche. En trois mois, il y en eut quatre-vingts ; leur nombre ne cessa de croître. Ces enfants, heureuses de se retrouver, samusaient honnêtement ; elles se sentaient aimées, soutenues, comprises. Sur Rosalie leur faisait de menus cadeaux. Quelques dames du monde sy intéressaient, les visitaient dans les ateliers. Ce nouvel essai est à lorigine de luvre des Patronages. La Sur Rosalie fut en cela aussi un précurseur. Après leur mariage, ces jeunes filles gardaient leur confiance en leur mère adoptive, lui racontaient leurs chagrins, lui apportaient leurs bébés. Sur Rosalie eut entre les mains deux ou trois générations quelle forma. Une Association, celle de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, groupait les meilleures grandes filles, avec le devoir daider [85] les plus jeunes. Toujours la même méthode former des apôtres, utiliser toutes les bonnes volontés. Que de chutes évitées ! Que de jeunes filles tombées remises dans le bon chemin ! Que de victoires héroïques parfois ! [86] |