MARIE-ANDRE

Apostolat de la Presse, 46 rue Dufour, 75006 PARIS - 1953

SŒUR ROSALIE

VIII

SŒUR ROSALIE DURANT LE CHOLERA

“Je suis l’ami de Sœur Rosalie”.

Sœur Rosalie, née à l’aube de la Terreur et témoin à Paris de plusieurs émeutes et révolutions, devait encore être contemporaine des épidémies de choléra qui ravagèrent l’Europe. Quand ce terrible fléau s’avança vers la France d’abord en 1832, puis dix-sept ans plus tard, en 1849 - la religieuse fut atterrée. Comment les mal-logés, les sous-alimentés, les gens des taudis sans possibilité d’hygiène, échapperaient-ils à cette calamité ? Ses appréhensions étaient justifiées ; le mal redouté ne tarda pas à apparaître dans les rues voisines, y semant l’épouvante. Chose providentielle, vraiment ! Comme un soldat tremble avant l’attaque et, l’heure de la bataille venue, se jette courageusement dans la mêlée, la vaillante femme, d’abord apeurée, se redressa face au sinistre, “bien résolue à lui dispu [77] ter ses victimes”. Ses filles furent mobilisées et, sans crainte de la contagion, coururent au chevet des malades et des moribonds. Les jeunes gens des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, Ozanam en tête, se firent immédiatement ses infirmiers bénévoles, montant près des cholériques, les soignant, aidant à leur transfert à l’hôpital, réconfortant les survivants, hébergeant les orphelins.

Sœur Rosalie aida de toutes ses forcesaida de toutes ses forces les organisations sanitaires, payant de sa personne le jour et la nuit courant de la chambre d’un contaminé au lit d’un autre à, l’hôpital, les aidant à bien mourir, assurant le père ou la mère à l’agonie, que leurs enfants seraient pas délaissés.

Les rues étaient devenues désertes.

Certain jour, il y eut cent cinquante victimes dans son quartier ; le silence des rues n’était interrompu que par le roulement des charrettes qui emportaient les mourants et les morts ; c’était une véritable panique. Un ouvrier rentrait chez lui, mangeait son maigre repas, se couchait et ne se relevait plus. Des familles entières disparaissaient en quelques jours. D’autres tombaient sur la route, comme frappés par la foudre ; on les conduisait directement à l’hôpital où ils mouraient.

Tel, bien portant le matin, était [78] inhumé le lendemain, car il fallait faire vite pour essayer de barrer la route à l’épidémie.

Le quartier Mouffetard regorgeait de victimes.

Comme la maladie sévissait particulièrement dans les endroits insalubres et malpropres, le peuple, excité par quelques fanatiques, se laissa persuader qu’on lui inoculait la maladie pour le faire disparaître. Il prenait en haine les docteurs et infirmiers cependant admirablement dévoués, et refusait de recevoir leurs services. Sœur Rosalie morigénait maternellement ces grands enfants ; elle les obligeait à accepter le médecin qui, précédé de la Sœur, n’avait plus rien à craindre. Là, où elle n’était pas, leur vie ou celle de leur sauveur fut parfois en péril. L’un de ces médecins, accompagnant un cholérique à l’hôpital, se vit entouré d’un groupe de fanatiques criant “A mort l’assassin”. Déjà, ils brandissaient sur lui leurs poings féroces, lorsque le docteur, à bout d’arguments, eut l’idée de crier : “Je suis l’ami de Sœur Rosalie”. Ce nom magique écarta de lui ces insensés et lui permit de continuer sans péril son charitable office. [79]


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